The Steve Miller Band – Sailor

Sailor
The Steve Miller Band
Capitol Records
1968
Thierry Folcher

The Steve Miller Band – Sailor

The Steve Miller Band-Sailor

Si j’avais une machine à remonter le temps, ce serait bien vers la fin des années soixante que je me dirigerais et en pleine explosion psychédélique de surcroît. Je prendrais la direction de l’ouest des Etats-Unis, du côté de San Francisco pour y retrouver le Greatful Dead, Jefferson Airplane ou Big Brother And The Holding Company, le groupe de Janis Joplin. Ce serait chouette me diriez-vous en songeant bien tristement que ce genre de machine n’existe pas et qu’il y a peu de chance que l’on revive de tels moments. Alors, je vous dirais d’utiliser cette recette toute simple : « Fermez les yeux et réécoutez les enregistrements de l’époque ! Vous verrez, le fait de replonger dans cette contre-culture fait vraiment un bien fou ». On y retrouve les fondamentaux de tout ce qu’on entend aujourd’hui mais avec en plus une fraîcheur et un enthousiasme communicatif. Pour ce voyage dans le passé on ne manque pas de documents, les innombrables groupes qui ont surgi ont laissé des traces indélébiles qui résisteront à l’usure du temps. Les témoignages des 13th Floor Elevators, Sweet Smoke, The Electric Prunes, Quicksilver Messenger Service et consorts sont autant d’illustrations sonores qui vous feront reprendre le chemin du « Flower Power » et du « Body Freedom ».

Alors pourquoi avoir choisi The Steve Miller Band et son deuxième album Sailor pour illustrer l’extravagant monde psychédélique ? Tout simplement parce que c’est un excellent disque et qu’il s’apparente à un véritable best of du genre. Au détour des sillons (de vinyle bien sûr !), on y croise le Floyd, Santana, les Stones, Procol Harum, le Velvet Underground, les Beach Boys et bien d’autres, tout ça avec la « patte » Steve Miller posée des deux côtés de l’Atlantique. Leur premier album Children Of The Future a été enregistré à Londres en 1968 et Sailor voit le jour la même année à Los Angeles. Deux productions, deux continents pour vivre pleinement l’expérience psychédélique. Ceci dit, dés les premières notes de Sailor, c’est l’influence anglaise qui se fait sentir avec l’extraordinaire « Song For Our Ancestor » qui nous fait immédiatement penser à « Echoes » de Pink Floyd. Meddle ne sortira que deux ans plus tard, alors on est en droit de se demander si le groupe britannique ne s’est pas un peu inspiré de leurs cousins américains. C’est possible, mais qu’importe, les deux morceaux sont malgré tout très différents. On reste sur le sol anglais avec la jolie ballade « Dear Mary » qui lorgne du côté de « A Whiter Shade Of Pale » de Procol Harum. La voix feutrée de Steve Miller est magnifique et rivalise sans problème avec celle de Gary Brooker.

The Steve Miller Band-Sailor Band 1

Changement de décor avec « My Friend » qui traverse l’Atlantique et abandonne la sophistication anglaise pour un énergique rock yankee chanté par Tim Davis, également batteur et auteur du morceau. Les guitares de Steve Miller et de Boz Scaggs prennent le pouvoir de façon convaincante, comme pour en finir avec le romantisme planant des deux premiers morceaux. La cassure est vraiment nette, désormais on est en plein délire psychédélique US. A tel point que le prochain morceau, le bien nommé « Living In The U.S.A » ne laisse aucun doute sur les intentions musicales de Steve Miller. Vrombissement de moto, harmonica et cavalcade rythmique, on a effectivement changé de registre musical mais le message n’est pas à la gloire du rêve américain, plutôt un constat alarmant (déjà) sur les dérives sociales aux Etats-Unis. Fin de la première face, on retourne la galette. Je vous avais prévenu, on a fait un voyage dans le temps et ça tombe bien, car Sailor ne fait que 34 minutes et le fait de retourner le vinyle, passer un coup de brosse, rallonge un petit peu le temps d’écoute. « Quicksilver Girl » démarre une seconde face beaucoup plus énergique et sans temps morts. Le titre, la musique, les chœurs et les paroles très « hippies » font aussitôt penser aux Beach Boys avec pour la première fois sur cet album le timbre de voix si particulier de Steve Miller qui deviendra sa marque de fabrique sur les prochains opus.

On continue en plein délire psyché avec « Lucky Man » et son intro « Guitar Rag » en fausse piste pour un morceau soul écrit et chanté par le claviériste Jim Peterman. On a une fois de plus changé de répertoire et de chanteur et pourtant l’album ne donne jamais l’impression d’être mal ficelé. Au contraire, il ressemble assez à ce mélange d’artistes et de styles que l’on pouvait rencontrer lors des grands festivals de l’époque. Un super témoignage je vous dis ! On enchaîne avec « Gangster Of Love » écrit en 1957 par Johnny « Guitar » Watson et déclamé façon rap par Steve Miller qui s’amuse avec ce sobriquet qui deviendra plus tard son surnom. « You’re So Fine » de Jimmy Reed est carrément joué dans la foulée. Un classique rock’n’roll tout simple mais efficace. C’est Boz Scaggs, le copain d’enfance qui va signer les deux derniers morceaux. Tout d’abord « Overdrive » où sa voix traînante et nasillarde rappelle Bob Dylan et ensuite le très Stonien « Dime-A-Dance-Romance » pour achever, un peu brutalement, le très intéressant Sailor. L’album a quand même atteint la 24ième place des charts et a véritablement lancé la carrière du groupe. The Steve Miller Band va même atteindre la consécration en 1973 avec « The Joker », et en 1976 avec « Fly Like An Eagle », tous les deux classés en tête des charts.

The Steve Miller Band-Sailor Band2

Sailor est typique du disque accroché aux références d’une époque où la jeunesse a fait basculer le monde dans une utopie réjouissante, un modèle de société que l’on regarde encore avec « des yeux de Chimène ». Mais au-delà de ces considérations politiques, cet album peut être un bon point de départ pour mieux connaître The Steve Miller Band, très populaire aux États-Unis et toujours diablement actif. Je vous conseille également le coffret 30ième anniversaire de Fly Like An Eagle avec l’album remastérisé et un DVD de deux heures enregistré en 2005 au Shoreline Amphitheater de Mountain View avec, entre autres, Georges Thorogood et Joe Satriani comme invités.

http://www.stevemillerband.com/

 

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