The Sirens au Divan du Monde, Paris, le 20 décembre 2014

The Sirens Band

The Sirens (Anneke van Giesbergen, Liv Kristine, Kari Rueslåtten) au Divan du Monde le 20 décembre 2014

Enthousiasmé par le dernier album de Liv Kristine, « Vervain », je fus agréablement surpris de voir que l’ex-Theatre Of Tragedy était partie en tournée avec deux autres chanteuses qui ont marqué la frange sombre du metal des années 90 de leur voix expressive, l’ex-The Gathering, Anneke van Giesbergen, et l’ex-The Third & The Mortal, Kari Rueslåtten. Voix angéliques à part, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre avec ce supertrio, mais je me doutais qu’au vu de leurs expériences passées et présentes, le show serait d’une grande qualité.

Arrivé au Divan du Monde, la salle est déjà noire de monde, à tel point qu’il est difficile de se frayer un passage. Il faut dire que près d’un quart de siècle s’est écoulé depuis les débuts des vedettes à l’affiche, et que les fans de la première heure ont été entre-temps rejoints par un public séduit par leurs projets solos et leurs multiples collaborations. Des standards rock et hard-rock passent en fond sonore, et mon regard se porte sur les CDs présentés au stand du merchandising. Parmi ceux-ci, j’en choisis un que je suis sûr de ne trouver nulle part ailleurs, à savoir un duo acoustique Anneke van Giesbergen – Danny Cavanagh, enregistré en public aux Pays-Bas. Une fois la transaction réalisée, je décide d’emprunter l’escalier en colimaçon pour rejoindre le balcon, car la foule compacte m’empêche d’apprécier non seulement mes mouvements, mais également ceux des musiciens qui allaient bientôt entrer en scène.

Et c’est une pluie d’applaudissements qui s’abat quand les trois femmes se présentent, bientôt rejointes par le groupe avec lequel elles sillonnent les quatre coins de la Terre depuis deux mois. Avec The Sirens, me voici finalement convié à une soirée où se côtoient folk et rock, dans des atours tour à tour festif et sombre. Puisant dans leur propre répertoire mais également dans celui de leurs ex-groupes respectifs, les trois sirènes sont décidées à nous subjuguer de leur chant, sans nous faire subir pour autant le sort funeste que leurs alter ego mythologiques réservaient aux marins.

Accompagnées de musiciens talentueux, les trois chanteuses se produisent alternativement en trio, en duo ou en solo, ce qui permet d’apprécier aussi bien leurs qualités de choristes que de solistes. Outre une instrumentation rock classique (basse, guitare, batterie, clavier), c’est un violoncelle électrique qui va venir s’inviter. On le découvre une fois qu’Anneke se retrouve seule après un duo de toute beauté avec Liv. Quand vient le tour de Kari avec « Exile », qu’elle introduit en nous contant son départ de la « petite » Norvège pour Londres, c’est une ballade mélancolique à la mélodie fragile qui nous saisit. Quelques notes de clavier perlent et les larmes se ruent aux portes des glandes lacrymales. La sirène nous gratifie alors de très belles vocalises hantées.

Elle cède ensuite la place à sa compatriote Liv, et c’est alors un « Venus » nostalgique qui est entonné. Et là, un élément nouveau, les growls du guitariste viennent quelque peu nous surprendre  même si les premiers pas de nos sirènes dans le monde du metal nous y avaient habitués (rappelons qu’il s’agit d’un morceau du groupe-phare de la vague « Beauty & The Beast », Theatre of Tragedy). Kari nous revient et c’est « Silence » qui assure la suite du programme. Les deux scandinaves se répondent alors dans des envolées délicates, accompagnées uniquement d’un clavier répétitif et du violoncelle électrique, avant que la section rythmique ne vienne mettre du nerf.

Retour d’Anneke, là c’est énergique d’entrée de jeu et le refrain ne fait que confirmer le peps de la chanson. Le batteur s’en donne à coeur joie et la belle Néerlandaise s’égosille, tout en esquissant quelques pas de danse et en tortillant ses bras et ses mains pour leur imprimer des mouvements de danse indienne. Un morceau très rock’n’roll suit avec une Liv endiablée. C’est à ce moment que je me fais déloger de la table basse, sur laquelle j’étais monté pour que ma vue plongeante sur la scène ne soit pas masquée par le dos des personnes accoudées au balcon. « Pour raison de sécurité » me dit-on… Je me déporte alors sur le côté du balcon dans l’espoir de trouver une clairière dans cette forêt humaine. En vain, je ne peux compter que sur mes oreilles pour apprécier la suite du spectacle. Un divin « 1000 Miles Away From Here » spleenétique à souhait avec ses guitares glaçantes et les voix implorantes d’Anneke et Liv a finalement raison de mon amertume.

The Sirens Concert

Suit un morceau des Third & The Mortal, retravaillé par Kari pour son album solo. La guitare acoustique et une batterie aussi bien dorlotante que chatoyante ont beau convoyer le folk du froid scandinave, l’atmosphère réchauffée de la salle a contraint Kari à dévoiler ses bras et ses jambes dans une nouvelle robe tout aussi noire que la précédente mais moins austère. En duo avec Anneke, ce sont à nouveau de très belles vocalises qui enchantent nos oreilles. Puis, seule dans un morceau déchiré, la norvégienne scande sa douleur avec beaucoup de théâtralité, aussi bien dans la voix que dans la gestuelle. Et, on les avait un peu oublié, mais les compagnons d’arrière-plan continuent à nous émerveiller avec leur jeu mesuré et l’accent porté aux mélodies.

Sur « Love Decay », c’est Anneke qui remplit les fonctions du chanteur Michelle Darkness (oui, c’est bien un monsieur malgré son nom de scène), invité sur le dernier album de Liv Kristine. La pétillante Néerlandaise, qui entre-temps a changé de tenue, arrive à nous faire oublier le ténébreux allemand, mais le batteur frappe malheureusement trop fort, et mes pauvres oreilles appellent à l’aide ! C’est finalement « In Motion Pt 1 » des Gathering, qui leur viennent en secours. Là en effet, les frappes sont d’un niveau sonore plus soutenable. Avec son clavier enjoué et ses guitares sinistres, cette pièce baigne cependant dans des ambiances bien contrastées. Quand Anneke entre à nouveau en scène, on retrouve ce petit bout de femme qui nous avait bouleversé à l’époque de la sortie de « Mandylion », l’album qui l’a lancé et a fait sortir de l’ombre The Gathering dans la foulée. Elle est accompagnée, dans les refrains, par Kari. Avec cette pièce de choix, nous assistons à un grand moment nostalgique.

Quand Anneke présente ensuite les joueurs, il m’est impossible de comprendre les noms, tant la musique couvre sa voix. Les instrumentistes s’éclipsent un temps pour laisser les sirènes nous envoûter de leur voix lumineuse, à l’instar de leurs illustres équivalentes mythologiques. Ainsi, chacune s’exprime dans un univers qu’elle affectionne particulierement. Liv, qui s’est changée pour l’occasion, chante un très émouvant air d’oratorio (ou ce qui s’en rapproche). Kari, de son côté, entonne une chanson traditionnelle norvégienne. Enfin, Anneke reprend « Douce Nuit, Sainte Nuit » (ne soyons pas surpris, on est un 20 décembre) dans sa langue natale, que ses comparses poursuivent avec elle en anglais. Puis, rejointes par la claviériste aux allures d’ado goth, nos trois divas prêtent leur voix à ce qui me semble être à nouveau un chant de Noël.

C’est au groupe qui les accompagne de revenir au complet une fois qu’elles rejoignent temporairement les coulisses de la scène. Puis c’est au compte-gouttes que les soeurs de chant sortent de leur retraite. Kari revient prêter seule sa voix délicate (proche d’une Happy Rhodes dans ses moments les plus introspectifs) à une musique à l’élégance d’une ballade be-bop. Continuant sur sa lancée avec un morceau de son dernier album, elle est rejointe par sa compatriote Liv, puis par Anneke qui se partagent tour à tour les couplets d’une chanson aux ambiances sombres emplies de mystère. Kari est toujours maître de cérémonie, puisqu’elle nous annonce « Trollferd », une chanson qu’elle avait écrite pour The Third & The Mortal. Non sans humour, ajoute-t elle, « à l’époque, elle ne pensait pas qu’on puisse écrire une chanson sans trois guitares en distortion ».

Avec sa compatriote, elles chantent dans leur langue natale sur un accompagnement dark-folk des plus angoissants. Ce duo permet à Liv d’assurer la transition avec la suite. Elle annonce ainsi une chanson de Theatre Of Tragedy, dont le titre est de circonstance… « Siren », vous l’aurez deviné bien évidemment ! Elle s’y lance après avoir pris des nouvelles de son public (« Paris, ca va ? »). Malgré l’enthousiasme qu’elle manifeste et sa volonté de faire participer le public, nous voici partis pour une ballade d’une noirceur maladive.

Celle-ci va se poursuivre par ce qui reste le plus grand morceau de The Gathering, et ma toute première expérience de ce groupe, j’ai nommé « Strange Machines ». La voix d’Anneke est aussi glaçante qu’à ses débuts fracassants avec le groupe. Les trois voix réunies, la température remonte avec un morceau entraînant, « Sisters Of The Earth », en guise de conclusion.

Ce fut ainsi une bien belle soirée, où trois femmes au talent indéniable ont partagé avec force et sincérité des émotions riches et variées, en faisant voyager son public dans des contrées tour à tour enchantées et hostiles. Pour une fois qu’on ne m’avait pas donné le choix entre une brune, une blonde et une rousse, mes papilles auditives en furent comblées.

Lucas Biela

The Sirens Band 2

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