The Old Wind – Feast On Your Gone

Feast

J’ai d’abord cru à un canular… Tomas Liljedahl, la voix de Breach, revenant sur la scène du hardcore moderne, celui des années 90, celui où on pouvait tout se permettre, celui qui est allé le plus loin, le plus aventureux, sans maquillage, bourre-pif sans effets mais avec saveur. J’ai d’abord cru à un canular… Un projet studio où le gars du nord avait tout écrit, enregistré dans sa Suède, où l’essence de Breach ne demandait qu’à sortir de sa vase mortuaire pour revenir hanter les vivants. J’y ai cru. Je jure que je ne me laisserai plus prendre. J’ai grogné, j’ai gueulé, j’ai prié (pour un athée, vous m’en direz tant). J’ai laissé mon souffle animal reprendre le dessus pour saluer la sortie de ce disque. J’ai cru redevenir cet animal, prompt à effacer les sourires récalcitrants, prêt à sortir mes griffes, mes crocs, à arracher un quintal de viande. J’ai sué, j’ai écouté, bouffé, décortiqué chaque parcelle de « Feast On Your Gone ». J’ai pleuré et frissonné de tout mon être, de tous mes poils.

J’ai d’abord cru à un canular… Pauvre con… De ces riffs poisseux, de son climat atmosphérique, de sa voix passée au papier de verre, j’ai pris, j’ai aimé. Ces riffs massifs en granit se lovant dans ce tempo d’une lenteur hypnotique, abrutissante. Rien que ce titre d’ouverture, avant que la voix éraillée, cordes vocales poncées, n’entre dans la danse. Une crudité, vraie, celle des angoisses qui sautent à la gorge, l’acrimonie, comme ça, face contre le vent, hurlant ce qui est à dire, car ce n’est pas ces putains d’éléments qui vont m’empêcher de faire entendre le désespoir. Le mien, le tien, à chacun d’entre vous. The Old Wind c’est une seconde fraicheur, le zombie plus frais et gouteux que les vivants, plus de choses à dire, plus sympathique aussi. « Feast On Your Gone » dure 37 petites minutes, il n’est pas prise de tête. Il n’invente rien, certes, il ressemblerait presque à un élan passéiste, un trip nostalgique avec les moyens d’aujourd’hui.

Il pourrait mais… le ressenti n’est pas le même, non c’est pas ça, du tout. Alors que l’autre moitié (la plus schizophrène ?) de Breach, Terra Tenebrosa, avance masquée, avec une approche plus aventureuse, quasi-expérimentale, comme le double maléfique, bruyant ectoplasme ou métaphore inhumaine, The Old Wind, lui, préfère affronter les éléments sans se dissimuler. Pas de masques, de concept théâtral. The Old Wind, le hardcore à visage humain, découvert, les trognes, les rides, le degré zéro de l’espoir, celui qui n’a pas de cachette et qui n’en a pas besoin. En cela, « Feast On Your Gone » prendra plus les tripes, les tordra à foutre un tremblement de tous les boucs. The Old Wind, c’est ce qui te dit « démerde toi et regarde toi dans la glace, observe bien ta tronche, tes yeux, tes cernes, et vis« .

Jérémy Urbain (9/10)

http://pelagic-records.com/

Feast On Your Gone
The Old Wind
2013
Pelagic records

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