The Dizzy Brains – Tany Razana

Tany Razana
The Dizzy Brains
X Ray Production
2018
Rudzik

The Dizzy Brains Tany Razana

The Dizzy Brains Tany Razana

Tany Razana qui signifie en malgache « la terre brûlée » ou « la terre morte », une triste réalité dans ce pays ou la déforestation le mène à sa perte, annonce le retour aux affaires des « Fossas » (sorte de chat sauvage endémique de Madagascar) du groupe de rock malgache The Dizzy Brains. En effet, vous avez déjà pu découvrir ces quatre énervés dans nos colonnes avec la chronique de leur premier LP Out Of The Cage puis surtout avec un live report enflammé suite à leur passage remarqué au festival Les Mauvaises Graines. S’ils ont continué à rendre incandescentes les scènes sur lesquelles ils se sont produits un peu partout dans le monde, les « Dizzys » se sont remis également à écrire et il était indispensable de mesurer le chemin parcouru par eux depuis deux ans.

D’une façon générale, Tana Razana, sans s’écarter outre mesure de son prédécesseur, s’éloigne un peu du côté punk du groupe pour proposer un ton rock plus affirmé. En fait, Tany Razana démarre en douceur par un « Yes Sir ! », un tranquille rhythm & blues dans lequel une large place est laissée à la section rythmique. La basse de Mahefa est d’ailleurs mixée très en avant sur cet album ce qui arrondit judicieusement le son très root de The Dizzy Brains sans pour autant le dénaturer. « Give Me My Money » apparaît également très léger avec sa rythmique style rockabilly (ce qu’on retrouve aussi sur « I Want Your Ahaha » et « Give Me Some Love »). Même si ça s’énerve nettement plus sur le solo de Poun, on se demande si The Dizzy Brains, que l’on sent en quête de maturité, ne s’est pas trop assagi. Il n’en est rien car des « Fat Man » et « Shut Up » bien hard et des « Motherfucker » et « Man Of Situation » renouant quand même un peu avec le côté punky remettent les pendules de l’agressivité à l’heure.

The Dizzy Brains Tany Razana band1

Arrivé à la moitié de l’album, je réalise déjà qu’effectivement, The Dizzy Brains semble avoir réussi à parfaitement canaliser son urgent bouillonnement intérieur pour livrer un Tany Razana plus ambitieux et créatif que précédemment, tout en étant resté Out Of The Cage car pas question de faire des concessions en terme d’agressivité qu’elles soient musicales ou textuelles. D’ailleurs, les textes sont toujours l’expression d’un quatuor révolté contre le régime malgache corrompu et contre les tabous, en particulier ceux liés au sexe. A ce sujet, le clip de « Shut Up ! » illustre très bien ces idées en montrant un Eddy tour à tour désabusé devant le discours lénifiant du pouvoir politique puis fédérateur pour une jeunesse en grande souffrance et enfin carrément révolté. Comme ils l’ont écrit trop modestement mais fort justement sur les réseaux sociaux, « Tany Razana, on y a mis le peu de talent qu’on a et surtout tout notre cœur de Dizzy ».

C’est alors qu’arrive l’OVNI « I Wanna Die » que tout d’abord on croit identifier comme étant une sorte de conte macabre doomesque, exécuté et chanté un peu à la façon d’Alice Cooper. Il s’agit en fait d’une chanson écrite par Mahefa au plus fort du grave problème de santé qu’il a enduré. Ainsi donc, la fausse impression grand-guignolesque s’efface très vite pour nous serrer le cœur sur ce titre très puissant et torturé.

Le chanteur de hip hop américain RacecaR, rencontré aux Transmusicales de Rennes, fait une apparition inattendue mais remarquée sur « Shock My Brain ». Après un « Dirty Land » vigoureux au riff fédérateur, « Man Of Situation » redonne un coup d’accélérateur sous la pression d’une wah-wah punkie (si si, ça existe!) avant que l’assagi « Give Me Some Love » avec son ambiance façon « pop art new-yorkais » ne termine Tany Razana comme il avait commencé à savoir de façon cool.

The Dizzy Brains Tany Razana band2

Je n’ai aucun doute sur le fait que The Dizzy Brains a fait les bons choix pour offrir à ses fans un album dans le style « Le changement dans la continuité » … hum mais ça fait très slogan politique ça ! Ah mais ça a même déjà été celui d’un ancien candidat à la présidentielle française lors d’une année au millésime sympa : 69 ! Bien que The Dizzy Brains ait fait quelques concessions musicales de bon aloi et ne fasse pas véritablement de politique, il est réconfortant de savoir que leur rage est intacte et continue à s’exprimer au travers de Tany Razana (à l’instar de sa jaquette révolutionnaire) même si elle est empreinte d’une plus grande maîtrise.

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