The Coral – Coral Island

Coral Island
The Coral
Run On Records
2021
Thierry Folcher

The Coral – Coral Island

The Coral Coral Island

Quand le Merseyside (comté métropolitain de Liverpool) se prend pour la Californie et Blackpool pour Disyeland, cela peut ressembler à Coral Island, la dernière et gigantesque aventure de The Coral. En son temps, America avait sensiblement emprunté les mêmes sentiers en sortant Londres de la grisaille et en projetant leur musique vers des décors U.S. nostalgiques. A la seule différence que les Beckley, Bunnell et Peek étaient des fils de militaires américains en poste au Royaume-Uni alors que tous les membres de The Coral sont des britanniques pur jus. Ce parallèle n’est pas anodin car la première fois où The Coral est venu chatouiller mes oreilles avec le réjouissant Butterfly House, leur musique, emportée par un addictif « More Than A Lover », m’a aussitôt fait penser aux créateurs de « A Horse With No Name ». Du coup, j’étais forcément bien en leur compagnie et tout heureux de retrouver ce même souffle qui avait ensoleillé mon adolescence. Et je peux vous dire que Coral Island est du même calibre, flirtant sans arrêt avec de douces romances imprégnées du rêve estival et de la nonchalance bienfaitrice de la paresse. Côté présentation, on est dans le format double avec pas moins de 23 séquences (en comptant les intermèdes parlés) qu’il a fallu passer en revue pour vraiment bien comprendre les motivations d’une telle débauche créatrice. Le groupe fondé par les frères Skelly vers la fin des années 90 en est aujourd’hui à son dixième ouvrage d’une pop psychédélique accrocheuse mais en complet décalage avec les courants musicaux à la mode. D’où ce manque de présence sur le devant de la scène britannique et du peu d’éclairage pour la qualité de leur travail. The Coral est un objet intemporel qui continue tant bien que mal (mais plutôt bien, je crois) à produire les mêmes chansons contre vents et marées. Des chansons qui vont survivre au temps et trouver, un jour je l’espère, une juste gratitude.

Le format double de Coral Island est mûrement réfléchi dans le sens où chaque disque représente deux périodes bien distinctes. Le premier, nommé : Part 1 Welcome To Coral Island est lumineux, symbolisant l’été et l’insouciance en opposition avec le second intitulé : Part 2 The Ghost Of Coral Island, plus automnal et sur le déclin. Le titre et la teneur des chansons vont bien évidemment se caler sur ces concepts et s’offrir aux préférences de chacun d’entre nous. Il y aura ceux qui pencheront plutôt pour « Vacancy », une ritournelle toute simple qu’on écoute cheveux aux vents et puis ceux qui préfèreront la langueur toute relative de « Faceless Angel ». Deux comptines situées sur des disques différents mais reliées entre elles par la même poésie et la même façon de chanter un lieu chéri, un instant enchanteur ou un état d’âme universel. Et tout cela, avec comme fil conducteur, grand-père Murray (85 ans) qui endosse de façon touchante le rôle du narrateur. C’est d’ailleurs lui qui ouvre et ferme Coral Island avec ses mots doux, chargés d’anecdotes et de souvenirs anciens. « On Coral Island, you can fall in love… », des mots en forme d’invitation qui nous transportent dans un lieu merveilleux et kitsch à la fois (« The Promenade palm trees are plastic... »). Ce premier disque est gorgé de soleil, d’air marin, de brumes enveloppantes et surtout de chansons au format classique couplet/refrain rudement efficace. « Lover Undiscovered » qui inaugure cette orgie musicale nous permet de retrouver le groupe qu’on adore et la voix de James Skelly qui me fait toujours penser à Dewey Bunnell. La belle aventure est maintenant lancée sur les sillons légers et insouciants de ces sorties adolescentes forcément présentes en chacun de nous.

The Coral Coral Island Band 1

Un premier volet où le duo James Skelly/Nick Power donne la pleine mesure de son talent d’écriture. L’ombre toute proche des jeunes Beatles flotte comme un étendard rassurant et la musique se fait parfois délicieuse à l’image de ce « Mist On The River » aux forts relents U.S. et dont les arrangements inventifs montrent un savoir faire indiscutable. C’est un parfum suranné qui vient nous embaumer avec « My Best Friend », une chanson entendue mille fois mais qui trouve naturellement sa place dans ce contexte où la notion de temps s’évanouit. Tout comme les enrobages de claviers et de guitares sur « The Game She Plays » qui vont nécessairement faire surgir des références du passé. La transition est déjà là avec « Autumn Has Come », le titre qui clôt le premier disque. Le ton a changé, la rythmique est moins enjouée et la grisaille s’installe dans le décor et dans les cœurs. La seconde partie démarre en demi-teinte avec « Golden Age », une chanson bastringue écrite par les frères Skelly et sur laquelle plane la mélancolie de Richard Hawley, leur voisin de Sheffield. Un « âge d’or » révolu où le jeu et l’argent étaient les rois de la fête. C’est dans cet état d’esprit, comme lorsqu’on regarde dans un rétroviseur idéalisé, que la suite de Coral Island va poser ses dernières chansons, très belles et addictives. Parmi elles, on relèvera « Take Me Back To The Summertime » à la rythmique syncopée en forme de clin-d’œil à Mungo Jerry. Et puis, on aimera les délicats arpèges du poignant « Old Photographs » qui parle de vies lointaines, figées dans le noir et blanc. Enfin, histoire d’enfoncer le clou, le superbe « Land Of The Lost » va nous filer la chair de poule avec son solo de guitare puissant mais malheureusement trop rare. C’est « The Calico Girl », écrit par le guitariste Paul Molloy, qui conclut de façon rétro et onirique ce Coral Island en tout point réussi.

The Coral Coral Island Band 2

Devenir accro aux chansons de The Coral n’a rien de malsain, bien au contraire. Souvent, ce sont les choses les plus simples qui résistent le mieux à l’érosion du temps. Il n’y a qu’à voir les premières chansons des Beatles qui franchissent allègrement les générations sans devoir s’essouffler. Cette allusion n’est pas due au hasard car c’est le même état d’esprit qui anime les deux formations et Coral Island regorge de ces petites bluettes sans prétention qui finissent par hanter votre cerveau durablement. Avec ce dixième album, les gars d’Hoylake peuvent se vanter d’avoir écrit quelques-unes de leurs plus belles chansons. On en ressort le cœur gros mais aussi, avec les oreilles bien rassasiées.

https://thecoral.co.uk/

 

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