The Body & Thou –  Released From Love / You, Whom I Have Always Hated

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Écrit sur le vif, griffonné dans la moiteur et la crasse avec colère et sang. Les images basculent, la vision devient floue et se brouille, les dents se serrent, la bave épileptique finit par sortir d’une bouche entrouverte. Planté au milieu du salon, mon corps noueux (c’est ce que mon miroir me dit chaque matin, car oui, il me parle !) est parcouru de tremblements, mais toujours dévoré de cette animosité adipeuse, avec les yeux exorbités d’un camé en manque. Tu te demandes de quoi je parle hein ? Alors que je boue telle l’écrevisse en pleine crise de frétillements ? De Thou et The Body, eh ouais mec. Deux entités, distinctes, partageant le même goût pour le désespoir et les difformités diverses à tendances tonitruantes. La dysmorphie faite son. Ce que j’évoque, si ça se trouve t’y piges que dalle. Thou (Homer Simpson, es-tu là ?). Tu te dis que c’est un énième groupe de sludge pétrissant la boue et la merde de son Bayou de Bâton Rouge. The Body. Tu te dis que c’est un de ces duos glauques qui te plonge dans la fosse septique qui poisse. Ça fait beaucoup de kilos de fiente à la ligne. Est-ce vraiment ignoble ? Non. Certains prétendent bien pire sur le marché, mais là, ici présent, on touche à du massif.

Le son déjà. Double couche de boue sur la tronche. T’as les guitares de Thou, poisseuses, qui te gueulent « Non ! » ou « Dégage ! », et tu rajoutes LE son The Body, ample, aux frontières de l’abstraction. Et là, c’est le malaise. Pour cause, on te mélange un cauchemar foncier, genre « Ken Loach meets Tobe Hooper », soit le réel que tu peux renifler dans le caniveau de tous les jours, et sa version astrale sans repères à la Pasolini qui lorgne un peu trop sur les jeunes garçons. Greffer un cauchemar sur un autre, c’est un peu l’idée. C’est finalement comme si t’avais chopé la bête du Gévaudan et qu’on y transplante une tête de calmar par-dessus. Bonjour la flippe ! Bonjour le vice consanguin ! Re-Animator version sludge-doomy, et chacun y gagne.

The Body

The Body

Voyez un peu le tableau : Thou se transforme en bête bicéphale mutante et The Body trouve accroche à ses pieds, histoire d’étendre la fable qui donne des fistules sur des varices, juste comme ça. Je dirais bien que c’est l’inverse, mais pas convaincu que ça marche dans ce sens. Mais question regard inquisiteur sur la tronche, ça se pose là. Parce que le sludge fangeux, le doom de poiscaille, ça renifle la culpabilité, ça te fixe méchant, ça te pointe du doigt et ça te rend mal à l’aise, parce que la boue qui se déverse, elle ne vient pas de nulle-part. C’est de la rancœur, du dégoût profond, alors quand c’est multiplié au mètre cube imposable, ça pilonne forcément tes fondements de satin. On se le réserve à l’occasion des grandes soirées, celles des moutons qui salivent et qui bêlent, celles des connards qui votent FN ou qui se sentent tellemeeeeent rebelles quand ils s’abstiennent… La bonne blague…

Thou

Qui que tu sois, sache qu’on t’observe. Les cris te feront tendre l’oreille, alors que tu découvriras qu’il est déjà trop tard. T’as pas su courir à temps et pourtant, question vitesse, les deux molosses ne font pas partie du peloton de tête. C’est la menace que tu ne vois pas venir, mais quand elle est là, elle te colle à l’asphalte. Et pour moi, le noueux, c’est la catharsis en silence, les cris que je n’ose pas proférer face à ma fenêtre, les larsens que n ‘arrive pas à couvrir ma machine à laver, l’ambiance qui me donne le regard noir face à un but du PSG, parce que je m’en tape de ce sport de cons et de ces connards surpayés qui te couvrent ta pauvre petite vue de fiotte…

Ce cru, cette collaboration (deux splits sur un seul support, c’est Byzance !), je m’en délecte comme je me torche avec de la soie. L’un retrouve grâce à mes yeux (Thou) alors que l’autre monte davantage son mercure dans ma barre personnelle de sympathie stridente (The Body). Et, au final, comme je ne sais pas finir une chronique normalement (c’est mon job), je terminerai dans le terreau  de mon bégonia en pensant aux bienfaits curatifs d’un sludge fortifiant et apathique. Alléluia !

Jérémy Urbain (8/10)

https://thebody.bandcamp.com/

http://thou.bandcamp.com/

Released From Love / You, Whom I Have Always Hated
The Body & Thou
2015
Thrill Jockey

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