Teradélie – BlackolZa

Teradélie – BlackolZa

Teradélie, turbulente artiste du landernau pop-rock hexagonal, possède déjà un bon nombre d’albums à son actif (le premier date de 1998), dont le très éclectique et surprenant « ZaOrganic« , chroniqué dans nos colonnes l’année dernière. Avec cette nouvelle cuvée intitulée « BlackolZa », produite dans son « terroir cosmogonique » avec la contribution de quelques amis musiciens, la diablesse vocaliste et poly-instrumentiste joue à fond la caisse la carte du mélange des genres pour élaborer une sorte de « techno-rock atmosphérique » hyper chiadée et très moderne, sans jamais vouloir sonner « tendance » pour autant. Téradélie navigue en effet à contre courant de la nouvelle scène française et de tous ses poncifs, sans prise de tête ni de melon. Tout comme ses prédécesseurs, « BlackolZa » se moque explicitement des étiquettes, des familles et autres chapelles musicales, tant sa talentueuse génitrice arrive à transcender comme personne ses plus grandes influences et références (Kate Bush, David Sylvian et Peter Hammill, parmi quelques autres pointures). Ici encore, la chanteuse exprime ce qu’elle a dans la tête, le cœur et les tripes, avec une authentique démarche artistique assumée (et transformée) à 200%.

Un travail de titan sur les sons et les arrangements de « BlackolZa », disque conçu à partir d’une impressionnante palette instrumentale électro-acoustique, vise à la construction de climats variés mais globalement sombres (l’éponyme et martelant « BlacKolZa », au fascinant pouvoir cinématique), voire vaguement dépressifs (la triste et sensuelle balade « I Believe », à écouter en boucle un jour de grisaille et de pluie). Teradélie assimile d’ailleurs ce nouvel opus à son propre « Black Album », dans l’esprit et le verbe tout au moins. Rien à voir en effet ici avec la fureur sonique d’un Metallica !

Le texte (en français et en anglais), tantôt chanté, scandé, parlé ou simplement murmuré, contribue à poser un univers poétique singulier dans chacune des compositions, à tel point qu’on imaginerait bien l’ensemble adapté pour les besoins des « Contes du Jour et de la Nuit » de Véronique Sauger sur France Musique. Téradélie partage d’ailleurs ce sens aigu de la narration expressive avec la géniale « diseuse musicienne » de Radio France et c’est tout particulièrement criant sur le technoïde « Surexposition », où l’artiste s’amuse plus que jamais à jongler avec le sens et la couleur des mots.

La voix de Teradélie est un instrument à part entière qu’elle module/agence en fonction de ses besoins. Elle la superpose parfois à outrance, de la simple texture en fond de décors à la soliste « démultipliée » au premier plan, à grand renfort d’effets en tous genres (« Duo Ex Machina » est en ce sens un véritable feu d’artifice vocal !). Il doit très certainement nécessiter plusieurs clones de Teradélie sur scène pour reproduire en live toute la richesse des arrangements du matériel studio !

L’organe de notre fée ténébreuse fait aussi des merveilles en « spoken words » sur le superbe « Peut-être Demain », sorte de complainte chamanique à la Mari Boine : cette chanson est vraiment proche de cette fascinante nouvelle école nordique on ne peut plus stimulante pour l’imaginaire, avec sa basse ronde répétitive et hypnotique et ses traitements de guitares vaporeux façon Terje Rypdal. Dans un même esprit onirique, le sublime « Atomic » nous met tous les sens en émoi avec un flow vocal entre ombre et lumière (où l’on retrouve quelques petites intonations de l’iconique Grace Jones !) posé sur un flot instrumental continu et éthéré dans lequel s’entremêlent nappes de claviers, accords de violoncelle et tapis de percussions ondoyantes.

Parmi les autres pièces de choix de ce passionnant menu, on peut citer également l’introductif « Il y eu un Temps », avec sa rythmique dub et son final crimsonien fait de basse déferlante et de rythmique pétaradante, ou encore cette fantasque reprise du « Say It’s Alright Joe » de Genesis (extrait de l’album « And Then There Were Three » paru en 1978), version à des années lumières de l’originale, ce qui rend pour le coup la démarche fort intéressante. Signalons également la présence d’un unique titre instrumental, le bien nommé « Delirium Très Mince » (et son ambiance « synthés analogiques » à la manière d’un Zombie Zombie sous médocs), ainsi que d’un duo résolument rock avec le chanteur/musicien/arrangeur belge Vanii Aupositeur (on notera un petit côté Pierre-Yves Theurillat dans la voix et la sensibilité écorchée vive), chanson qui traite du thème de la rupture et qui vous « dépolymérisera » le cœur !

En conclusion, je vous conseille vivement d’aller jeter une oreille (et plus si affinités) sur cet audacieux et sincère « BlackolZa », album inclassable de la sphère pop qui n’a finalement qu’un seul petit défaut à mon goût : le manque cruel d’un vrai batteur ! Et c’est bien dommage pour un ouvrage si subtil qui porte une attention toute particulière à la musicalité des rythmes et dont les compositions « groovent » la plupart du temps.

Quoi qu’il en soit, et qu’on adhère pleinement ou pas à l’univers aussi intimiste qu’extravagant de Teradélie, entreprendre la découverte de « BlackolZa » créé la surprise à tous les instants, et révèle l’ensemble de ses richesses au fil des écoutes, un signe des meilleurs crus, ni plus ni moins. Bref, si vous souhaitez sortir des sentiers balisés du rock et de la pop pour écouter quelque-chose de différent, c’est par ici que ça se passe !

Philippe Vallin (8,5/10)

 

Pour écouter et télécharger l’album :

http://teradelie.bandcamp.com/releases

http://teradelie.wix.com/teradelie-official-website

 

BlackolZa
Teradélie
2014
Autoproduction

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