Tales – Interstellar Memories

Tales-Interstellar-Memories

Amateurs de grands trips cosmiques et de musique électronique de qualité, ne passez pas votre chemin car cet album devrait éveiller toute votre attention. En effet, avec « Interstellar Memories », premier volet d’une passionnante trilogie thématique, Tales inaugurait en 1998 un ouvrage fleuve de grande maturité digne de rivaliser avec les grands noms du genre, tout en conservant une identité bien marquée. On peut situer en effet l’esthétique musicale de ce triptyque à mi chemin entre l’héritage de la Berlin School et la musique de planétarium développée par les américains John Serrie et Michael Stearns, pour ce citer que ceux-là. Derrière Tales il n’y a qu’un seul homme aux commandes, le claviériste français Jean-Luc Hervé Berthelot, compositeur trop peu connu dans l’hexagone et qui affiche portant un CV impressionnant dans le vaste domaine de la musique électronique. L’artiste a en effet développé pas moins de cinq projets distincts de 1974 à aujourd’hui, à commencer par Zreen Toyz (musique concrète électroacoustique), Jihel (influencé par Klaus Schulze, Tangerine Dream et consorts), Elemental Noise (ambient expérimentale), Flying Species (ambient-house psychédélique proche de The Orb ou FSOL) et enfin Tales, entité plus spécifiquement « ambient cinématique », avec à l’arrivée un son et un style très singulier.

Tout au long du magnifique concept-album science-fictionnel qui nous intéresse ici, Tales nous conte derrière ses claviers l’histoire du Paradonka, le vaisseau spatial idéal pour voyager de système en système à travers la galaxie ! A grand renfort de nappes, de boucles et autres effets synthétiques, le compositeur développe une musique atmosphérique immersive et fortement évocatrice, qui plonge l’auditeur dans un voyage imaginaire scénarisé par lui-même, au gré de ses propres émotions et visualisations intérieures. Dès l’introduction de l’album, le ton est donné et vous voilà mis en condition pour un décollage imminent : nappes denses et contemplatives évoquant le vide interstellaire, voix robotiques d’outre espace… Le « Universal Migrator » d’un certain Ayreon n’est pas loin !

Mais point de trace d’éléments rock ou metal-progressif durant l’escapade, car c’est bel et bien à une aventure cosmique purement synthétique à laquelle nous sommes ici conviés. Et l’œuvre se vit comme un film de cinéma qui, dès la première écoute, nous entraîne dans les méandres d’une musique qui nous fait perdre la notion du temps. Avec « Interstellar Memories », Tales réalise son propre « Rubycon », « Apollo », « Planetary Unfolding » ou « Albedo 0.39 », à l’instar de Tangerine Dream, Brian Eno, Michael Stearns ou Vangelis à leur moment de gloire, mais avec patte et cette identité bien à lui. Aucun plagiat à craindre malgré des influences bien perceptibles, pas même quand Tales signe avec « Over Proxima Centauri » un hommage presque avoué au génie allemand Klaus Schulze de l’époque « Moondawn » (en bien plus moderne toutefois), chœurs célestes, nappes planantes et séquenceurs à l’appui.

« Interstellar Memories est un album au parfum nostalgique qui ne sombre jamais dans le passéisme et qui amalgame plutôt avec respect, intelligence et panache, la « Berlin school » antique à l’école californienne (des années 80 à nos jours), comme le fait aujourd’hui (mais en explorant encore d’autres voies, munis de sa propre palette) l’excellent duo français Space Megalithe ! Un opus à écouter religieusement bien calé au fond de votre fauteuil, un casque rivé sur les oreilles pour bien en apprécier toute les saveurs oniriques et autres subtilités sonores.

Philippe Vallin (8/10)

http://jlhb.free.fr/

http://berthelot1.blogspot.fr/

Album disponible ici :
http://sillage-intemporel.bandcamp.com/album/interstellar-memories

Interstellar Memories
Tales
1998
Somewhere In Time

2 commentaires

  • ramackers nicole

    Super intéressant ton article sur ce groupe …
    cette musique qui me fait évoluer dans l’espace …. j’apprécie ………………..

  • Philippe Vallin

    Bonjour Nicole. J’avais découvert cet artiste il y a bien longtemps, quand j’écrivais encore dans le Koid’9 Magazine. J’ai tout de suite aimé le style, car il s’inscrit en effet dans la « musique cosmique », celle créée dans les années 70 par les pionniers allemands (Klaus Schulze en premier lieu, Tangerine Dream, Ash Ra Tempel, etc..). D’autres articles sur Tales sont à venir, car ses influences ne s’arrêtent pas là (d’autres albums sonnent en effet plus « Vangelis »). Merci pour ton message en tout cas, et merci de nous lire !
    A bientôt 🙂
    Philippe

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