Swans + Richard Bishop à Paris, le Trabendo, lundi 19 Novembre 2012

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En plus de nous pondre l’album de l’année, Swans, pour ses trente ans d’activité et son unique date en France, passe par le parc de la Villette et son Trabendo. Un rendez-vous qu’il m’était impossible, impensable même, de louper. Juste de le temps de poser ma journée, prendre ma place plus d’un mois en avance, réviser les classiques anciens et récents du groupe, puis une chose amenant une autre, voilà que je me retrouve devant la salle, bouchons d’oreilles en poche et à portée de main. Le monde s’était donné rendez-vous en ce lundi soir vu la vitesse à laquelle la salle s’est remplie. Enfin, en partie, puisque la moitié partait directement au bar se prendre des Heineken coupées à l’eau. Pour ma part, je repartirai, après passage au stand, Tee shirt Filth dans la besace, simple, efficace, séduisant et séducteur. Le temps de prendre un emplacement hautement stratégique, c’est-à-dire là où on ne risque pas d’avoir des acouphènes pendant un mois, même avec des bouchons enfoncés jusqu’aux osselets (il semblerait qu’au fond de la salle on échappait aux sifflements post-concert). Ni dans la fosse, ni dans les hauteurs, ni trop loin, ni trop près, c’est bon, ne bougeons plus.

Richard Bishop, bonnet sur le crâne, commencera son set les 20h passées. J’avoue, je connais mal le bonhomme. Tout juste ais-je entendu un album versant drone contemplatif et majestueux. Ici, ce dernier se lancera dans un folk acoustique de haute tenue. Minimaliste, certes, instrumental aussi, mais quel panache ! À la fois capable de partir dans des vapeurs planantes aux bonnes odeurs psychés, pour bifurquer dans des accélérations prenantes saluées, le discret guitariste a su rendre ses interprétations juste en évitant la démonstration, sans saveur et nauséeuse. Une entrée douce. Mais bon, ce n’est pas tout ça, le temps de passer au bar, je croise Bernard de Souffle Continu (qui, comme moi, n’a pas pu faire l’impasse sur la date française de Swans), ainsi que Thor Harris, percussionniste du groupe, accoudé au comptoir, smartphone en main. C’est dans les alentours de 21h que Gira, accompagné de ses musiciens, lancent les hostilités. S’il existe bien une chose sur Terre qui peut servir dans ces situations, ce sont les Boule Quiès. Les Swans, ça joue fort, vraiment très, très, très, très fort. Swans, ça devient synonyme de décibels, de volume et de crainte. Je rigole encore des petits marrants qui ont cru se sentir fins les oreilles à l’air. Perte d’audition entre 30 et 50 % minimum, garantie sur facture.

Changement de playlist pour cette nouvelle tournée, dommage toutefois de ne pas vivre l’immense intro lançant « No Words/No Thoughts ». Inutile non plus de faire la fine bouche, en l’espace de 10 minutes quand Gira explose le potentiomètre. Silence, répétition, chaleur, puissance, explosion. Une fois la machine lancée, impossible de reculer, Swans aura (et a) ta peau. Que dire ? Le titre « Avatar » allongé et transfiguré gardant son final orgasmique… La reprise d’un standard, « Coward », rappelant, une bonne fois pour toute, les racines du sludge. C’est lourd comme un quintal de viande, angoissant et torturé. Gira toujours aussi autoritaire, en mode Kaiser du rock et sa langue de serpent, poussant ses acolytes au maximum de leurs capacités physiques, emmerdant l’ingé son, capable d’entendre la moindre imperfection sonore, poussant la poésie à son extrême finesse (« même en slip plein de merde je suis sexy« , ça ne s’invente pas !), bref, jouant son personnage mais ravi de l’accueil d’un public plus que fébrile et enthousiaste.

Et que dire de l’interprétation de « The Seer » ! Plus d’une demi-heure de tension en apnée, Phil Puleo, batteur surpuissant, frappe atomique. Ça fait mal, on retient son souffle, encore, encore et encore. Coup après coup, pas d’arrêt. C’est fini ? Non, c’est reparti… Swans sera à jamais l’un des groupes les plus inquiétants, les plus menaçants du rock, prenant le public par surprise, faisant pousser le son jusqu’à son paroxysme. Deux heures de transe. Reste le souvenir d’être sorti de la salle, hébété. Swans, plus qu’un concert, une expérience. Dernière chose : Miracle ! Pas d’acouphènes !

Jérémy Urbain

http://swans.pair.com/

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