Sufjan Stevens, Bryce Dessner, Nico Muhly, James McAlister – Planetarium

planetarium

Et si vous partiez pour un trip dans les étoiles visiter chaque planète du système solaire ? C’est à cela que vous invite Sufjan Stevens, ce génie qui avait un temps envisagé de sortir un album par état américain ! Oui, la tâche était ardue… Pour ce voyage spatial, tous les corps célestes  sont réunis sur un seul disque, c’est plus facile ! Mais attention, si vous connaissez Sufjan Stevens, résumer le disque aux astres serait se fourvoyer. Les paroles mélangent la mythologie et les comportements humains pour former une tapisserie multi-forme où l’on peut se perdre aisément. Y compris dans la musique : une symphonie électronique, touchant à l’ambient, au progressif, à la folk, tout ça porté par un souffle opératique, comme une gigantesque fresque qui résonne en écho aux confins des étoiles. Au premier abord difficile d’accès, il faut se laisser porter et plonger dans ces harmonies fabuleuses, ces dissonances, ces envolées aériennes, ces orchestrations surprenantes, ces éclairs de génie parfois malmenés par les manipulations vocales à la Bon Iver (sur 22, A Million, chroniqué ici) comme sur « Mars », par exemple, mais qui réussissent à imprégner une atmosphère déjà établie. Un album esthétique, une œuvre d’art, d’ailleurs créée en 2013 pour le Muziekgebouw de Eindhoven, aux Pays Bas, avec son compère batteur James McAlister, et ses potes Bryce Dessner (guitariste de The National) et Nico Muhly aux claviers et arrangements Le projet a été présenté dans différentes salles mais l’enregistrement n’a eu lieu que récemment, avec quelques ajouts et réarrangements. Planetarium présente donc 17 titres (il y en a plus que les planètes du système solaire) et possède la particularité d’avoir 7 trombones et un ensemble de cordes !

Sufjan Stevens Bryce Dessner Nico Muhly James McAlister Band

Même si c’est Nico Muhly qui s’est chargé de la majeure partie des arrangements, la patte Sufjan Stevens est imprégnée de partout. Si vous avez aimé The Age Of Adz, toutes les échappées électroniques bizarroïdes vont vous parler, et si vous êtes adeptes des monuments folk comme Carrie & Lowell ou Illinois, vous allez retrouver les mélodies imparables, les beautés incroyables, et la folie mélodique dont est capable Sufjan Stevens. On peut aussi rapprocher cet album du projet Sisyphus dans lequel se mêlaient hip hop, électro, et la mélancolie de Stevens. Très varié dans le chant, Planetarium montre encore une autre facette du talent de Stevens. Ses comparses ne sont pas en reste. Les morceaux instrumentaux ambient sont énormes, on flotte en pleine contemplation, on se laisse porter vers la prochaine planète pour découvrir ses secrets, ses révélations, ses surprises. Et il y en a …

Sufjan Stevens Bryce Dessner Nico Muhly James McAlister band live

Comment ne pas commencer par « Mercury » qui pourtant clôt l’album ? Les émotions qu’elle distille, tant dans le chant que dans les mélodies, sont pour moi tout ce qui me fait aimer la musique au sens large. Un chef d’oeuvre atmosphérique à ressentir de tout son être. « Jupiter », bardée de subtilités, au tempo envoûtant, est une merveille d’orchestration et sa deuxième partie renvoie directement à The Age Of Adz en partant dans des vrilles que nul n’aurait pensé à rassembler, de la boucle électro à l’ensemble symphonique de trombones. L’inclassable « Saturn » surprend et hypnotise entre émotion spatiale irréelle, pop post-rock, et electro moderne. Un (très) léger écho de Coldplay flotte là-dedans mais ce groupe n’arrivera jamais à ce degré d’inventivité et de musicalité. La corde fragile d’« Uranus » rappelle les travaux d’harmonie collective de Stevens sur ses albums folk opératique, avec la sensibilité de Carrie & Lowell. « Neptune » possède une certaine simplicité et une beauté qui frappe au coeur. « Moon » intrigue avec ses jeux Crimsoniens soft, on plane avec les mélodies dreamy de « Pluto », et « Venus » prend son temps pour mieux nous saisir. On succombe à « Mars », la plus expérimentale, grâce à un état de grâce, à la fois chaotique et fil suspendu, avec tant de facettes à appréhender. Et pourtant, tout fonctionne (même avec vocoder et auto tune, un comble!). Quant à « Earth », ses 15 minutes fascinantes résument le disque : une œuvre moderne importante et ambitieuse qui a su combiner tous les éléments pour être unique.

Fred Natuzzi

http://planetariumalbum.com/

http://asthmatickitty.com/artists/sufjan-stevens/

Planetarium
Sufjan Stevens, Bryce Dessner, Nico Muhly, James McAlister
4AD
2017

4 commentaires

  • Thierry FOLCHER

    Bonjour à tous,
    fan depuis bien longtemps (j’ai 61 ans) de rock progressif (mais pas que), il devient de plus en plus difficile de provoquer un certain émoi musical à l’écoute des nombreuses parutions musicales qui nous sont proposées. Et pourtant il y a bien de la qualité dans ces nouvelles générations de musiciens. L’équipe de Planétarium en fait partie et ce disque que Clair et Obscur m’a fait découvrir m’a fait lever plus qu’un sourcil, c’est devenu mon coup de cœur du moment. J’en discutais l’autre jour avec mon ami Claude Mignon du groupe SEVEN REIZH (je vous invite vivement à écouter leur dernier album La Barque Ailée dont la suite L’Albatros va être publiée prochainement) et nous avons eu la même réflexion sur ce rock progressif que nous sert les Neil Morse, Transatlantic, Fkower Kings, Big Big Train et bien d’autres qui est absolument ennuyeux et si peu innovants. Nous partageons maintenant nos avis sur des publications plus souterraines, qui s’éloignent des schémas trop codifiés de la scène Prog (Tin Hat Trio, Olafur Arnals, Stéphan Micus…) et qui semblent correspondre à la philosophie de votre site. Merci beaucoup pour vos publications, elles se révèlent la plupart du temps de grande qualité. Planétarium en fait partie, j’y ai trouvé pour ma part des accents de Sigur Ros, Radiohead, Rufus Wainwright et j’aime beaucoup la réflexion de Rudy Zotche qui dit que les émotions ressenties à l’écoute de ce disque sont ce qui lui fait aimer la musique, je partage entièrement cet avis. Bravo et bonne continuation.

    • Fred Natuzzi

      Bonjour Thierry ! Enorme merci pour ton commentaire qui nous conforte dans notre idée de chroniquer des albums que peu de gens connaissent. Merci pour l’effort d’aller écouter ces albums, et de laisser un commentaire ! Juste une correction, ce n’est pas l’excellent Rudy qui a écrit la chronique. Le nom qui apparait en haut est celui de l’éditeur, le nom de l’auteur est en bas de la chronique D’une manière générale, Sufjan Stevens est l’artiste qui me donne le plus d’émotions quand j’écoute sa musique. Je la trouve subtile, intense, riche, qu’elle soit intimiste ou à plus grande échelle. Je t’invite à t’y plonger

      • Thierry FOLCHER

        Désolé Fred, il faut rendre à César ce qui t’appartient. Au plaisir de vivre d’autres découvertes.

        PS: hier soir j’étais au concert du groupe Québécois Bears of Légend, ils sont vraiment étonnants et très talentueux. Leur dernier morceau se passe unplugged parmi la foule, ce fut un grand moment.

        • Lucas Biela

          Content Thierry de voir que je ne suis pas le seul (autrefois) proggeux déçu par l’orientation décidément trop banale et prévisible que prend le prog de nos jours. Autrement, vu la diversité que propose C&O, tu es bien tombé !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *