Stone Age – Bubry Road

Bubry Road
Stone Age
Glaz Music / Nevez Productions
2022
Thierry Folcher

Stone Age – Bubry Road

Stone Age Bubry Road

Pour comprendre mon attachement à Stone Age, il faudrait que je vous raconte ma vie, ce qui n’est pas forcément la meilleure façon d’attaquer une chronique. Pour faire simple, je peux vous dire qu’un jour j’ai épousé la Bretagne et tout ce qui va avec, la culture notamment. Ma passion pour la musique s’en est trouvée toute émoustillée et m’a permis un ancrage plus que bienfaiteur dans cette terre magnifique où bardes et trouvères font danser le petit peuple depuis des âges immémoriaux. Et comme faiseurs de belles ritournelles, les gens de Stone Age s’y connaissent, mon bon seigneur. En 1994, leur premier album éponyme, tombé en plein revival celte, va tout d’abord intriguer puis rapidement envahir les foyers de Bretagne et d’ailleurs. Un nom passe partout, un triskell en couverture, cela ressemblait plus à une énième compilation qu’à un véritable effort studio. Mais une fois le livret ouvert, la sémillante équipe s’affichait avec des pseudonymes dignes des plus belles légendes locales. Lach’ilaouet, Terracotta, Marc de Ponkallec et Kervador, quatre noms trop beaux pour être vrais et à propos desquels on n’en saura pas plus à ce moment-là. Il faudra attendre la sortie trois ans plus tard du deuxième épisode intitulé Les Chronovoyageurs pour découvrir leur véritable identité. Mais l’essentiel n’est pas là, vous le savez bien. Ce qui compte avant tout c’est la musique et les frissons qu’elle peut garantir. Le premier contact avec elle et surtout les premiers émois, ce sont les trépidants « Zo Laret » et « Kervador » qui nous les ont offerts et qui seront à la base de l’embrasement de nos cellules grises. Quatre albums au total et une ultime destination en 2007 avec le superbe Totems d’Armorique, très mature mais hélas, stoppé en plein vol. Et puis le vide, le silence et l’attente, vaine et incompréhensible. Loin des yeux (ou plutôt des oreilles), loin du cœur avec de nombreux clients de substitution pour compenser sans pour autant oublier.

Cette longue pause naturelle a permis aux quatre musiciens de se consacrer à d’autres projets et à d’autres priorités jusqu’à ce que le démon de la création incite Marc Hazon (Marc de Ponkallec) et Michel Valy (Kervador) à relancer la machine Stone Age, apparemment en bon état de marche. Tout est revenu assez facilement et après trois ans de travail, la sortie de Bubry Road pouvait être annoncée aux fans et à la terre entière. Ce come-back taillé pour la scène ressemble à un nouveau départ, à une reconquête qui ne prendra pas le risque d’être trop intellectuelle ou trop conceptualisée. De la musique bonheur, accessible et positive, ce qui est déjà miraculeux par les temps qui courent. La première écoute nous dévoile une large étendue des thèmes et des sonorités chers à Stone Age. Un tempo électro/pop sautillant, des vocaux (la plupart du temps en breton) chaleureux, des orchestrations variées et une capacité à créer des mélodies qui font mouche à tous les coups. Les références sont nombreuses mais uniquement sous forme de clins d’œil et sans volonté de sonner « à la manière de ». Le souffle de « You Know » par exemple nous renvoie à L’Héritage Des Celtes de Dan Ar Braz mais de façon furtive et juste pour mettre en évidence l’ampleur et l’importance des instruments traditionnels. Et puis il y a des sensations plus exotiques comme les premières notes de « Anti Age » qui introduisent un groove très Temptations dans un mix celtico/funk qui fonctionne à merveille. Aujourd’hui, on a besoin de musiques comme Bubry Road pour avancer et voir le monde avec l’innocence d’un regard d’enfant. L’actualité est assez lourde comme ça sans que les artistes en rajoutent une couche et oublient la dimension distraction comme priorité fondamentale.

Stone Age Bubry Road Band 1

Après cette petite parenthèse discutable, j’en suis bien conscient, le retour sur la route de Bubry va faire du bien et diriger nos pas vers des festoù-noz de légende où gavottes et hanter-dro soulèvent l’assistance comme par magie. Mais chez Stone Age, la tradition s’habille toujours de couleurs inhabituelles, à tel point qu’un titre comme « Dansit For Tomorrow » va surprendre, heurter et finalement faire l’unanimité. Ce ne sont ni le tempo ni la langue bretonne qui étonnent mais plutôt les sonorités à la Kraftwerk ou les chœurs en anglais. Cela dit, on s’en accommode facilement avec même, une pointe de jubilation. Le métissage est depuis longtemps une des caractéristiques majeures des musiques bretonnes et celtes. Certainement, la meilleure façon pour résister et progresser. La danse d’un côté et l’émotion de l’autre. Chez Stone Age, l’alternance est de mise et lorsque l’émouvant «Maureenig Ar Rouz » succède au dynamique « You Know » ce n’est que pour donner plus de profondeur et d’humanité au répertoire. Cette superbe chanson joue la carte de la tendresse pour ne pas oublier Maureen la rousse, partie dans un murmure (She’s gone in a whisper...). Les échanges de voix, le solo très gilmourien et les chœurs sont réunis dans un ensemble d’une beauté et d’une douceur assez remarquables. Je le disais plus haut, cet album est fait pour voyager et remplir les salles avec une équipe hyper soudée capable de prolonger certains titres comme l’instrumental « From Gwen To Stone » apte à faire décoller le public. Bubry Road est tellement riche dans sa diversité et dans ses couleurs qu’on pourrait passer beaucoup de temps à le décortiquer. Il est donc indispensable de se l’approprier pour en retirer le maximum de plaisir à l’image du chant de Marielle Hervé sur « Pleg An Amzer », de la surprise Kohann sur « Rozenn An Dro », du piano jazz de « Moged », des sensations Stivell sur « Armen Dañs » ou encore des diaboliques duels musicaux de « Groës coët ».

Stone Age Bubry Road Band 2

Stone Age a réussi son pari et ce retour en binôme est à la hauteur des travaux d’antan. Bien des années plus tard, « Maribrengaël » ou « L’Homme De Pierre » continuent de nous émouvoir, prouvant le sérieux de l’écriture et un indiscutable savoir-faire. Alors, je ne prends pas trop de risque en disant que « Maureenig Ar Rouz » ou « Pleg An Amzer » vont à leur tour hanter nos rêveries pendant très longtemps. Bubry Road est un album léger mais dans le bon sens du terme, un peu comme un flocon de neige ou un grain de pollen qui viendrait se poser sur notre monde sombre et pesant. Offrez-vous une escapade avec Stone Age ! Il n’y a rien de tel aujourd’hui pour retrouver le sourire et des raisons de croire en l’avenir.

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