Starless – Song Of Silence/Wish

Starless - Song Of Silence Wish

S’il y a bien un spécialiste du rock progressif japonais en France, cette frange géographique d’un style musical souvent plus typé et outrancier que partout ailleurs, c’est bien le label Musea, dont on ne compte plus les éditions et rééditions de classiques et autres œuvres plus confidentielles, avec aussi son lot de trésors épuisés. Ce n’est heureusement pas le cas avec ce disque de Starless (pas difficile de savoir d’où vient le blase du groupe, même si la musique n’a ici rien à voir avec celle de qui vous pensez), toujours disponible à la vente si celui-ci fait défaut à votre collection. « Song Of Silence/Wish » est en fait le second album des japonais paru initialement au Japon en 1992, augmenté d’un EP 5 titres publié 3 ans plus tard. Attention, un avertissement à tous les progsters nippophiles s’impose : n’attendez pas de ce beau et bien garnis « reprint » un déferlement de rock symphonique dans la grande tradition chère à nos ami(e) du pays du soleil levant. Ici, nous sommes loin de naviguer à travers les océans baroques et flamboyants de Gerard, Ars Nova, Midas, Shingetsu, Bellaphon ou Motoi Sakuraba. En effet, l’œuvre de Starless, historiquement l’un des tous premiers groupes de rock-prog japonais soit dit en passant, et fondé en 1984 par le bassiste Jutaro Okubo (ex-Sheherazade), doit tout autant à l’héritage du heavy-metal british qu’à celui du rock progressif dit « classique ».

Les musiciens réunis au sein de ce combo tout à fait digne d’intérêt sont, pour la plupart, issus de jeunes groupes bien davantage influencés par  les riffs plombés de Deep Purple ou Rainbow que par les fresques grandiloquentes de  Yes, Genesis ou ELP ! Et cela se ressent très nettement à l’écoute de leur musique, au propos parfois bien vitaminé, mais à la sauce seventies/eighties. Et si les compositions peuvent sembler un peu ramassées, ne serait-ce que par leur relative courte durée, nos instrumentistes font toujours preuve d’un grand sens mélodique, en se laissant parfois aller (si si !) à de gracieuses envolées symphoniques où la guitare est à l’honneur, et avec une technique qui force le respect. Les claviers sont quant à eux davantage utilisés en guise de soutient, et très rarement en soliste. Notons tout de même la présence bienvenue de Toshio « Gerard » Egawa, en invité sur deux morceaux que je vous laisse le soin de découvrir par vous-même !

Les quinze titres de cet album enrichi (de 1’05 à 8’29) bénéficient d’une instrumentation variée et d’une production tout ce qu’il y a de plus honorable, avec une basse grondante, bien mise en valeur, et des interventions pleines d’à-propos au saxophone et de piano. De plus, le chant en langue japonaise de Mayumi Minematsu (très porté sur l’effet vibrato) devrait réussir cette fois à séduire les plus résistants, voir les plus allergiques à cette expression vocale d’un genre particulier. Dans ce domaine, Mayumi est en effet un peu moins expansive et lyrique que sa collègue Megumi Tokuhisa de Teru’s Symphonia, que personnellement j’aime beaucoup.

Starless, c’est un peu la version plus sage, « commerciale » (et les guillemets ont ici toute leur importance), d’un Marge Litch, autre prog-band nippon incontournable dans sa catégorie, qui aurait décidé de virer à un rock toujours ambitieux mais plus consensuel, plus immédiat, le pompiérisme et grandiloquence en moins. Starless, c’est plaisant, efficace, mélodiquement carré, et ça joue sévèrement bien. Incontestablement une saké.. euh.. sacrée réussite dans le genre heavy-progressif ! Le groupe a réapparu depuis avec un nouvel album en 2007 (le bien nommé « Story Never Ends »), resté à ce jour inédit dans nos contrées. Peut-être une future galette éditée chez Musea ?

Philippe Vallin (7,5/10)

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