Simon Steensland – A Farewell To Brains

Simon Steensland A Farewell To Brains

Bon allez, je vais me livrer à un exercice périlleux : celui de parler d’un artiste que je ne connais pas du tout ! Et puis, se lancer dans l’inconnu a souvent de bons côtés, car depuis quelques jours j’écoute l’œuvre complexe de Simon Steensland, et j’accroche ! Notre homme est un suédois multi-instrumentiste (pouvait-il en être autrement ?), qui débute sa carrière solo en 1993, accompagné par Morgan Agren à la batterie, avec une discographie qui compte à ce jour pas moins de 7 albums. La pochette du CD qui nous intéresse est assez intrigante et le contenu musical se résume à 5 morceaux, dont trois d’un quart d’heure ou presque, accompagnés de deux petites pièces très courtes. Voila une structure qui me laisse penser que l’on aborde un style bien particulier, et cela est confirmé dès les premières notes de « Schrodinger’s Cat ». Plus la bête se déroule et plus l’influence du courant musical « zeuhl » est évidente. L’ombre du géant Magma est en effet très présente, dans la lourdeur rythmique (il faut bien écouter la ligne de basse), et dans l’ambiance très noire qui se dégage de ces presque 17 minutes au compteur.

Il est indéniable que l’influence de la zeuhl est présente sur l’ensemble de cette œuvre, mais elle se décline sous différentes formes, comme autant de courants présents dans ce même style. La progression se fait autour d’une ambiance très changeante au cours de l’écoute. On passe d’un style minimaliste et barré (il est certain que notre bonhomme à beaucoup écouté les albums du groupe belge Univers zero) à des moments plus agités, qui nous font voyager en terres free-jazz (le Soft Machine de Wyatt pointe parfois le bout de son nez). Mais le tout reste à la fois très cohérent et parfaitement orchestré, ce qui à pour conséquence de conférer à l’ensemble un son très moderne qui facilite l’écoute et l’accès au monde de Simon Steensland.

Simon Steensland Band

Tout au long de l’opus, on entend une voix (ou « des voix ») qui apporte une bouffé d’oxygène cristalline, et augmente l’intérêt de cette création. Encore une fois, dans la manière de mettre en vie ces chants, on ne peut s’empêcher de sentir une certaine filiation avec le projet de Christian Vander qu’est « Offering ». Dans le dernier titre du CD, « The Idiot », toutes ces influences sont mélangées et l’ensemble est fort bien réussi, ce qui démontre toute l’étendue du talent de notre bonhomme. Une fois ce « magma sonore » passé entre nos oreilles, on comprend tout l’intérêt des deux fameuses petites pièces (moins de 4 minutes) évoquées plus haut, qui sont là pour nous permettre de reprendre notre respiration.

Voila donc ce que m’a inspiré ce premier contact avec cette galette, et il va sûrement me falloir beaucoup d’autres écoutes pour en découvrir toutes les infimes subtilités. Quelquefois, la découverte d’un nouvel artiste nous permet d’aborder un monde avec lequel on est déjà familier, mais sous un angle différent (grâce aux nuances et à la « patte » du compositeur) pour un dépaysement total à l’arrivée ! Ceux qui sont sensibles aux courants de la musique zeuhl et RIO (et plus particulièrement au groupe de Daniel Denis Univers Zero) vont se régaler, mais sans aucune nostalgie. Car j’insiste : ici le plat n’est jamais réchauffé, mais bel et bien remis au goût du jour !

Alors les connaisseurs devraient y trouver leur comptes, les curieux ajouter un artiste plus que fréquentable à leur discothèque, et les novices auront tout le loisir de se laisser séduire par une expérience musicale qui leur paraîtra insolite et donc excitante. Une découverte pleine de charmes pour un genre qui à encore beaucoup de choses à exprimer, grâce a des créateurs aussi talentueux que Simon Steensland.

Rodolphe Lambert (8/10)

https://altrockproductions.bandcamp.com/

A Farewell To Brains
Simon Steensland
2015
AltrOck

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