Sequentia Legenda : un univers musical toujours en expansion…

Sequentia Legenda

Venu d’une planète bleue lointaine située aux confins de notre galaxie, Laurent Schieber (alias Sequentia Legenda) s’est révélé aux terriens que nous sommes il y a deux ans à peine, avec son excellent premier album intitulé Blue Dream. Depuis son atterrissage sur notre petite biosphère, ce passionné des synthétiseurs et de la musique électronique planante façon « Berlin School » n’a eu de cesse de nous faire voyager dans notre cosmos intérieur, en nous livrant du bien bel ouvrage, fortement influencé par le maître Klaus Schulze dont il est l’un des dignes héritiers. Rencontre et entretien avec ce compositeur passionné, dont le travail d’esthète se situe à mi-chemin entre tradition et modernité, au sein d’un genre musical qui semble bien loin d’avoir dit son dernier mot…

C&O : Bonjour Laurent. Tu sembles manipuler les synthétiseurs et autres séquenceurs depuis fort longtemps. Comment est née cette passion pour la musique électronique dite « Berlin School », et comment expliquer alors pourquoi Sequentia Legenda et son remarquable premier album Blue Dream ne se sont dévoilés au public qu’en 2015 ?



Sequentia Legenda : Tout a débuté avec l’écoute de l’album Mirage de Klaus Schulze, lorsque j’avais une quinzaine d’années. Ce fut un véritable coup de foudre musical. C’est ainsi qu’est née ma passion pour la Berlin School. Dès lors, je me suis mis à jouer du synthétiseur. C’est dans l’arrière-boutique d’un magasin de musique de la ville que débutait mon apprentissage du solfège et du clavier. Bien vite, mon professeur se rendit compte de l’intérêt que je portais pour la synthèse sonore, et les cours de solfège laissèrent place alors à la découverte du synthétiseur. La chance de pouvoir tourner les potentiomètres d’un instrument mythique m’était offerte : il s’agissait du fameux Minimoog !

Les années s’écoulèrent avec l’acquisition d’un bon nombre d’instruments électroniques. Dans un premier temps, ce fut les synthétiseurs analogiques tels que le Korg PS3200, l’ARP Odyssey, le Crumar Multiman S, l’Oberheim Two Voice, le Korg MS20 et son séquenceur SQ10, le Polymoog, le vocoder Roland SVC-350. Avec l’arrivée du MIDI, je me séparais de tout cet arsenal analogique pour passer à l’ère du numérique avec mon premier logiciel de MAO tournant sur un Atari 1024 STF, accompagné de nouvelles machines telles que le DSS1 Korg, le TG77 Yamaha, le D110 Roland, le Microwave Waldorf, le K1M Kawai, le JD800 Roland.

Brièvement, j’avais été le clavier d’un petit groupe rock de la région, cependant, j’étais un musicien plutôt solitaire, s’exerçant dans la cave de mes parents. Je ne pouvais pas vraiment m’identifier à la musique dite « commerciale » des années 80. La musique planante était pour moi le chemin musical que je voulais suivre. C’est donc tout récemment que je me suis lancé dans le grand bain en présentant mon travail au grand jour, le partage était devenu une évidence. Je souhaitais montrer au public ma vision musicale et offrir une partie de moi-même au travers de mes compositions. Mon premier album Blue Dream fut bouclé fin 2014, après seize mois de labeur. Je suis une personne exigeante et cela explique en partie pourquoi mon premier disque mit autant de temps à voir le jour.

Blue Dream

C&O : Ton oeuvre est souvent comparée à celle de Klaus Schulze, et pas forcément de manière péjorative d’ailleurs. Il est vrai qu’en écoutant Blue Dream, Vibrations, « Au Revoir » et Amira, il est difficile de ne pas sentir « flotter » la patte et le style du maître allemand, un peu comme une influence majeure qui te collerait à la peau. Que répondrais-tu à cela ? Et comment définirais-tu ta propre musique pour quelqu’un qui ne te connaît ni d’Ève ni d’Adam ?

Sequentia Legenda : La comparaison avec Klaus Schulze revient souvent, ce qui n’est pas pour me déplaire. Klaus Schulze a été un précurseur avec une nouvelle approche musicale. J’apprécie son travail. Il est sans aucun doute une des figures emblématiques de la Berliner Schule, pour moi, il a été une véritable révélation. J’ai beaucoup écouté sa discographie de 1970 avec Irrlicht à 1988 avec En=trance.

Si je devais présenter ma musique, je dirais que c’est de la musique électronique, atmosphérique et planante. Une invitation au rêve, une ambiance propice à la méditation. Ce sont mes émotions, ma sensibilité qui transparaissent au travers de mes compositions, une partie de moi que je livre aux auditeurs.

C&O : Quels sont les autres artistes qui t’ont le plus influencé en tant de musicien, mais aussi en tant que mélomane ?

Sequentia Legenda : Dans le domaine électronique, mes influences tendent vers Tangerine Dream, Kraftwerk, Vangelis ou Jean-Michel Jarre. Je regrette profondément la disparition d’Edgar Froese. Dans le domaine plus général, elles vont vers la musique classique et plus particulièrement les symphonies : Wagner, Beethoven, Brahms, Berlioz ou Smetana. En tant que mélomane, j’apprécie U2, Pink Floyd, Tears For fears, Talk Talk, Depeche Mode ou bien Marillion.

C&O : Peux-tu nous parler un peu d’Extended, ton nouvel album en préparation. A quoi peut-on s’attendre avec ce magnum opus (ne serait-ce que par la taille !) à venir ?

Sequentia Legenda : Extended sera un double album comportant cinq ou six titres. Certains morceaux seront des versions longues issues de Blue Dream et Amira. Le single « Au Revoir » dans sa version longue figurera également dans ce projet. Les titres ont été réorchestrés, remixés et remastérisés, des versions plus longues permettant à l’auditeur de s’immerger encore davantage et de s’imprégner totalement de ma musique. « Solitudes Lunaires » sera une des deux nouveautés.

Il y aura aussi une première pour moi : une collaboration avec le batteur allemand Tommy Betzler sur les pièces « The Approach » et « Somewhere ». Tommy a l’expérience dans ce style de musique pour avoir accompagné Klaus Schulze sur scène lors de ses tournées, et je suis fier et heureux qu’il ait spontanément accepté de participer à ce projet. Pour moi, Extended est une expérience passionnante à tout point de vue : musicalement et humainement. La sortie officielle de cet opus est prévue pour le mois de septembre 2016.

Extended Album

C&O : Quelles sont tes sources d’inspiration quand tu enregistres, et qu’est-ce qui te pousse à créer de la musique cosmique ?

Sequentia Legenda : La source de mon inspiration musicale peut provenir d’une image, d’un son, d’une ambiance, d’une émotion. J’aime également m’inspirer de romans, de légendes, d’illustrations. J’apprécie le côté mystique, mystérieux, la nostalgie, l’imaginaire. La musique cosmique est une passion. C’est un réel plaisir pour moi de composer et je ne pense plus à rien lorsque je suis en séance de composition. J’aime partager mes émotions musicalement, apporter un peu de rêves, permettre à l’auditeur de se relaxer et de s’évader loin de ce monde tumultueux où tout doit aller vite et où tout doit être standardisé.

C&O : Ton travail de composition, c’est plutôt une activité diurne ou nocturne ? 😉

Sequentia Legenda : Il n’y pas vraiment de règle hormis le fait que je dois concilier ma vie de famille et professionnelle avec ma passion. En bon père de famille, j’accorde du temps pour mes enfants. En bon mari, je partage du temps avec ma femme, qui a été, soit dit en passant, très conciliante. La composition peut donc se dérouler parfois certaines nuits où ma femme est appelée à travailler, ou alors certains matins lorsque les enfants sont en classe.

La grande difficulté, c’est de mettre fin à une séance de composition. Le temps passe vite, trop vite, lorsque je suis concentré sur ma musique. Mon exigence rallonge encore un peu plus cette étape créative. Il m’est arrivé de prendre quelques jours de vacances pour finaliser une pièce. Je me suis déjà levé au milieu de la nuit lorsqu’une idée me trottait dans la tête. C’est à faire avec modération. La composition est une étape très particulière, extrêmement chronophage et ce n’est pas toujours facile, ni pour l’artiste, ni pour son entourage. Tout est une question de dosage. Je remercie ma famille pour leur patience.

Sequentia Studio

C&O : Quelle est à ce jour ta composition dont tu es le plus fier, et pourquoi ?

Sequentia Legenda : Difficile de répondre. Je dirais « Solitudes lunaires ». Le déroulement de cette pièce a été plus rapide que de coutume, le résultat fort plaisant et techniquement, j’ai réussi à contourner l’utilisation d’une boîte à rythme par le biais des oscillateurs du Minimoog poussés en auto-oscillation. Ce choix est certainement influencé par le fait que cela soit ma toute dernière création. Sinon « Somewhere » me plaît beaucoup. Quoi qu’il en soit, chaque morceau a sa propre histoire, sa particularité. J’aime ce que je fais et je veux donner le meilleur de moi-même.

C&O : As-tu des projets de concerts ? Peut-on par exemple imaginer te voir à l’ouvrage sur scène, seul ou avec d’autres musiciens, pour la promotion du double album Extended à venir ?

Sequentia Legenda : Des demandes allant dans ce sens m’ont été faites. C’est un sujet que je vais étudier. Il va falloir que je réfléchisse à un concept sonore et visuel. L’envie est là et tout doucement, j’arrive à me projeter. Peut-être aller sur scène accompagné par Tommy. Donc qui sait. À voir.

C&O : Ta musique est désormais distribuée par le label et association française PWM (Patch Work Music). A-t-elle gagné depuis en visibilité auprès des amateurs de ce genre qui, malheureusement, reste aujourd’hui plus que jamais très confidentiel ?

Sequentia Legenda : Ma musique est disponible à la vente depuis ma page bandcamp et aussi comme tu viens de le souligner, elle est également distribuée via le site de PWM. Je tiens à remercier toute l’équipe de Patch Work Music, accueillante, à l’écoute et témoignant d’une belle volonté à promouvoir le travail des artistes figurant dans le catalogue. Désormais, mes albums sont distribués en Espagne, en Allemagne, en Pologne et aux Pays-Bas. J’en suis ravi. Le public est finalement varié et j’ai même eu la surprise venant d’un papa me disant que son fils de 10 ans était très enthousiaste et qu’il souhaitait une dédicace. La musique cosmique a encore de beaux jours devant elle !

C&O : Quels souvenirs garderas-tu du SynthFest 2016 organisé à Nantes où tu étais présent cette année ?

Le SynthFest est une belle fête, organisé par une poignée de passionnés. C’est un rassemblement d’instruments, de collectionneurs, de passionnés et de musiciens. J’y ai fait de belles rencontres notamment avec Jean-Luc Briancon (Kurz Mindfield) que j’apprécie beaucoup, Pierre Zalkanov (Zanov) fort sympathique au demeurant, Bertrand Loreau, un autre passionné de K.S et spécialiste du Polymoog, sans oublier Olivier Briand qui a été au four et au moulin lors de ce festival. Ce fut aussi les retrouvailles avec le Minimoog et j’ai pris un grand plaisir à jouer sur le Fairlight, un autre instrument mythique.

Sequentia Legenda Fairlight

Synthfest Nantes

C&O : Quelques petites questions d’ordre « technique » pour les fins connaisseurs : quel est ton matériel musical de prédilection ? Comment navigues-tu entre l’analogique et le numérique ? Enfin, as-tu un clavier « chouchou » dont tu n’imaginerais pas te séparer pour tous tes ouvrages à venir ?

Sequentia Legenda : La collection V d’Arturia est un outil de travail que j’utilise fréquemment et le Minimoog V est sans conteste un de mes VSTs favoris. Après avoir eu un bon nombre de synthétiseurs hardware, mes compositions actuelles sont construites avec des VSTs. Il n’est cependant pas exclu que je réinvestisse dans du hardware, ne serait-ce qu’au regard de la scène.

C&O : Quel regard portes-tu sur la scène électronique progressive actuelle (française et étrangère), et plus généralement sur les autres courants « electro » ?

Sequentia Legenda : Le temps qui m’est alloué pour écouter ce qui se fait en matière de musique électronique m’est compté. Je ne suis que de loin, les autres courants « electro ». Je n’accroche pas vraiment avec la musique actuelle. La techno et ses variantes par exemple ne m’inspirent pas. Je reste dans une démarche plus classique et j’accorde une grande importance au dosage sonore. Je trouve en général que les titres actuels sont souvent très ou trop compressés.

C&O : Suis-tu un peu l’actualité musicale de tes genres de prédilection ? Aussi, quels sont tes derniers coups de cœurs en la matière ? Et à défaut de nouveautés, qu’écoutes-tu donc le plus en ce moment ?

Sequentia Legenda : Hormis les dernières et intéressantes productions de Jean-Luc Briancon et du tandem Brückner & Betzler, je n’ai hélas en ce moment pas beaucoup de temps pour auditionner et analyser de manière attentive et objective ce que font les autres musiciens. J’écoute toujours encore un peu les grands classiques de Klaus Schulze ou de Tangerine Dream, sinon de la musique classique ou du jazz à la radio en roulant, sans oublier le rendez-vous du samedi avec la superbe émission « La Planète Bleue » d’Yves Blanc que je salue ici.

C&O : Toi qui aime encore les beaux objets à l’heure de la (triste) dématérialisation des supports, peut-on alors espérer voir un jour un album de Sequentia Legenda édité au vrai format CD, voire en vinyle ?

Sequentia Legenda : Il y a eu quelques demandes en effet pour du vinyle, mais ça reste malgré tout une minorité. Les achats des versions numériques sont les plus représentatives. La vente des CD(r) permet aux acquéreurs d’avoir l’objet physique chez eux. Je me suis investi personnellement dans le contenu rédactionnel et graphique de la mise en pages du Digipack (Blue Dream) et du Digifile (Amira). Je tenais à finaliser chaque projet en créant le concept d’un objet qui soit non seulement esthétique, mais aussi pratique et informatif. Je suis quelqu’un qui veut garder la tête sur les épaules et j’ai voulu démarrer prudemment par des duplications CD(r), car le budget n’est pas du tout comparable à celui d’un véritable pressage CD. Si le succès est au rendez-vous, alors oui je m’orienterais vers la formule du pressage.

C&O : Un grand merci à toi pour avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions, et bonne chance à Extended, qu’il nous tarde de découvrir ! Sinon, un dernier mots pour les lecteurs de Clair & Obscur ?

Sequentia Legenda : Ce fut un plaisir partagé et je remercie Clair & Obscur pour toute l’attention qui m’a été accordé. Je crois en la Berlin School, je suis sûr que cette mouvance musicale a encore de beaux jours devant-elle. Et si par le biais de cette interview, j’ai pu donner aux lecteurs l’envie de découvrir cette musique, j’en suis ravi. Merci à toi Philippe pour le soutien que tu m’as apporté tout au long de mon aventure musicale.

Propos recueillis par Philippe Vallin (juin 2016)

http://www.sequentia-legenda.com/

Un commentaire

  • ESTEVE Serge

    Excellente interview. Jai apprécié ton histoire musicale,et comme toi, »Mirage  » m’a apporté une grande joie,et depuis de nombreuses années, je visite des sites de musique « électronica ».Bien sur j’apprécie J.M Jarre,mais j’ai une tendresse particulière pour la musique de Klauz.Quand , j’ai écouté tes oeuvres,j’ai dis : »ca y est je l’ai trouvé ».Ton équipement me fait réver.Je reste tout simple,et grace a toi j’ai une grande poussée pour rêver sur des sons que je compose avec mon petit « materiel »,mini nova,minilogue,karma,v.st. et cubase 8.5.
    Dons voila,,,trés heureux des gens comme nous.Ah! au fait : » Merci »
    PHOMHA

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