Sanguine Hum : mise en lumière d’un groupe rock atypique !

Sanguine Hum Band

Sanguine Hum est un groupe atypique avec une identité forte basée sur le talent et un savant mélange de progressif, de canterbury, de jazz et même d’électronique, le tout dans un esprit très « british ». Avec leur troisième et dernier opus « Now We Have Light » (Esoteric Antenna 2015), le groupe semble avoir atteint le « Graal », la magie de l’alchimie ayant en effet opéré. Entretien avec Matt Baber (claviers) et Joff Winks (chant, guitare).

C&O : Vous êtes basés à Oxford en Angleterre et vous venez de sortir votre troisième album (« Now We Have Light »). Vous-vous appeliez par le passé Antique Seeking Nums et vous êtes sans l’ombre d’un doute des musiciens accomplis. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à votre sujet ?

Matt : Joff et moi-même avons grandi ensemble dans une ville à côté d’Oxford et avons toujours été impliqués dans la musique et ce, depuis presque toujours. Antique Seeking Nums correspond à notre premier projet musical et dès le départ, cela a attiré l’attention de musiciens partageant la même sensibilité comme Brad Waissman, Paul Mallyon et plus récemment Andrew Broker. Dans notre esprit, la musique est le premier moyen d’améliorer notre qualité de vie. Qu’elle nous fasse gagner de l’argent ou non n’est presque qu’anecdotique, tout n’est qu’une histoire de plaisir en ce qui nous concerne.

C&O : « Now We Have Light » est acclamé et présenté comme votre meilleure production jusqu’alors. J’ai pu lire que ce double concept album vous a occupé presque douze années. Serait-ce l’heure de la maturité ?

Matt : L’idée originale de l’œuvre et certains des premiers titres comme « Chat Show » et « Desolation Song » ont pris naissance lors de la réalisation de notre premier album « Mild Profundities » à l’époque d’Antique Nums. En bref, le tout a toujours été là quelque part pour prendre forme graduellement et se développer. Rien n’a jamais été figé dans la pierre, pour preuve, quelques morceaux ont été créés alors que nous étions en phase d’enregistrement !

C&O : Comment définiriez vous votre style ? Académique, canterburien, jazzy, progressif ? Votre façon de jouer aux claviers semble combiner le jazz et des textures proches de l’électronique et de l’ambient. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

Matt : Je pense que nous sommes vraiment à situer au milieu d’un tas d’influences, bien entendu, progressives mais aussi électroniques et ambient qui sont pour moi très importantes. Les sons de mon Rhodes viennent comme une évidence de cette période « Hatfield and the North », mais inspirés par des artistes comme Miles Davis, Weather Report, Mahavishnu. Les synthétiseurs sont justes comme une extension pour moi de tout ce j’ai pu écouter et apprécier dans ce mouvement IDM (pour intelligent dance music) et des artistes tels que Boards of Canada, Autechre, Aphex Twin.

Joff : Matt et moi-même partageons de vastes influences qui semblent se combiner parfaitement lorsque nous écrivons. Nous sommes tous deux passionnés de minimalisme et de jazz, particulièrement les disques issus du label ECM.

C&O : Votre musique est vraiment complexe, sophistiquée. Vous semblez apporter une importance cruciale aux mélodies comme le faisaient des formations comme Yes, Pink Floyd, ou actuellement Lifesigns. Comment expliqueriez vous cela ? Pouvez-vous nous parler de votre méthode d’écriture ?

Joff : Je ne suis pas certain que notre écriture soit représentative d’un genre en particulier. Cela doit être difficile à cerner tant les influences sont nombreuses. Les groupes de Canterbury ainsi que Boards of Canada et Aphex Twin ont vraiment eu une grande importance, tout comme Steve Reich dans un autre domaine encore. Matt et moi avons aussi grandi en écoutant Yes et David Bowie. En parallèle de tout cela, nous avons aussi fait évoluer nos goûts vers le jazz et la musique classique contemporaine. En termes d’écriture, cela se passe vraiment bien avec Matt. Il est si prolifique que nous ne risquons à aucun moment la panne sèche. Parfois, il compose et j’interviens ensuite avec mes propres idées pour apporter des modifications, et vice versa. Nous sommes devenus vraiment rôdés dans notre collaboration et notre façon de composer avec une vue globale indépendante de nos instruments respectifs et de nos styles.

 Sanguine Hum Now We Have Light

C&O : Parlons de votre nouvel album. Dans l’histoire que vous racontez, Don, le personnage principal, est à l’origine d’un événement apocalyptique qui a réduit la planète à un cercle où les plus fortunés vivent, et où le reste de la population est contrainte à survivre dans des espèces de ghettos. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Matt : C’est une histoire que nous avons construite depuis douze ans. C’est comme une idée de monde parallèle dans nos vies de tous les jours, comme un échappatoire vis à vis des attentes que les autres peuvent avoir envers toi et notamment envers notre art. Dans ce monde, il y a aussi tous ces ingrédients : l’amour, la chance d’être musiciens, la passion qui nous anime. En fait, c’est comme si tous les personnages dans l’album étaient réels. Nous nous sentons en vérité très proches de Don.

C&O : En réalité, l’ironie est que Don vit dans le cercle sans que personne ne sache qu’il est responsable de la situation. Si on réfléchit à cela, cela semble être une vraie réflexion sur la condition humaine (tous coupables et victimes à la fois). Quel était le but recherché pour votre part ?

Matt : Certains aspects de l’histoire peuvent être considérés comme des fables des temps modernes avec plusieurs niveaux de lecture. Pour notre part, nous accédons encore à des stades inexplorés. Nous pouvons dire que les habitants du cercle sont un peu comme nos banquiers et représentants des firmes multinationales. Nous vivons dans un monde inégalitaire où la machine capitaliste est devenue folle.

C&O : Le tout est vraiment abstrait et torturé : tout en restant facilement écoutable. Serait-ce au final un des plus beaux compliments que l’on pourrait faire à un musicien ?

Matt : Je pense que « Abstract And Tortuous » devrait être le titre de notre prochain album. Merci beaucoup en tous cas. L’idée est de repousser sans cesse les limites et qu’au final, les auditeurs s’y retrouvent d’une manière ou d’une autre.

Sanguine Hum Studio

C&O : En écoutant les parties de claviers et spécialement sur « Out Of Mind », on a l’impression subliminale d’un voyage dans le temps. Est-ce juste le fruit de mon imagination ?

Matt : Sur l’introduction de « Out Of Mind », tu as parfaitement raison, on appelle ces sonorités « les bulles ». Elles sont censées représenter le temps qui se fracture, comme une matrice temporelle et une multitude de possibilités qui se présentent subitement à Don. On a d’abord travaillé sur cette idée dans l’album « Songs For Days » et cela a vraiment pris forme. Pour tout te dire, le tout décolle vraiment dans le morceau « Spanning The Eternal Abyss ».

C&O : En guise d’épilogue, Don trouve finalement la solution en beurrant le dos de chats afin de créer de l’énergie. Il en vient à installer une usine de fabrication de chats. Ne serais-ce pas typique d’un humour déjanté typiquement british ? Soyez honnête et sans crainte, je suis français et fan des Monty Python !

Matt : Le plus important est de dire qu’enfants, lorsque nous n’étions pas devant le « Live At Pompeii » des Pink Floyd ou devant « Yessongs », nous étions forcément devant les Monty Python à regarder par exemple « Sacré Graal » ou encore des humoristes comme Blackadder. Ces influences sont aussi importantes pour nous. Frank Zappa a dans son genre réussi à combiner à merveille humour et musique tout comme certains artistes de la scène Canterbury. En y pensant, je citerais aussi Douglas Adams et son « Guide du voyageur galactique », ainsi que les vieux épisodes de la série Dr Who. Un épisode de la fin des années 70 intitulé « City Of Death » m’a beaucoup inspiré également, on y retrouve tout l’esprit de « Now We Have Light ».

C&O : Un mot pour conclure ?

Merci beaucoup ! Nous sommes ravis de ton soutien et remercions par la même occasion l’ensemble de notre public français et les lecteurs de Clair & Obscur.

Propos recueillis par Sébastien Buret, mai 2015

https://www.facebook.com/SanguineHum

https://sanguinehum.bandcamp.com/

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