RPWL – Beyond Man And Time

RPWL – Beyond Man And Time

RPWL n’a pas attendu et galéré durant des années pour devenir un incontournable de la scène néo-progressive mondiale.  Dès le premier album publié en 2000 et intitulé « God Has Failed », le groupe allemand se fait d’abord remarquer dans le microcosme prog avant d’élargir un peu plus sa notoriété, avec cette première œuvre qui séduit dès la première écoute, de par ses mélodies sublimes, ses ambiances planantes et son esthétique directement empruntée à son influence majeure, j’ai nommé Pink Floyd. Les 4 musiciens de RPWL sont en effet, pour le plus grand bonheur des nostalgiques, des fondus du géant britannique, à tel point qu’ils ont débuté leur carrière en tant que tribute-band à qui vous savez. Il faut dire qu’ils ne manquaient pas d’atouts pour cela : le timbre de voix du chanteur Yogi Lang et à peu de chose près exactement le même que celui de David Gilmour. Quant à Karlheinz Wallner, celui-ci « imite » à la perfection le style bluesy-stratosphérique du célèbre guitariste. A tel point que « God Has Failed » (qui est à Pink Floyd ce que les italiens de The Watch sont à Genesis première période) connaitra aussi ses détracteurs, accusants RPWL de cruel manque de personnalité, voir de plagiat éhonté. Personnellement, je dirais plutôt que le groupe jouait alors « à la manière de », sans jamais aller piquer une ligne mélodique par-ci par-là, où carrément pomper un pan entier de morceau, comme d’autres formations prog sans scrupule qui elles, malheureusement, ne s’en privent pas.

RPWL saura bien vite se démarquer de son illustre modèle et affirmer une vraie personnalité avec son second disque, le mainstream mais néanmoins excellent « Trying To Kiss The Sun » (2002), dans lequel on trouve quelques gros tubes potentiels aux mélodies imparables qui séduiraient pas mal de monde sur les ondes FM, bien au delà du cercle fermé des amateurs de rock prog. Et cette identité bien à eux s’affirmera au fil de leurs publications, jusqu’à ce cinquième opus qui nous intéresse ici. « Beyond Man And Time » est le tout premier concept-album du quatuor allemand, dont le line-up est ici légèrement modifié avec le remplacement de Chris Postl au poste de bassiste par un certain Werner Taus, qui assure tout aussi bien que son excellent prédécesseur. Cette création fleuve de 72 minutes s’intéresse à « Ainsi parlait Zarathoustra » de Friedrich Nietzsche, en suivant les différentes rencontres du « prophète » grec dont parle le livre (chaque titre évoque plus ou moins un personnage particulier de la célèbre œuvre parodique et poétique du philosophe).

Côté musique, RPWL nous offre ici le meilleur de son art, avec toujours ce savoir faire mélodique entêtant qui accroche immédiatement l’oreille, et une alchimie musicale qui sait combiner à merveille sonorités vintages (moog, hammond et mellotron inclus) et modernes, avec nappes de claviers atmosphériques du plus bel effet, boucles et programmations électroniques, gros son, etc. Une fois n’est pas coutume, la production est excellente, mettant bien en valeur ces 11 nouvelles compositions qui s’enchainent et défilent sans temps mort, entre passages éthérés, envolées plus musclées, solos de guitare lyriques à souhait, avec aussi des rythmes souvent plus « percutants » que par le passé. Après la longue introduction mystérieuse et hypnotique, on entre dans le vif du sujet avec le premier chef d’œuvre du disque, les 9 minutes du très progressif « We Are What We Are », son groove irrésistible qui pulse et ses nombreux effets electro, ses guitares tantôt électriques et acoustiques qui renvoient au meilleur Porcupine Tree (avec aussi une petite touche Sylvan pas déplaisante), sans oublier l’éternel  refrain qui fait mouche. L’autre plat de résistance se trouve à la plage N°10 avec « The Fisherman » et ses 16 minutes au compteur qui, quant à lui, comblera de bonheur tout bon amateur de rock symphonique « old-school » qui se respecte.

Entre ces deux gros titres, se dégustent au menu ballades en apesanteur (« Beyond Man And Time », « Somewhere In Beetween », « The Noon ») et hits pop au fort potentiel commercial mais peu banal (« Unchain The Earth », « The Shadow »), qui malheureusement ne cartonneront jamais en radio. Les voix des modes et des majors son décidemment impénétrables ! RPWL est pourtant devenu aujourd’hui une sorte de mix original entre le meilleur Coldplay et U2, avec en trame de fond l’âme du Pink Floyd de l’ère Gilmour. Quant à « Beyond Man And Time », il s’agit là sans aucun doute de son album le plus ambitieux et abouti à tous les niveaux. Vous aimez la pop-rock moderne de qualité, avec un petit quelque chose en plus qu’on ne trouve pas chez les ténors du genre ? Alors précipitez vous sans plus attendre sur le nouveau RPWL et savourez moi ça, bon sang !

Philippe Vallin (8/10)

Site web : www.rpwl.de

Beyond Man And Time
RPWL
2012
The Gentle Art Of Music

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