Richard Hawley – Further

Further
Richard Hawley
BMG
2019
Thierry Folcher

Richard Hawley  ̶  Further

Richard Hawley Further

Là, de but en blanc, s’il fallait désigner une des plus belles voix masculine du moment, sans nul doute que le nom de Richard Hawley me viendrait aussitôt à l’esprit. Mais le sujet n’est pas de savoir si j’ai raison ou bien tort, surtout qu’avec ce genre de débat on n’aboutit à rien et on laisse souvent repartir les gens avec leur conviction renforcée. Donc je ne suis pas là pour convaincre qui que ce soit surtout dans un domaine aussi vaste que celui du chant. Il n’en demeure pas moins que Richard Hawley fait partie des ces artistes attachants que l’on guette à chaque sortie avec jubilation. Ce natif de Sheffield a commencé sa carrière à la fin des années 90 comme guitariste au sein de Pulp le célèbre groupe de Jarvis Cocker. Car il faut savoir que l’ami Richard n’est pas seulement le séduisant chanteur que l’on connaît, c’est aussi un excellent guitariste. Sa carrière solo commence en 2000 avec un album éponyme de bonne facture mais démarre vraiment en 2002 avec le superbe Late Night Final. La production s’est étoffée et l’on y perçoit déjà tous les atouts du crooner Anglais. La voix a pris sa place et les orchestrations viennent tout droit d’une époque lointaine et rêvée. Il suffit d’écouter le magnifique instrumental « The Light At The End Of The Tunnel » tout en regardant la pochette pour être complètement Hypnotisé. A chaque fois, Richard Hawley va rendre hommage à sa ville natale, une bien triste cité industrielle du nord de l’Angleterre où sa musique va sonner comme un exutoire, une évasion à la morosité ambiante. C’est tout le paradoxe de sa production qui lorgne davantage vers les décors ensoleillés des States plutôt que les aciéries laborieuses du Yorkshire. Même quand il évoque la pluie « Can You Hear The Rain, Love », le soleil est présent. Further est le huitième album d’une série marquée par les sommets d’écriture que sont Coles Corner (2005) et Truelove’s Gutter (2009).

Further (plus loin en anglais), qui nous arrive quatre ans après un Hollow Meadows fort agréable mais peu aventureux, porte véritablement bien son nom. Plus loin dans le voyage, plus loin dans l’évasion et plus loin dans la création. Déjà ce titre sonne comme une nouveauté car pour une fois il ne fait pas référence à un lieu emblématique de Sheffield. Ensuite, les formats un peu plus ramassés et construits comme de simples chansons pop prouvent que leur auteur a voulu simplifier son propos, aller à l’essentiel et devenir plus direct. Cela dit, les constructions étonnantes de Truelove’s Gutter restent à mon sens ce qu’il a fait de mieux et seront sans doute jamais égalées. Avec Further Richard Hawley a voulu surtout éviter de tomber dans un clonage ennuyeux et il faut bien reconnaître que le résultat est convaincant. On doit sa réalisation et sa production à Richard lui-même assisté de Colin Elliot et Shez Sheridan. Deux frères d’armes musiciens que l’on retrouve aux guitares et aux claviers accompagnés par Dean Beresford à la batterie. Une formation solide et carrée à laquelle vont s’adjoindre les cordes luxuriantes du Up North Session Orchestra. La jolie pochette marque, elle aussi, une nouvelle direction vers l’ouverture et le voyage. Finis les portraits et les mises en scènes intimistes, le photographe Chris Saunders nous offre juste une silhouette qui se détache sur un flamboyant coucher de soleil que l’on a du mal à croire Britannique.

Richard Hawley Further band 2

Côté musique, Further va surprendre d’entrée de jeu avec le coup de poing en pleine figure que nous assène « Off My Mind ». Un titre quasiment punk qui nous rappelle les riffs appuyés et la rage entrevus sur Standing At The Sky’s Edge. Les inconditionnels du chanteur « enchanteur » vont être déstabilisés, il faudra attendre un petit peu. Richard Hawley nous explique avoir voulu aller de l’avant et retrouver l’écriture directe du premier album. Ce « Off My Mind » explosif en est la plus belle expression. « Alone », le morceau suivant, va servir de palier, de sas de décompression pour retrouver l’homme à la voix de velours. Car Richard sait bien ce que le public attend et désire. Mettre du muscle est une bonne chose qui permet justement de ne pas tomber dans l’ennui et la facilité, mais retrouver son identité et le talent qui va avec est indispensable. « Alone » donc, descend d’un cran tout en restant bien animé. Sur ce titre où l’on retrouve son timbre chatoyant, la rythmique syncopée donne l’occasion aux archets de se distinguer et de rivaliser avec les coups de médiator. Après ces moments très rock, classiques mais jubilatoires, l’émouvant « My Little Treasures » revient au répertoire qui a fait sa renommée. Il nous parle de cette chanson avec beaucoup de sensibilité car elle fait référence à son père disparu. Il nous explique que ces petits trésors sont nés de la rencontre avec d’anciens camarades de son père et d’une vieille photo ressuscitée. On est dans l’écriture intime qui lui va bien, les cordes sont omniprésentes, la mise en place est parfaite et c’est très beau. Le morceau « Further » va prolonger ce moment de charme dans une ambiance très folk US qui semble s’enivrer au « Tequila Sunrise » des Eagles. Le son des guitares est grandiose et fait, comme souvent, référence aux années 50/60.

Richard Hawley Further Band 1

Avec juste une guitare acoustique et quelques notes de clavier « Emilina Says » va clore en douceur ce moment de tendresse et laisser les riffs puissants de « Is There A Pill ? » envahir les sillons. La moisson de comptines va momentanément s’interrompre pour laisser éclater un orage de décibels. Tout d’abord avec ce « Is There A Pill ?» chargé d’électricité et de distorsion sur lequel Richard Hawley se prend pour un Roy Orbison à la recherche de la pilule du bonheur et ensuite avec « Galley Girl » et son « Rollin’ » saturé, taillé pour la route. Sur cet album Richard endosse plusieurs vestes et la voix s’adapte à chaque fois. Ce sera la grande force de cet opus qui est sans conteste le plus varié de tous. « Not Lonely » va se présenter comme une courte et jolie éclaircie avant de lancer un « Time is » plein d’allant. La pédale de la grosse caisse va servir de détonateur à ce rock bien trapu et porteur d’un message universel sur l’utilité de prendre sa vie en main. La voix est légèrement éraillée et l’harmonica de Clive Mellor s’invite pour donner une impulsion supplémentaire à ce morceau. On approche déjà du terme et il est temps de prendre le « Midnight Train » dont le sujet classique sur le besoin de tout lâcher va comme un gant à l’ambiance générale de Further. Là aussi, la voix et l’orchestration nous amènent bien loin du sol Britannique. Richard Hawley a dépassé la cinquantaine et son propos ainsi que sa façon de chanter semblent un peu plus désabusés. Ce qui lui va forcément très bien. « Doors » qui signe la fin de l’album est peut-être le titre le plus accrocheur, celui qu’on attend à chaque écoute. On aime surtout la façon dont Richard sait moduler sa voix et puis, il faut bien admettre que le rythme enlevé mais serein dégage des ondes positives.

Further est un bon album qui va se démarquer dans la discographie du crooner de Sheffield. Plus direct, plus varié, plus court aussi (seulement 36 minutes). Un album immédiat et facile d’accès qui peut s’écouter sans posséder les références des œuvres antérieures. Mais je suis persuadé que si vous succombez pour la première fois à l’élégance de ses chansons, vous allez forcément vouloir remonter le temps. Un merveilleux voyage vous attend.

http://richardhawley.co.uk/

Un commentaire

  • MIGNON

    Merci Thierry pour cette belle chronique. Je ne connaissais pas. Du coup je suis allé écouter « Truelove’s Gutter. Super agréable!

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