Renaud – Renaud

Renaud Renaud

Oubliez de suite la chanson « Toujours Debout », lancée en éclaireuse il y a quelques jours, si vous voulez vous faire une juste idée du Renaud nouveau. En effet, Les treize pistes formant cet album-phénix se voient toutes arrangées dans des tons plus acoustiques (piano, accordéon, guitare acoustique) qui font immanquablement penser aux tout premiers disques du poète parisien. Première bonne nouvelle donc. En effet, les arrangements rock un peu patauds des très dispensables Boucan d’Enfer (2002) et Rouge Sang (2006) sont oubliés au profit d’une ambiance plus sobre, plus clinquante du tout et incroyablement apaisante. On retrouve ces climats qui nous avaient tant éblouis sur des titres comme « Il pleut » (Putain De Camion, 1988), « Mistral Gagnant » ou le superbe « P’tit Voleur » (« Marchand de cailloux », 1991). Les deux compositeurs principaux de ce très beau disque sont son guitariste Michaël Ohayon et le chanteur Renan Luce. De très belles compositions, simples, efficaces mais d’une rare élégance. Finie la variété un peu lourde et « m’as-tu vu » que nous proposait l’artiste il n’y a encore pas si longtemps. Le climat général de Renaud doit beaucoup à ce chef-d’œuvre paru en 1994 : A La Belle De Mai

Le premier titre « J’ai Embrassé Un Flic » rassurera l’admirateur le plus désolé. Une musique aérienne, pleine de vie et habillée d’un très joli texte positif du poète. « Les Mots » ne deviendra pas le nouveau « Mistral Gagnant » même si ses paroles figurent parmi les plus belles jamais écrites par le bonhomme. Une fois passé le passable « Toujours Debout », tous les titres qui s’égrèneront jusqu’à la fin constituent autant de pépites. On retrouve enfin ce que l’on aimait si fort pendant notre adolescence chez cet artiste : mettre des mots simples et beaux sur des mélodies entêtantes. « La Nuit En Taule », malgré ses faux airs de générique de 30 Millions d’amis, renoue avec la peinture vivante, art dans lequel le sexagénaire est passé maître. « Petit Bonhomme », « Hyper Casher » (titre traitant de l’acte terroriste de début 2015) et « Dylan » forment déjà des classiques, tant par leur structure que par la teneur des sujets exposés.

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« La Vie Est Moche Et C’est Trop Court » marque un sommet : « La vie est moche et c’est trop court, à peine le temps d’être malheureux. Tu pleures plus souvent qu’à ton tour, tu te retournes et puis t’es vieux ». On retrouve là toute la belle mélancolie à laquelle le baladin nous avait accoutumés. Le texte déclamé du slam « Ma Batterie », initié par Grand Corps malade, apparaît comme un exercice réussi. Puisqu’il n’est pas question de passer sous silence l’état de la voix du chanteur, disons seulement que celle-ci s’accommode bien mieux de ces compositions raffinées et claires que d’une artillerie lourde avec claviers, guitares électriques et cuivres. Ensuite, l’état des cordes vocales apparaît comme bien différent selon les titres (et, probablement le moment de leur enregistrement). Parfois, on retrouve même le Renaud de la grande époque. D’autres fois, la voix nous laisse sans voix même si cela ne s’avère en rien rédhibitoire.

Le meilleur disque de l’auteur depuis A La Belle De Mai il y a vingt-deux ans. Entre Dylan et Brassens, ses deux idoles, Renaud a bien trouvé sa place. Si cet album devait être le dernier, on pourra écrire que l’histoire s’est bien terminée.

Christophe Gigon

http://www.renaud-lesite.fr/

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Renaud
2015
Parlophone/Warner Music

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