Producers – Made In Basing Street

Producers – Made In Basing Street

Producers est un « supergroupe » anglais initialement formé en 2006 et qui, comme son nom l’indique, se veut la réunion de producteurs célèbres de la pop-rock (mais pas que !). On retrouve donc dans cette formation au casting de luxe deux génies des studios, à commencer par le bassiste chanteur Trevor Horn, ex-Buggles et ex-Yes, puis co-fondateur de la ZTT, le label le plus créatif et original des années 80, avec en figures de proue Frankie Goes To Hollywood, The Art Of Noise, Propaganda, Grace Jones et bien d’autres. Aux commandes de Producers, l’homme à lunettes est assisté de son vieux complice Stephen Lipson, guitariste de renom qui a quant à lui participé à la mise en boite d’albums à succès de Paul Mc Cartney, Simple Minds, Pet Shop Boys ou encore Annie Lennox. Le combo est complété par Lol Creme, chanteur, guitariste et clavieriste bien connu pour sa présence de longue date au sein du groupe de Manchester 10cc, et, enfin, par le batteur Ash Soan, qui a prêté ses fûts et son talent à de nombreux artistes (Rick Wakeman, Marianne Faithful ou Robbie Williams, pour ne citer que ceux-là), que ce soit à l’occasion de séances d’enregistrement, ou sur scène au cours de tournées.

L’idée de base de Producers, c’est tout simplement les heureuses retrouvailles de Trevor Horn (un artiste d’une rare humilité !) et de son ami Steve Lipson pour faire un « break » avec leur harassant travail respectif en studio, et jouer ensemble, juste pour le plaisir, leurs propres compositions, ainsi qu’une série de bonnes reprises. Ils seront rejoints dans cette « récréation » par les deux autres principaux protagonistes de l’aventure cités plus hauts, puis par quelques divins(nes) musiciens(nes), parmi lesquels le percussionniste Luis Jardin, le claviériste Geoff Downes (Asia, Yes, Buggles) et la pianiste compositrice d’œuvres orchestrales Anne Dudley, également tête pensante et leader historique des déjantés The Art Of Noise. Producers débutera sa carrière sur scène en Angleterre dès 2006 (tu parles d’un repos !), pour ne réaliser son premier album que courant 2012. Celui-ci sera baptisé « Made In Basing Street », en référence à sa fabrication au sein des légendaires SARM Studios, désormais propriétés du grand Trevor Horn.  Musicalement, on a affaire ici à un disque de pop-rock vraiment haut de gamme, à la production d’orfèvre (le contraire m’aurait quand même étonné !), aussi classieuse  et finement ciselée qu’un « The Seeds Of Love » de Tears For Fears, histoire de faire la comparaison avec un modèle absolu du genre.

L’album s’ouvre sur l’entraînant « Freeway », avec ses nappes synthétiques introductives tout à fait caractéristiques de cette inimitable patte « ZTT » (traduisez « Zang Tumb Tuum »), bientôt rejointes d’une rythmique électronique façon Buggles sur lesquelles se pose délicatement la voix douce et aérienne de Trevor Horn. Une batterie subtile vient compléter le tableau avec brio et énergie, avec des chœurs puissants sur le refrain de ce tube potentiel, qui s’achève en fade-out avec les notes de guitares planantes de Steve Lipson. Imparable ! Ce titre pourrait être une sorte de « Plastic Age » des Buggles, mais en dix mille fois plus sensuel de par la chaleur et la profondeur du son. On retrouve exactement le même feeling avec « Garden Of Flowers » un peu plus loin dans l’album, mais où les guitares sont bien plus présentes et ici au premier plan, sans oublier des harmonies vocales à la manière du Yes « west coast », de « 90125 » à « Talk ».  « Freeway » enchaîne sur « Waiting For The Right Time », autre merveille du disque proche du meilleur Tears For Fears des années 90, avec des chœurs typés soul, une mélodie lumineuse toujours servie par la voix, plus belle que jamais, d’un Trevor Horn en état de grâce. Même constat sur « Your Life », l’un des morceaux les plus « progressifs » de l’album, avec sa basse chaude et hypnotique en trame principale, et des guitares aériennes digne du meilleur Camel, voir d’une chanson en apesanteur signée Dire Straits (« Brothers In Arms »).

Puis on change de chanteur et d’univers sur « Man On The Moon », où c’est Lol Creme et sa voix aigue et riche de nuances qui devient ici leader, peut être le titre le plus soul de l’album, sorte de ballade ultime qui n’est pas non plus sans rappeler Pink Floyd (tiens tiens) pour ses chœurs célestes et le feeling bluesy de son solo de guitare stratosphérique. Une merveille ! L’album se permet également deux bien jolies escapades dans la folk à l’américaine avec « Stay Elaine » et « Barking Up The Night Tree », où Lol Creme fait encore des miracles avec sa voix enchanteresse, presque androgyne par moment. Enfin, impossible de ne pas penser au meilleur Asia en découvrant « Every Single Night » ou encore « Watching You Out There », sauf qu’ici, l’inspiration mélodique est vraiment au rendez-vous, et les arrangements de toute beauté. Bref, rien à jeter dans cette fabuleuse usine à tubes (à ne surtout pas prendre au sens péjoratif, bien au contraire !) réalisée par nos soigneux, créatifs et surdoués Producers.

L’une des grosses surprises de cet été, qui devrait rassembler un large suffrage auprès du grand public, mais aussi d’amateurs et d’amatrices de musique pop-rock de très grande classe, qui sent bon le meilleur des années 80 et 90 ! La qualité est au rendez-vous, le plaisir de créer, de jouer aussi, et c’est palpable ! Signalons qu’il existe également une version double de l’album, avec un CD bonus contenant titres inédits versions alternatives, mais à mon sens totalement dispensable. La galette simple, elle, se déguste du début à la fin, et avec le sourire au lèvres. Coup de coeur.

Philippe Vallin (9/10)

http://www.producersmusic.co.uk/

Made In Basing Street
Producers
2012
The Last Label

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