Priam – 3 Distances/Irregular Signs

Priam – 3 Distances Irregular Signs

Priam est un quatuor français dont le propos musical, qui ne manquait pas de panache, se situait à la frontière du rock progressif et du jazz fusion. Ce groupe aujourd’hui disparu (plus aucun signe de vie en effet depuis l’aventureux « Diffraction », sorti en 2011) fut tout particulièrement remarqué et plébiscité au festival de Corbigny en 1998, à l’occasion d’une prestation inoubliable qui préfigurait leur tout premier album. Et, à travers « 3 Distances/Irregular Signs », la nouvelle coqueluche du prog hexagonal confirmait son immense talent sur disque, au-delà même des espérances des festivaliers conquis dont je faisais partie à l’époque. Les Toulousains nous proposaient donc à travers ce premier opus un progressif jazzy enfiévré et envoûtant, tantôt symphonique, tantôt atmosphérique, avec de longs développements instrumentaux basés essentiellement sur l’improvisation, mais ne reniant jamais l’aspect mélodique, bien au contraire.

Au fil des huit compositions de l’album (incluant une longue suite aventureuse de 27 minutes en guise de plat de résistance), c’est la guitare du très doué Chris Casagrande qui était mise en avant, avec de sublimes phrasés se muant en ascensions ravageuses, souvent improvisées autour du thème principal des morceaux. Ecoutez donc le magnifique « Dream In A Blue Forest » ou encore « Labyrinth » et son feeling très Pat Metheny ! Le guitariste, aussi bon sur le plan technique qu’émotionnel, avait l’art et la manière de nous surprendre et de nous faire voyager dans des territoires inconnus, passant d’une jolie mélodie toute simple à un déluge de notes enfiévrées et vice-versa, l’ensemble étant soutenu par une section rythmique tout simplement renversante. En la matière, on pense parfois à la précision maniaque et aux motifs alambiqués des suédois d’Anglagard, c’est dire si le niveau est excellent !

Les claviers de Laurent Lacombe, discrets mais omniprésents, sont davantage utilisés en toile de fond, octroyant ampleur et cohésion aux différentes compositions en raison de leur approche texturale. On y trouve malheureusement, comme c’est souvent le cas dans le rock progressif, quelques sonorités et choix esthétiques pas toujours très heureux, mais rien de suffisamment moche pour venir entacher l’édifice et gâcher le plaisir de l’écoute. Il en sera tout autrement sur le disque suivant, un ouvrage encore plus riche, osé et complexe, avec de nombreux invités en studio, bénéficiant quant à lui d’une production high-tech.

Coup d’essai, coup de maître ! Car en attendant son génial successeur à l’aube des années 2000, « 3 Distances/Irregular Signs » s’avérait déjà incroyablement abouti, hyper professionnel dans sa réalisation, aventureux et vibrant à souhait dans son souffle musical, avec ce superbe défilé de pièces certes « compliquées » mais jamais auto-complaisantes ou prises de tête. Et pourtant, les musiciens de Priam faisaient alors preuve d’une rare modestie, comme quoi talent, maîtrise et virtuosité ne riment pas forcément avec nombrilisme et prétention.

Vu son immense potentiel, voilà un groupe qui aurait pu s’envoler très loin, prendre sa place méritée au panthéon du progressif français, et bénéficier d’une véritable reconnaissance internationale auprès des nombreux amateurs du genre. L’histoire n’en gardera que de grands souvenirs live, deux trésors de brocante pressés sur CD (mais toujours disponibles chez l’éditeur !), et l’espoir, qui sait, d’une future renaissance ?

Philippe Vallin (7,5/10)

http://www.musearecords.com/

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3 Distances/Irregular Signs
Priam
1998
Musea

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