Pierre-Jean Lievaux – Perception Analogique

Perception-Analogique

Pierre-Jean Lievaux est un artiste complet. Peintre talentueux depuis le début des années 70 (influencé entre autres par Dali), photographe, vidéaste (brillant concepteur de l’installation « Pentorganika » dédiée à la complexité du vivant, créateur de plans truqués pour le cinéma…), sculpteur numérique, l’homme est également musicien polyvalent. Il compte à son actif toute une série de réalisations éclectiques qui vont de la composition de bandes originales de films à la l’illustration sonore de spectacles (avec parmi d’autres Michel Geiss, ingénieur électronicien collaborateur de Jean-Michel Jarre), en passant par la musicothérapie et la musique électronique à caractère expérimental, celle qui nous intéresse ici. « Perception Analogique » est le premier volet d’un concept-album finalisé en 2010, intitulé « Les Quatre Portes De La Perception ». Cet ouvrage fleuve 100% synthétique est décliné en quatre actes distincts (les entrées étant « Analogique », « Totémique », « Naturaliste » et « Animiste »), chacun s’intéressant à un aspect particulier de cette thématique « sensorielle » un peu abstraite. Et d’abstraction, il va justement en être question tout au long de ce voyage sans fin (c’est l’auteur qui le définit ainsi dans le livret du CD) auquel Pierre-Jean Lievaux nous convie durant une heure d’immersion pour le moins étrange, mais assez passionnante si l’on veut bien s’y laisser dériver.

Le musicien nous propose ici huit tableaux pour lesquels il travaille la matière sonore un peu comme l’image et les pixels, avec un résultat on ne peut plus « organique ». En guise d’outillage, notre plasticien dispose d’une riche palette faite de textures atmosphériques finement modelées, de bruitages en tous genres, de samples vocaux ou d’instruments acoustiques (flûte, percussion, saxophone, contrebasse…), cliquetis suraigus et autre digressions soniques, voire même un groove dub du plus bel effet (le délicieusement psychédélique « Oh, Pulsage Sage ») ! Rien qu’avec le titre de la première plage (« A Lucie Nogène »), Pierre-Jean Lievaux plante le décor non sans humour et annonce la tonalité et l’esprit de tout ce qui va suivre.

Scargo

« Perception Analogique » s’appréhende comme un long trip introspectif hors de toute réalité concrète, tantôt éthéré (« Plaztik Ddésœuvré), tantôt hypnotique (la lente séquence animant « Les Sens de Citronnelle »), anxiogène ou parfois complètement barré (les enchevêtrements rythmiques et instrumentaux en mode « free » de « Là, Derrière Les Mûres »). N’oublions surtout pas de mentionner la folie douce qui habite la pièce maîtresse de l’album baptisée « Sous Les Chalets, Il Neige », une longue suite qui n’est pas sans évoquer l’ambient-house la plus bordélique de The Orb (« Pomme Fritz ») ou du FSOL (période « Lifeforms »). Aussi, l’auditeur le plus perspicace ne manquera pas d’y déceler un habile clin d’œil à Pink Floyd, tout à fait de circonstance !

En conclusion, je dirais que « Perception Analogique » est une œuvre musicale moderne (pour ne pas dire high-tech) aussi surprenante que fascinante, peut être difficile au premier contact (en général, c’est plutôt bon signe !), mais qui délivre tous ses trésors si on prend le temps d’y revenir et de s’y laisser dériver. Vous n’en pouvez plus du formatage musical tous azimuts ? Vous cherchez le chaînon manquant entre la musique électronique old-school et son versant contemporain ? Vous êtes globalement sensible au surréalisme en matière artistique ? Alors « Perception Analogique » est fait pour vous. Original, rafraîchissant et déconcertant : telle est ma propre perception de l’œuvre en question !

Philippe Vallin (8/10)

http://www.lievaux.com/

CD disponible chez Patch Work Music Distrib :

http://pwm-distrib.com/shop/fr/

 

Perception Analogique
Pierre-Jean Lievaux
2009
Mégamouette prod

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