Phil Mott – Un P’tit Coup d’Phil

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Phil Mott. C’est sous ce nom, court comme un appel à votre belle-mère, que Philippe Mottée, plus connu pour avoir été le chanteur du groupe de rock progressif d’expression française Naos, a sorti en 2010 cet album, Un P’tit Coup d’Phil, très bien fichu et aux accents pop-rock-blues vitaminés. Naos (rien à voir avec les groupes métaleux de l’Ain et de Lyon même pas fichus de faire des recherches avant de choisir leur blaze), c’est quand même une référence pour les amateurs de rock progressif chanté en français ! Avec les deux albums, Roc Et Légendes en 1990, et surtout Naïf Le Rêveur en 1992, Naos s’était fait une place dans le progressif théâtral aux côtés des illustres Ange et Mona Lisa avec lesquels le groupe a pas mal tourné. D’ailleurs, leur participation (pour ne pas dire plus) à la compilation À Propos d’Ange en 1994, nous laisse un « Le Nain De Stanislas » que je ne me lasse pas d’écouter. Essoufflé, le groupe a tiré sa révérence malgré une courte tentative de retour en 1998…

Et c’est en 2010 que Philippe Mottée nous revient, ratiboisant son nom en Phil Mott. Phil a réuni pour l’occasion des compères, parfois comparses, qui font partie de ce qui se fait de mieux dans l’Hexagone. Pour n’en citer que quelques-uns (et que les autres veuillent bien m’excuser) : Hervé Rouyer à la batterie (ex-Ange), Le fidèle Lucien Pagano (ex-Naos) aux guitares, Lionel Baillemont (le producteur des albums de Naos, c’était lui) aux guitares et à la basse sur un titre, et même Patrick Rondat (doit-on présenter un de nos guitar heroes !) et Robert Defer (ex-Ange) qui viennent prêter leur six-cordes ici et là ! Bref, entouré d’une équipe de fines lames, Phil Mott nous propose 16 titres, dont il a écrit seul la majeure partie, aidé pour le reste par Lucien Pagano et Lionel Baillemont. Et si vous ajoutez à cela que le mastering a été réalisé à Clermont-Ferrand par Jean-Pierre Martin (celui chez qui Ange a enregistré Les Larmes Du Dalaï-Lama), vous comprendrez que l’entreprise est sérieuse. Mais la véritable surprise, ce sont les chansons qui composent cet album et l’ambiance qui s’en dégage !

D’entrée ça attaque fort, dès que la standardiste a pu nous mettre en liaison pour un coup d’fil et d’Phil ! Voix doublée, rythmique d’airain, du slide, du bottleneck, on est aspiré dans l’ambiance des hautes plaines par les deux gâchettes que sont Lucien Pagano et José Larraceleta. Et ce rock pétri de blues va couler tout au long de l’album. Pagano joue très rock, les basses sont vrombissantes, on a de l’orgue Hammond, de la pedal-steel, du piano et des tonnes de guitares acoustiques… Les textes de Phil racontent la vie, celle d’aujourd’hui (« La commère » avec un beau solo de basse de Stéphane Lemaire, « Sous Un Ciel De Rage »), poussent des coups de gueule (« L’idiovisuel », « Y’a Plus, Y’a Pas, Y’a Pire ! »), racontent l’amour sous forme tendre ou décalée (« Cristal » et ses belles guitares, « Et Même », morceau tubesque s’il en est). Comme sur ce dernier titre, le ton est parfois pop-rock (« Le Dilemme » est aussi un tube en puissance, « Chanson Simple »).

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« Sous Un Ciel De Rage » prend un virage celtique du meilleur effet, le groove en plus ! Oh, il y a bien quelque ambigüité dans le texte de « Quand » en ce qui concerne les loups… Mais c’est joliment troussé, alors… Avec « L’inconnu », on retrouve le Philippe de Naos. Que ce soit dans la manière de chanter (« Il chevauchait là-bas sur la lande »), ou même dans l’écriture ; on n’est pas loin du « Julien » de Roc et Légendes, Phil se fait troubadour, aidé en cela par le violoncelle de Jean-Philippe Martignoni. On trouve même sur l’album un Phil Mott militant de la sécurité routière sur « Y’a Plus, Y’a pas, Y’a Pire ! », appuyé par un Patrick Rondat très en verve. Le Philou se prend même un peu pour Paul Personne sur « Zone Blues » avec sa petite historiette à propos d’un festival de blues dans la Vienne visiblement fortement houblonné, si bien que ça vous coule dans les cages à miel comme une goulée de bière à l’hydromel bien fraîche ! Et sur « Systèmes Angulaires », le titre qui vient boucler la boucle de l’album, c’est Robby Defer qui pose ses riffs acérés et joue en trio avec Lucien Pagano et le décidément fort brillant José Larraceleta…

Alors oui, je suis un brin partisan de cet album aussi parce que j’aime beaucoup l’artiste Phil Mott (celui de cet album et celui de Naos) mais également l’humain Philippe Mottée. Néanmoins, je trouve que dans le genre développé sur Un P’tit Coup d’Phil, cet album n’a pas grand-chose à envier à la production en français du genre, tient même la dragée haute à bien des albums anglophones, bref se place dans le haut du panier pour peu qu’on arrive à l’entendre (un grand merci au passage à l’ensemble des médias siphonnés du bulbe qui ne regardent que les courbes d’écoute, les quotas et toute cette sorte de galimatias). Chez Phil Mott, on sent la qualité (paroles et musiques), la maîtrise, mais ça transpire aussi le plaisir de jouer, l’amitié et la confiance, un truc magique gonflé à l’envie, une gourmandise, comme un manque comblé après de trop longues années de silence. Autant vous dire que c’est un coup de cœur, un de ceux qui vous attachent autant à la musique qu’au bonhomme. Ceci étant dit, il ne me reste plus qu’à espérer d’autres productions comme celle-là ou comme celles qu’auraient dû être les titres de Naos qui dorment dans des cartons (mais allez savoir avec ce diable de Mottée)…

On peut trouver l’album de Phil chez Welkome Media Music, qui a eu aussi la riche idée et l’excellente initiative de rééditer, avec des bonus s’il vous plaît, le fameux album de Jean-Michel Brézovar (le guitariste légendaire de Ange, c’est lui !), Rue Du Salbert. Et quand on sait qu’une partie des fonds récoltés va à la recherche sur la sclérose en plaques, il n’y a plus aucune raison d’hésiter !

Henri Vaugrand

Coup de Coeur C&Osmall

http://welkome-media-music.com/20-phil-mott

https://myspace.com/mottphil/music/songs

3 commentaires

  • MOTTEE Philippe

    Cher Henri, c’est avec une réelle et grande émotion que je viens juste de lire cet article.(oui je suis long à la détente). Merci d’avoir cerné l’envie, la magie, l’amitié et la patate que tous les membres actifs et « passifs » ont su se communiquer! certaines (nes) ne se sont jamais vus et ont enregistré à « distance » ! un album dont je suis fier et ce grâce à Lucien Pagano (studio TROLL Musique) et Jackie/Christian Montajol (soleil noir). Merci l’ami !! Phil Mott.

  • Michel DUMONT

    Un album soigné, riche, définitivement très rock … et Phil un homme, qui valent tous deux qu’on s’y attarde longuement.
    Phil, pour le prochain, c’est quand tu veux !! Bises

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