Premiata Forneria Marconi – Emotional Tattoos

Premiata Forneria Marconi – Emotional TattoosPremiata Forneria Marconi – Emotional Tattoos

Décidément, je suis dans une période « dinosauresque » car une chronique de Premiata Forneria Marconi, PFM pour les intimes, succède à celle du dernier Kayak.  Si ce dernier, fondé en 1973, remet le couvert pour la 17e fois, PFM, qui a vu le jour en… 1970, enfonce le clou avec Emotional Tattoos, le 19e opus d’une carrière qui n’a, elle, jamais connu de coup d’arrêt à proprement parler.

Oh ! certes, ce long fleuve ne s’écoula pas sans remous surtout après le départ du talentueux flûtiste/violoniste Mauro Pagani, après cinq albums classieux, qui fit un retour remarqué mais ponctuel pour reformer le line-up originel le temps d’un concert unique à Sienne en 2003 passé à la postérité dans le live Piazza Del Campo. Dernièrement, c’est encore l’emblématique guitariste Franco Mussida qui a pris une autre route laissant au chanteur/batteur Franz Di Ciccio, la responsabilité de piloter la trirème PFM le long des méandres progressifs.

Premiata Forneria Marconi Band1

Les papys italiens font donc encore de la résistance mais le font-il avec autant de bonheur que leurs confrères bataves de Kayak ?

Déjà, du point de vue des origines, ils restent très attachés à leurs racines en proposant non pas un CD mais deux dont les parties musicales sont strictement identiques mais respectivement chantés en anglais et en italien. On y parle de la dégradation de l’environnement par le réchauffement de la planète, une fois de plus me direz-vous mais personnellement, je pense que l’on n’en parlera jamais trop. Je ne maîtrise pas la langue de Dante mais il m’a semblé que les textes et les titres des chansons sont foncièrement différents de la version britannique donc, pour les initiés, il peut être intéressant d’écouter différemment les messages de PFM sur des pistes musicales identiques.

Les « Dr Jekyll & Mr Hyde » du prog ont toujours été écartelés entre les majestueuses pièces classiques de leurs débuts, témoin leur dernière production à ce jour PFM in Classic, From Mozart To Celebration, ou plus récemment, le très ambitieux Dracula Opera Rock et un neoprog plus conventionnel. Disons-le de suite, c’est résolument vers ce dernier que balance Emotional Tattoos avec une propension cependant un peu trop forte envers les balades.

Oh, ce n’est pas qu’elles soient rasoirs car toujours placées dans des écrins musicaux très riches en sonorités que cela soit en termes de clavier (plutôt old school à la Tony Banks « d’avant ») ou de guitare. De plus, même lorsqu’elles semblent démarrer sur une base hyper conventionnelle («Hannah » dans le style « How Deep Is Your Love » des Bee Gees, enfin au début seulement, ouf, on l’a échappé belle), il y a toujours un moment où elles se métamorphosent systématiquement telles la chrysalide en papillon. Il faut dire qu’avec deux claviéristes, un guitariste et un violoniste, PFM peut se permettre de superposer les couches d’arpèges ou de nappes en tout genre comme le seraient les saveurs d’un fin met sans jamais toutefois provoquer la surcharge pondérale.

Paradoxalement, c’est le jeu de basse de Patrick Djivas qui m’a le plus accroché sur cet album. Il faut dire que celle-ci est mixée très en avant mais surtout qu’elle contribue très fortement à donner du corps aux compos et à éviter toute forme de mièvrerie qui pourrait s’immiscer dans les ballades. Pour s’en convaincre, il suffit de se passer « Morning Freedom » et « It’s My Road » dont les rythmiques ondoyantes et chaloupées font réellement danser la trirème de PFM sur ce qui aurait pu être une mer d’huile musicale.

Premiata Forneria Marconi Band2

Je suis un peu plus réservé en ce qui concerne le chant de Franz Di Cioccio qui est, certes, toujours bien posé mais manque un peu de puissance et de caractère.

J’illustre cela avec un « I’m Just A Sound »   bien campé sur un riff un peu dans la veine de certains titres de Marillion au début de la période Hogart (« Hooks In You », « This Town », etc.) avec cependant moins de charisme vocal (n’est pas H qui veut) et de percussion au niveau des riffs mais comporte beaucoup plus de richesse musicale.

L’album n’est pas à 100 % composé de ballades, fort heureusement à l’instar d’un « There’s A Fire In Me » au rythme syncopé tirant sur l’afro et d’un « Central District » sous l’influence du violon et lorgnant du côté des mélodies celtiques qui rompent fort opportunément avec l’ensemble. Leur placement en milieu de galette est à cet égard fort judicieux.

Je ne peux m’empêcher de refaire le parallèle avec le dernier Kayak car comme pour Seventeen je retrouve dans Emotional Tattoos ce sentiment initial d’avoir affaire à un opus somme toute direct, aux compos a priori sans forte ambition progressive mais aux refrains accrocheurs qui empêchent le désintérêt.

Après coup, un peu comme pour un vin qui a bien vieilli, on ressent beaucoup d’effluves, de parfums et d’essences insoupçonnées qui empêchent de décrocher de l’album. Pour autant, le côté progressif, bien que présent, est moins affirmé chez les Italiens que chez les Hollandais ce qui m’a quand même plus fait apprécier ces derniers mais, honnêtement, Emotional Tattoos est un album captivant qui mérite largement le détour et ne lassera pas dès la première écoute, loin s’en faut.

Enfin si les Italiens et les Hollandais veulent régler ce léger différent sur un terrain de foot, rendez-vous en Russie en juin 2018… ah, zut, j’avais oublié qu’ils se sont fait rétamer tous les deux dès les qualifs et n’y seront pas ha ha ha !

Bah, leurs joueurs et supporters malheureux auront tout le  temps d’écouter de la bonne zique en faisant des croisières en trirème PFM ou en Kayak au lieu d’être campés devant la téloche.

Rudy Zotche

http://www.pfmworld.com

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Emotional Tattoos
Premiata Forneria Marconi
Inside Out
2017

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