Peter Gabriel – Back To Front : Live In London

Peter Gabriel Back

Peter Gabriel – Back To Front : Live In London (Realworld/Eagle Vision 2014)

Pour fêter dignement les 25 ans de « So », Peter Gabriel a monté en 2013 une tournée magistrale dont il a le secret, au cours de laquelle il a repris pour la première fois l’intégralité de son fameux album pop des 80’s au succès planétaire. Ce tour du monde musical, baptisé « Back To Front », fait aujourd’hui l’objet d’un magnifique témoignage décliné en plusieurs éditions chez Eagle Vision : DVD, Blu-ray (celle qui nous intéresse ici) et « Deluxe », ajoutant deux CDs audio pour les besoins de ce volumineux package collector. Ce nouveau rendez-vous avec un public conquis (c’est plus que lisible sur les gros plans des visages aux anges saisis à la volée !) a été enregistré les 21 et 22 octobre 2013 à l’O2 Arena de Londres puis monté par le talentueux réalisateur anglais Hamish Hamilton, déjà responsable de la captation vidéo du phénoménal « Growing Up Live » il y a tout juste dix ans de cela. Pour faire vivre « So » sur scène, Peter Gabriel a réuni un casting de rêve en rappelant au service l’ensemble de ses vieux complices de l’époque, à savoir Manu Katché (batterie), Tony Levin (basse, Chapman stick…), David Rhodes (guitares), David Sancious (claviers) ainsi que deux choristes de premier plan : Jennie Abrahamson et Linnea Olsson (cette dernière officiant par ailleurs à la guitare acoustique et au violoncelle).

Peter Gabriel live

Jamais en manque d’idée scénaristique ni d’innovation technologique, l’ami Peter nous convie ici à un show découpé en plusieurs parties distinctes et conçu, selon ses dires, comme un « bon repas servis avec trois plats ». Il en annonce d’entrée de jeu au demeurant la composition du menu. Le premier set, joué en toute sobriété en acoustique et avec les lumières allumées à la manière d’une séance de répétition, nous met en appétit, les musiciens faisant leur apparition les uns après les autres pour faire progressivement « monter la sauce ». Tony Levin est en première position avec le maître de cérémonie, pour un morceau inédit (« Obut ») en formule piano/voix et contrebasse électrique fretless. S’en suivent une version sobre et superbement arrangée de « Come Talk To Me » (avec David Sancious à l’accordéon, grande idée !), un toujours aussi percutant « Shock The Monkey » puis ce bon vieux « Family Snapshot » qui commence à annoncer la transition vers la « Part 2 », déluge de lights à l’appui.

Le gig électrique s’avère explosif dans tous les sens du terme, introduit par le rock électro-groovy de « Digging In The Dirt », plus « salement jouissif » ici que jamais. De ce plat de résistance numéro un, nous retiendrons tout particulièrement l’émouvant « Secret World » (premier grand hymne humaniste de la soirée, il y en aura d’autres !) ainsi que le parano « No Self Control », durant lequel Peter Gabriel se voit littéralement « attaqué » (comme c’était déjà le cas lors de la tournée « So » originale) par des projecteurs mobiles montés sur des perches articulées qui évoquent curieusement les sondes extra-terrestres de « La Guerre des Mondes » version Spielberg. Saluons ici l’incroyable scénographie, aussi froide que science-fictionnelle, imaginée avec l’ingénieur Rob Sinclair (et décryptée durant les trop courtes six minutes de bonus consacrées au concept visuel), reposant sur des éclairages particulièrement élaborés et autres projections d’images live aux effets 3D qui ne dénoteraient pas dans un concert technoïde de Kraftwerk !

Peter Gabriel live 2

Ce décor austère contraste de manière étonnante avec l’incroyable chaleur humaine qui se dégage de l’ensemble, magnifiée par la complicité légendaire entre les musiciens. Ainsi, les joyeuses chorégraphies du trio Gabriel/Levin/Rhodes ne manquent pas à l’appel, particulièrement sur l’enjoué et ineffablement efficace « Solsbury Hill » ! Après le délicat « Show Yourself » (composition créée pour les besoins d’un film mexicain à venir), arrive enfin la partie dédiée à l’intégralité de « So », partiellement revisité et réarrangé pour l’occasion. « Red Rain » impressionne tant musicalement que visuellement (il pleut vraiment du rouge écarlate partout sur scène !), « Sledgehammer » enflamme le public et « Don’t Give Up » (avec la voix hyper maitrisée et presque enfantine de Jennie Abrahamson) embrase les cœurs comme à chaque interprétation de ce classique ultime. L’apogée de ce set reste selon moi, sans conteste, la merveilleuse version de « Mercy Street » (la plus belle chanson du maître ?), interprétée par un Peter Gabriel en état de grâce, allongé sur le sol dans un moment cinématographique absolument renversant d’émotion et de beauté graphique.

Peter Gabriel Trio

Le dessert est servi juste après que le groupe se soit retiré des lieux, laissant tourner dans nos têtes l’inoubliable mélodie du sublime « In Your Eyes » (second et avant dernier « hymne planétaire « de la soirée, avec en guest le chanteur d’origine mauritanienne Daby Touré). Le retour s’effectue avec une version électrifiée de « The Tower That Hate People », titre extrait de « Ovo » et petit frère de « Digging In The Dirt », suivie du prévisible mais toujours aussi incroyablement puissant « Biko », dédié ici à tous les jeunes combattants qui œuvrent et meurent à travers le monde pour que subsistent nos libertés et dignités. Le Gab retourne le micro vers le public pour lui laisser scander à l’unisson les mots de la fin. Puis il quitte la scène pour de bon, suivi tour à tour de ses merveilleux musiciens. Frissons garantis !

Ce show, maitrisé à la perfection (même la voix éraillée si caractéristique du chanteur n’a pas pris une ride avec le temps) est saisi en 4K, à l’aide d’une batterie impressionnante de caméras numériques pour un rendu HD vraiment optimal sur tout bon écran. Les deux pistes sonores disponibles sont également renversantes de précisions. Et ce concert est à vivre (et à revivre) chez soi, profondément ancrés dans nos canapés, en attendant un éventuel nouveau rendez-vous scénique avec l’un des musiciens les plus talentueux, novateur, humble et généreux que l’épopée rock a engendré depuis ses débuts. 142 minutes de bonheur total, rien de moins !

Philippe Vallin (10/10)

 DVD back To Front

http://petergabriel.com/

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