Peter Brötzmann – Machine Gun

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Cela commence par le souffle le plus puissant que je n’ai jamais entendu sur un saxophone. Une éructation, une vocifération d’une folie à peine quantifiable, ou du moins difficilement imaginable. En ces quelques secondes, un allemand posait la première pierre du free européen. Son nom, c’est Peter Brötzmann, et cet album est l’une des pierres angulaires du jazz et de la musique extrême en général. Un chant d’indépendance et plus que ça, un choix, celui de dépasser les peintures du maître John Coltrane et du non moins essentiel Albert Ayler. Pousser la logique du solo à son extrême créativité, aller plus loin, plus fort, au-delà du corps et de l’esprit… À travers ses instruments (car Brötzmann joue aussi de la clarinette) et solidement épaulé par ce qui se fait et ce qui se fera de mieux en Europe, l’Allemand signe juste l’un des chefs-d’œuvre du jazz, une boucherie !

Il faut écouter les improvisations pianistiques époustouflantes de Fred Van Hove, la cohésion d’ensemble, cette furie où les notes se bousculent, s’entrechoquent, se charcutent mutuellement comme un tableau de Jackson Pollock se créant devant nos yeux. Il faut se laisser habiter comme ces musiciens l’étaient, il faut entendre cette prise de son où l’on peut sentir et surtout VOIR les doigts virevolter, mesurer, taper saxo, batterie, contrebasse et piano. L’impression d’y être, ce sentiment de vitesse et de violence dans la construction et sa confection. Mais Brötzmann, et je ne le dirai jamais assez, c’est avant tout de la pudeur dans le carnage, la modestie la plus sincère et discrète, ce musicien sachant s’écarter, quitte à disparaître, afin de laisser ses acolytes vivre et exister dans ces moments (toujours trop brefs) d’écriture automatique.

« Machine Gun » c’est, pour l’Histoire, le surnom qu’on a donné à ce phénomène d’artiste saxophoniste quant à sa manière de jouer son instrument. C’est un des disques qui trône et trônera fièrement dans ma discothèque, plutôt fournie. Un disque qui m’a permis de découvrir par la suite pleins de musiciens non reconnus à leur juste valeur, Brötzmann compris. Et rien parce que le Monsieur m’a dédicacé cet album lors de son passage à Paris (nous sommes deux à avoir eu ce privilège !), je ne peux que lui mettre la note maximale de mon esprit… Si vous en doutiez encore, c’est un chef-d’œuvre et une pièce OBLIGATOIRE pour tous ceux qui disent écouter du jazz.

Jérémy Urbain (11/10)

http://www.peterbroetzmann.com/

Machine Gun
Peter Brötzmann
1968
Slow Boy Records

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