Paul McCartney – Egypt Station

Egypt Station
Paul McCartney
Capitol Records
2018
Thierry Folcher

Paul McCartney – Egypt Station

Paul McCartney Egypt Station

« Je viens de découvrir un nouveau chanteur, auteur, compositeur, il s’appelle Paul McCartney. Son album se nomme Egypt Station et honnêtement, ce gars là est pétri de talent ». Voilà comment il faudrait aborder le tout dernier témoignage de l’ex-Beatles. C’est bien évidemment impossible d’occulter l’extraordinaire carrière de Macca et de ne pas être amené à faire des comparaisons avec son passé glorieux, mais quel est l’intérêt dans tout ça, si en écoutant Egypt Station vous vous dites : « bon sang, c’est vraiment bien ficelé et largement au-dessus de la moyenne ». Car cet Egypt Station est foutrement accrocheur et à l’image de la pochette, bigarré, protéiforme et complètement inclassable. McCartney signe là son dix-septième album solo et pourtant, on a l’impression que les seize titres sont le fruit d’une frénésie créatrice qu’on pressent inépuisable. Paulo a encore beaucoup de choses à dire et on ne va pas s’en plaindre. Le public multi-générationnel n’a pas hésité à envoyer ce jeune homme de 76 ans en tête des charts US avec ce nouvel album. Un exploit réitéré après celui de Tug Of War en 1982. Egypt Station, qui succède au très bon New sorti en 2013, s’est façonné au gré des pauses entre deux concerts avec l’aide de Greg Kurstin le producteur d’Adèle.  Les enregistrements se sont partagés pendant deux ans entre Los Angeles, Londres (Abbey Road), le Sussex et Sao Paulo pour le titre « Back In Brazil ». L’interprétation est assurée par Paul sur la plupart des instruments et par son groupe de tournée.

Seize nouvelles chansons, de la part d’un ex-Beatles, ça ne se refuse pas, à tel point que les médias internationaux et le public se sont véritablement rués dessus. Vous trouverez donc sur internet une avalanche d’informations et de réactions qu’il me paraît inutile de répéter ici. C’est plutôt ma vision personnelle, celle d’un extraterrestre qui découvrirait pour la première fois McCartney, que j’aimerais modestement retranscrire ici. Cette attitude, que j’applique fréquemment à l’écoute des « grands » de la musique, garantit une approche objective seulement motivée par le rendu émotionnel. Cela évite surtout de faire des comparaisons avec les grands succès de la pop music que l’on ne pourra jamais égaler. C’est donc un voyage d’un autre temps que nous propose ce formidable compositeur. Un voyage qui nous transporte doucement de « station en station » et nous invite à faire  le tour d’un grand parc d’attraction musical. La promenade débute avec le vaporeux « Opening Station » qui sert d’introduction à « I Don’t Know », une jolie ballade romantique. La voix porte les stigmates du temps et nous fait penser un instant à Mark Oliver Everett de Eels. Impression furtive car le timbre chaleureux réapparaît très vite et nous séduit inévitablement. Puis à l’image du sautillant « Come On To Me », on sent l’artiste plein d’entrain et soucieux de nous surprendre à tout moment. Petite info en passant, ces deux morceaux sont sortis en single au mois de juin comme annonciateurs d’un futur album multi-facettes. Et ce sera bien le cas.

Paul McCartney Egypt Station Band 1

La suite va se déplier à la manière d’un guide touristique. La jolie pochette en a la forme et nous y aide évidemment. A ce propos, je vous invite à acheter le support physique, il vaut vraiment le coup. Son aspect souvenir de voyage avec un élastique pour le maintenir fermé est réellement original. Nous allons passer de visites folk en passages pop avec des rythmes changeants et des propos légers ou profonds. Un véritable kaléidoscope musical contenant de pures merveilles et des choses plus convenues. Arrivé à destination on se souvient immanquablement de « Back In Brazil » et de cette samba revisitée mais ô combien sensuelle, un petit bijou d’écriture et d’innovation. Et puis, notre esprit est encore tourmenté par « Despite Repeated Warnings » et « Hunt You Down/Naked/C-Link » deux longs morceaux à tiroir qui nous baladent sur toute la gamme de l’écriture pop. A aucun moment on s’installe définitivement sur un schéma bien précis et cet inconfort est certainement la plus belle caractéristique d’Egypt Station. Pas d’ennui, plein de trouvailles harmoniques et vocales qui font s’élever le bonhomme bien trop haut pour la concurrence. A souligner, l’extraordinaire blues oriental qui termine l’album là où on ne l’attendait pas. Ces trois morceaux sont à mon sens les plus réussis du disque, mais le reste ne manque pas de charme non plus. A commencer par le folk léger de « Happy With You » qui met en avant la belle production de Greg Kurstin, assurément à la hauteur de l’événement. Tous les éléments se détachent avec clarté mais restent pleinement liés les uns aux autres.

Il faut aussi rendre hommage à la diversité des écritures, car si vous n’êtes pas du genre à écouter la musique assis, « Who Cares » et « Fuh You » vont vous faire battre la semelle, et passer de l’esprit au corps en un instant. Belle démonstration du savoir faire de McCartney qui peut sans crainte tester Egypt Station sur scène. On aime aussi le côté gospel de « People Want Peace » avec son message un peu désuet mais qui sera sans doute repris en chœur par des foules enthousiastes. « Hand In Hand » a le mérite de faire vibrer cette belle voix marquée par le temps mais qui reste si émouvante. On entrevoit un peu les Wings chez « Dominoes », on salut le côté symphonique de « Do It Now », on s’amuse du jeu de mots dans « Caesar Rock » (allez-y, prononcez ce titre et « She’s a rock »). Je vous avais prévenu, on ne s’ennuie pas, il se passe toujours quelque chose sur ce disque. Reste « Confidante », petite chanson enregistrée à Abbey Road et sur laquelle Paul s’occupe quasiment de tout.

Paul McCartney Egypt Station Band 2

Paul McCartney reste un des rares refuges musicaux vers lequel toutes les sensibilités et toutes les générations peuvent se diriger sans crainte. L’accueil et le succès d’Egypt Station prouvent bien que la demande est là, mais que peu d’artistes peuvent encore y répondre de façon unanime. S’il y a bien un disque que je conseillerais aujourd’hui, c’est certainement celui-ci car il est riche, accessible et universel. Alors vous me direz : « mais pourquoi il n’y a pas de coup de cœur ? » Tout simplement parce que c’est toute la carrière de Macca qui mérite de l’avoir, cet album n’étant qu’un élément de l’édifice, toujours en construction.

https://www.paulmccartney.com/

 

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