Parpaing Papier – Tester les Casques

Tester les Casques
Parpaing Papier
Autoproduction
2019
Pascal Bouquillard

Parpaing Papier − Tester les Casques

Parpaing Papier – Tester les Casques

Aaaaaaah ! On oublie trop souvent l’étrange fraîcheur que procure le métal des chaises du parc du Luxembourg sur les fesses estivales chauffées aux ultra-violets où encore le grindcore débridé sur les oreilles des chroniqueurs de musiques folkloriques.
Et bien tous les ingrédients qui composent les cinq titres présentés dans cet EP de Parpaing Papier, Tester Les Casques, en sont l’aimable extrapolation. Je t’explique : d’un côté, Il y a la lourdeur juvénile et la précision suisse d’une section rythmique de bourrins en dernière année de médecine, les gros riffs ravageurs de Clothilde qui ronflent comme les rugissements du Tyrannosaure Rex de Spielberg, le grunt de Martin, emprunté aux techniques vocales des moines tibétains et arrangé à la sauce death metal, de quoi ravir le mélomane au cheveu gras et à la barbe fournie ou le jouvenceau en mal de sensations fortes. Mais de l’autre côté, Il y a aussi la tendance pop / variété grand public bien calibré et la voix claire et compréhensible du même Martin qui devrait permettre à leur tube espéré « Tester Les Casques » de fréquenter la cour des grands, ceux qui se font la tune.

Parpaing Papier – Tester les Casques Band1
En effet, si la thèse sur l’étonnant parallèle entre bucolique et gros rock qui tache est encore à écrire, ce n’est pas une raison pour ne pas essayer d’en tirer les grandes lignes, illustrées ici par le talent pêchu des 4 musiciens et l’oreille experte de Nicolas Moreau aux manettes qui donnent à l’ensemble de cette auto production une cohésion à faire rougir de honte Sony music.
Moi qui passe mes journées à écouter des musiques qui mettent à rude épreuve les liens de mon mariage, je sais que ce qui le plus souvent t’indispose, cher auditeur non averti, n’est pas la puissance des décibels mais l’originalité de la structure. En ce qui concerne Parpaing Papier, rassure-toi, c’est bien du premier que nous allons parler. Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’on n’a pas inventé le fil à couper le beurre qu’on ne peut pas mettre au point celui qui sera le plus efficace. « Tester Les Casques » à ce titre, va couper toutes les sortes de beurre (même le mien) avec une déconcertante facilité. Le revers de la médaille, bien entendu, c’est qu’il va suffire des quelques minutes du titre pour tester les casques et beaucoup de volonté pour arrêter de continuer de les tester, dans ta tête, pour le reste de la journée et une partie de la nuit (je t’aurai prévenu). Mais comme disait le grand Caton il vaut mieux tester les casques que briser les noix.
Nous revoilà donc à la grande époque du rock français de Téléphone, de Bill Baxter et même de l’Affaire Louis Trio, survolté et sous acide. Y’a même un zeste de Plastic Bertrand maintenant que j’y pense… Le son est plus gros qu’à l’époque parce qu’on prend toujours un peu de poids avec les années (je parle de la musique, bien sûr, pas de vous les gars) mais l’âme reste la même : des textes vachement bien trouvés à consommer à tous les degrés, des structures pop divisibles par 4 aussi efficaces qu’usées aux coudes, une voix blanche et parisienne (même si le groupe est nantais, ça change rien, on ne répond pas !), ce à quoi Parpaing Papier ajoute un son en thrash « aggloméré » plus vrai que nature et un tempo débridé, du style « rétropatatopunk », frais comme une baffe de Lino Ventura dans un film de Michel Audiard. Tous les atouts sont réunis pour faire craquer les apprentis irrévérencieux qui vivent aujourd’hui leur adolescence ou les vieux jetons comme moi qui n’en sortiront jamais.
A présent un court moment d’histoire, attention cher lecteur, il va falloir prendre des notes. Courant 2018, Martin Hallier (qu’un copain appelait Parpaing Papier ? Après tout, pourquoi pas !) avait vraiment envie de remonter un projet rock en français, dans la veine power-pop/punk-pop. Il commence à maquetter des chansons avec son ami Antoine, co-fondateur et guitariste de Dancefloor Disaster; mais c’est en avril 2018 et la rencontre avec Fabrice (basse/chant) que le projet est vraiment lancé. Corentin (batterie/chant) arrive en juin 2018 (il faisait un temps pourri grâce au réchauffement climatique) et Clothilde en janvier 2019 (en revanche, là, il faisait beau, pour la même raison). Tout le monde est à son poste, Nicolas, du studio le Garage Hermétique, peut commencer à faire chauffer la colle !
Dans une interview donnée à l’occasion du Hellfest 2019, Martin « Papier » parle beaucoup de premier degré en décrivant ses textes mais avoue aussi offrir parfois un autre niveau de compréhension pour qui voudrait bien chercher un peu… J’ai cherché et j’ai trouvé au moins trois des cinq titres qui parlent des problèmes du monde. Si Môssieu ! Avec une efficacité minimaliste déconcertante, Farpaitement Mossieu! Quelques images, quelques phrases, une ritournelle (comme disait ma grand mère) et c’est torché !

Parpaing Papier – Tester les Casques Band2
C’est quand même plus marrant de chanter « Tester Les Casques » pour expliquer que l’humanité va droit dans le mur plutôt que de faire chier son monde avec une thèse de centaines de pages sur les problèmes de la société – d’autant que ça doit avoir à peu prêt le même effet sur les foules – nous explique un autre titre « Champions De Patins » (tous à-à-à la queue leuleu). C’est vrai ou c’est pas vrai Martin ? Allez quoi ! C’est également moins pénible de parler de réchauffement climatique en chantant « Tempête Je T’Aime » pour des gars qui, comme moi, vivent dans des zones à risques et se coltinent au moins un ouragan tous les ans. Je peux t’assurer que je préfère ça aux commentaires dramatisants du Weather Channel ou à l’obscurantisme de la Trumpette bouchée made in USA. Alors « Parpaing » Hallier, t’en penses quoi ? je cherche midi à quatorze heures ?
Bref, (enfin c’est une figure de style parce que je suis rarement bref) cet EP est pour toi, jeune contestataire en quête de sensations fortes et de musiques confortables. Dans le style, y’a rien à redire, c’est du cousu main, de la dentelle de Cholet crochetée à la pine de Zébu. Les gars savent ce qu’ils font et le font bien.
Comme disait Dutronc, « C’est pas du bronze » alors qu’est ce c’est ?
C’est du Parpaing. Fais gaffe à tes arpions. C’est du Papier, fais gaffe, c’est fin, mais ça coupe !

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