Oregon – 1974

1974
Oregon
Moosicus
2021
Jean-Michel Calvez

Oregon – 1974

Oregon 1974

Oregon est l’une des plus anciennes formations de jazz ayant conservé le même line-up depuis 1969, ou presque, mais aussi l’une des plus originales. Car, bien que né de la rencontre de ses fondateurs, Ralph Towner et Glen Moore dans l’état américain du même nom, Oregon a sans doute inventé le jazz-fusion (ou ethnique ?) par son ouverture aux instruments et aux sonorités indo-européennes : tabla, sitar… Sous la conduite de son leader/compositeur Ralph Towner (piano, synthétiseur, guitares, etc. ), le quartet a sorti une trentaine d’albums studio depuis 1972, auxquels s’ajoutent une dizaine d’albums live ou compilations. Et même si certains groupes les ont suivis sur la voie de la fusion Orient-Occident (tel Night Ark ou, d’une autre façon, Dhafer Youssef et Anouar Brahem), leur signature inimitable dépasse de loin le seul registre du jazz, s’aventurant aux frontières des musiques classique, contemporaine et d’avant-garde, aidés en cela par le hautbois et le cor anglais de Paul McCandless, ainsi que par la guitare acoustique de Ralph Towner.
1974, sorti en 2021, est le témoignage tardif en double CD d’un concert donné à Bremen (Allemagne) le 14 mars 1974 dans le studio de Radio Bremen, une époque où Oregon était déjà à l’apogée de sa créativité artistique dans sa configuration d’origine. En particulier, le percussionniste Collin Walcott, décédé d’un accident de la route quelques années plus tard, en 1984, lors d’une tournée avec le groupe, était de l’aventure. Or c’est justement Collin Walcott qui donnait à Oregon toute sa saveur orientale/indienne jusqu’à sa disparition, grâce à sa pratique des percussions (tabla, etc.) et du sitar, que l’on retrouve dans ce double CD live. Loin d’être un simple « album de plus » destiné aux seuls « complétistes » et inconditionnels, tout l’esprit aventureux et mondialiste d’Oregon est dans ces plages superbement enregistrées. Elles incluent des variations sur des compositions de Towner que l’on retrouvera chez Oregon (live ou en studio) ou chez Ralph Towner lui-même dans ses albums solo (la plupart chez ECM), où l’on trouve la version solo de ses compositions avec différentes configurations instrumentales : guitare acoustique, piano… C’est le cas du magnifique « The Silence Of A Candle », un « classique » de Towner souvent décliné (issu de son album solo Diary sorti la même année), dont le thème principal est joué ici au sitar par Collin Walcott (comme le fut aussi son titre Icarus sur In Performance, restitution en double LP puis en CD d’un concert au Québec en 1979).

Oregon 1974 band1
Mais au-delà de ce morceau assez bref signé Ralph Towner, à la tonalité néo-classique, l’énergie débordante du quartet n’est plus à démontrer dans l’improvisation modale débridée des autres titres, emmenée jusqu’à la transe par un Collin Walcott bouillonnant faisant feu de toutes ses percussions exotiques (pas de batterie chez Oregon). Sans oublier la basse acoustique non moins efficace et percutante de Glen Moore, impériale ici sur le titre « New Tune », qui rattache encore leur musique au jazz standard. C’est dans ces longues improvisations typiques de leurs albums live que s’affiche à son sommet la fusion Orient-Occident qui caractérise Oregon, comme dans les 18 minutes de « Raven’s Wood ». La séquence introductive au tabla y est suivie d’un long solo… de hautbois assez « jazzistique » et brièvement contaminé au free jazz, ramenant le score à Un partout entre les deux sous-continents furieusement agités dans le blender ethnique d’Oregon.
Et pour ceux qui seraient allergiques au son live et aux applaudissements nourris concluant chaque titre, ce double album live est très proche d’albums studio de la même période ou postérieurs, comme les superbes Out Of The Woods et Roots In The Sky, quintessence du son et de l’énergie vitale d’Oregon dans toute sa splendeur, dont certains titres sont déjà joués ici live, tel « Raven’s Wood », en avant-première à leur présence sur de futurs albums.
Oregon est donc la formule magique apte à convaincre tout mélomane blasé par un jazz standard parfois usé jusqu’à la corde (tel l’incontournable trio piano/basse/batterie, manquant trop souvent de couleurs) qu’une autre voie est possible, et que le jazz n’a pas encore tout dit, ni tout exploré. En 1974, Oregon en était déjà la preuve vivante, même si depuis lors (avec la disparition dramatique de leur percussionniste, suivie d’une brève transition avec Trilok Gurtu, le temps de quelques albums), le quartet relooké (avec Mark Walker officiant aux percussions) s’était « assagi », et glissé dans un autre moule, s’étant assez fortement « occidentalisé ». Cela dit, les dernières moutures d’Oregon (désormais inactif pour cause de grand âge) conservaient malgré tout cette saveur néo-classique qu’apportent la guitare acoustique, le piano et les bois (hautbois et cor anglais).

Oregon 1974 band2
Après le quartet Azolia, montrant lui aussi une alternative au jazz standard historique (bebop, etc.), il est bon de revenir aux sources d’Oregon pour découvrir comment ce groupe a initié un fabuleux appel d’air (qu’on l’appelle fusion ou ethnique), écrasant de son souffle libérateur les frontières entre jazz et bien d’autres styles tous aussi toniques et vivifiants entre leurs doigts.

http://moosicus.com/
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https://www.discogs.com/fr/release/19608475-Oregon-1974

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