Orakle – Éclats

Orakle Eclats

Orakle a de la vision et de l’audace depuis le début de sa formation en 1995. Avec « Éclats », leur troisième opus officiel sorti en mai dernier chez Apathia Records (Lyon), le quintet parisien nous offre une procession à genoux sur la voie du progressif français/francophone. D’une exquise noirceur pour une formation de métal progressif, le groupe est authentique et ne supporte pas les comparatifs. On est à court de référence pour en définir le style si ce n’est des paroles (toujours dans un français très baudelairien qui fait écho au défunt groupe de black métal nantais Anorexia Nervosa), et du vague sentiment de côtoyer le travail de production de l’album « Breaking Point » du canadien Rick Miller (un autre de ces talentueux entrepreneurs de pompes funèbres pour les mélomanes). Orakle possède un style unique, issu de sa vaste exploration musicale dans les différents mondes du dark métal et de l’ambiant (« Neath The Rapture Streams », démo de 1999), du black metal pur et dur (« Le Théâtre De La Nature Actes I & II » et « La Beauté Déraisonnée », Maxis de 2001; « Uni Aux Cîmes » 2006; « Tourments Et Perdition » 2008) à un style essentiellement progressif qui tranche avec les albums antérieurs du groupe (« Éclats » 2015).

« Éclats » est un album très abouti. On a cette impression de voyager dans le subconscient étroit, recroquevillé et plein de cendres de Frédéric Gervais (chant et basse), de descendre aux enfers en une lente, pénible quoiqu’exquise marche exploratoire vers les enfers au rythme de la batterie fort technique de Pierre Pethe, alors que les guitares de Gonin et Aubry nous guident à travers les épais ténèbres de ce tissu musical très complexe. Les thématiques de l’album, celles du déchirement, de la solitude, du vide existentiel et de la quête de sens, n’ont d’égale que la magnifique pochette où l’on peut y voir une des plus belles sculptures éclatées de Robert Le Lagadec.

Orakle Band

Avec « Éclats », il nous est possible de comprendre l’anatomie du cœur et de l’esprit. L’album est une viscérale dissection du sentimentalisme. Musicalement, on est en présence d’un esprit très black metal, tout en ayant pourtant un produit totalement progressif teinté d’avant-garde avec ses imprévisibles cassures de tempo, ces enchevêtrements complexes où une pièce pourrait comporter 2 ou 3 chansons à la fois, ainsi qu’une sonorité aérienne et brumeuse au possible. Bref, de quoi réjouir les tourmentés de la Famille Adams, ou les gens comme moi, qui carburent à l’émotion brute et vraie.

Même si le chant parfois trop gothique, ampoulé et plaintif de Gervais peut en rebuter plusieurs, une écoute axée davantage sur la musique qui se trame en fond peut arriver à séduire la plus difficile oreille. Cet album mérite 7 étoiles sur 10, et peut-être même la moitié d’une autre. Bonne écoute, bonne découverte !

Dany Larrivée (7,5/10)

http://orakle.fr/

https://apathiarecords.bandcamp.com/album/eclats

Éclats
Orakle
2015
Apathia Records

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