OM – Advaitic Songs

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OM est un duo de rock expérimental formé en 2003, avec Al Cisneros au chant et Chris Hiakus à la batterie, tous deux anciennement membres du groupe Sleep et originaires de Californie. Le batteur sera remplacé 5 années et 4 albums plus tard par Emil Amos, membre de l’éminent groupe post-rock Grails, juste avant l’enregistrement du fameux « God Is Good ». Le style musical pratiqué par le duo ? Un étonnant cocktail assez unique en son genre de stoner lancinant (le groupe voue un véritable culte aux tous premiers Black Sabbath), de musique drone (façon Earth), de doom introspectif et planant, mais aussi de rock psychédélique très teinté 70’s. La marque de fabrique du duo, leur « son » si caractéristique et à nul autre pareil, ce sont ces longues plages générées sur chacun de leurs disques par une section rythmique en parfaite osmose, au tempo lent, hypnotique, appuyé par une basse énorme, saturée et vibratoire, sur laquelle Al Cisneros déclame ses textes de façon monocorde, souvent proche de l’incantation. Et depuis sa création, la musique des américains n’a cessé d’évoluer et de s’enrichir de sonorités nouvelles, tout particulièrement à partir de « Pilgrimage » (2007), où l’on croirait entendre du Pink Floyd plus vrai que nature revenu à l’époque de son fameux « live at Pompei ». Puis l’année suivante, OM va encore plus loin avec « God Is Good », œuvre au caractère spirituel très prononcé, où bourdons de tampoura et flûte bansouri indienne font par exemple ici leur apparition. Aujourd’hui avec « Advaitic Songs », le duo californien transcende encore un peu plus cette quête mystique, en réalisant tout bonnement son disque le plus abouti, le plus coloré, varié dans ses sonorités mais homogènes dans ses ambiances, et j’oserais même dire, le plus « progressif » dans tous les sens du terme. En effet, si « Advaitic Songs » conserve cette atmosphère lourde et obscure propre à l’univers du groupe, la musique se voit bonifiée par une structuration plus complexe et l’apport de résonnances traditionnelles moyen-orientales et médiévales.

L’album débute avec « Addis » et son mantra féminin presque androgyne, un titre qui nous emmène bien davantage dans l’univers de Dead Can Dance que du OM habituel. Les amateurs de doom dépressif, de saturations extrêmes et de chants gutturaux risquent de déchanter sévèrement ! L’incantation est soutenue d’une rythmique elaborée par un tabla et une basse étonnamment suave, sur fond de drone synthétique et de mélodies envoûtantes tissées à la guitare électrique, au piano et au violoncelle. On retrouve seulement les ingrédients caractéristiques de la musique des californiens sur le deuxième titre « State Of Non-Return », avec basse saturée, frappe de batterie subtile mais hyper lourde, chant monocorde, mais en restant toujours plongés dans cette ambiance religieuse (le thème central de l’oeuvre), résolument orientale, où les arrangements de cordes touchent au sublime. Même puissance mystique, même constat avec le très beau et très progressif « Gethsemane », qui nous replonge dans la glorieuse époque révolue du « Serpent’s Egg » de Dead Can Dance, jusqu’à cette texture d’une voix féminine en apesanteur si proche d’une Lisa Gerrard en état de grâce. Puis les 10 minutes de « Sinai » et son martèlement rituel aux colorations byzantines, viennent nous confirmer que ce « Advaitic Songs » est bel et bien une longue prière, unifiant l’ensemble des religions mono et polythéistes originaires d’Orient. Et enfin, « Haqq Al-Yahin » (considéré dans le soufisme comme le stade d’expérience mystique ultime) termine le voyage en apothéose par une élévation spirituelle à la rencontre d’Allah, rien que ça, où Al Cisneros chante peut être vraiment (mélodiquement parlant) pour la première fois de sa vie !

Mais la véritable « révélation » de cet album, pour moi de loin le meilleur d’OM, c’est que son style apparenté au « doom » peut lui aussi, à l’instar du jazz, de certaines musiques traditionnelles ou autres, conduire à vivre une expérience mystique, où au moins à un voyage intérieur puissant pour les âmes plus rationnelles et matérialistes. Avec « Advaitic Songs », OM signe son premier chef d’oeuvre, une expérience unique en son genre qui fera passer la résurrection récente et quelque-peu artificielle de Dead Can Dance pour un gentil trip « new-age ». En 2012, qu’on se le dise, OM fait exploser les codes et les normes de sa propre famille musicale, et nous ouvre à des horizons infinis de sensations. Oui, ce disque EST une révélation !

Philippe Vallin (10/10)

Site web : http://omvibratory.com/

Advaitic Songs
OM
2012
Drag City

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