Oiseaux-Tempêtes – Oiseaux-Tempêtes

Oiseaux-Tempêtes – Oiseaux-Tempêtes

Les mains jointes, là, c’est un peu moi. C’est ce que j’espérais depuis… Depuis… Oh, putain ! En arriver à ça, c’est quand même terrifiant. Que ce soit autre chose qu’un fichier mp3, dont on se surprend à retrouver une trace quand on bricole sa playlist « intello-mais-cool-pour-copains-qui-passent », ça vaut un papier en bonne et due forme en essayant de ne pas se la faire sérieux à la mèche l’Oréal photogénique. Oiseaux-Tempêtes, c’est une offrande, le Godspeed You Black Emperor camembert bien de chez nous. Mais plus que ça, c’est l’exact contraire de cet archétype. GYBE! le prototype, l’Ouroboros du post-rock, Oiseaux-Tempêtes c’est le concept, un ensemble, l’engagement. L’exact contraire du mécontentement Facebook, quoi (ma cible favorite du moment), celui où on crache sur tout et n’importe-quoi, ça fait du bien, on relâche la pression et on se sent quelqu’un. Et que je te balance 456672 vidéos déjà oubliées à peine une fois vue, du discours, du pris sur le vif, répression, corruption, harcèlement. Politique, sanitaire, guerre, musique, économie, ce n’est pas ce qui manque en ce moment pour gonfler ses pectoraux et faire mine qu’on a une voix en gueulant sur ses collègues ou en tapant un billet et regarder ses like. Faut bien que le peuple parle et, accessoirement, que d’autres « existent »… Du commentaire acerbe du pauvre parce que, quand même, il vaut mieux se planquer derrière son écran/masque.

Mais bon, voilà, une photo, une seule, suffit pour saisir l’engagement artistique et politique des français, le regard, le flou, le clair-obscur peut-être. Ouais, Oiseaux-Tempêtes, c’est tout, de la bordure aux coins, les images qui racontent, la musique, l’imagination. Une porte de sortie. Non, pas de se perdre dans un rêve mais de questionner sa place, son existence en se laissant couler, apprendre des autres et non pas prouver qu’on a raison, même si c’est la (?) raison. Attendez, même dans le mainstream on a ses modes : on en raffole tellement. Oiseaux-Tempêtes, je ne trouve rien de ça, c’est un électron, une liberté sur des codes établis. J’ai les arpèges mais je ne vais pas te les faire monter crescendo alors que tu sais déjà comment ça va finir, je fais de l’ambient mais je ne vais te le rendre chiant, minimal ou pompeux. J’ai la carrure mais je n’en fais pas ce que tu voudrais que j’en fasse. Je suis une tempête calme et, en même temps, un oiseau agressif. Je ne te perce pas les tympans, je leur donne une seconde vie. Je te ne fais pas un parcours, je te laisse décider de ton chemin.

Libre, comme Oiseaux-Tempêtes, comme le déchainement d’un orage. La batterie de Ben Mc Connell, c’est le bruit du tonnerre, lointain, un présage rythmique rejoint par le vent lourd de menace de Stéphane Pigneul écartant les nuages noirs de sa guitare « bassisante » pour que Frédéric D. Oberland puisse atteindre le sol de ses éclairs de lumières illuminant visages, surfaces, accents. C’est d’une simplicité effarante. Maintenant, on appelle ça du déjà-vu, mais la masse sonore reste ce pourquoi elle a été sculptée. Une histoire d’instinct, un rock instrumental parfois planant, souvent prenant, mélancolique, esthétique, où chaque son est le contour d’une calligraphie sur laquelle chaque écoute permet de redécouvrir ce qu’on connait.

Et puis, ça ne te plonge pas dans les méandres du pathos et de la dégoulinure. Ce n’est pas du cliché, ça le contourne, ça le nargue. Oiseaux-Tempêtes n’a pas d’histoire, ou de narration, mais il te raconte beaucoup plus par ses entrelacs et ses tessitures. Il n’explique pas, il te parle en fermant sa gueule. Et tu le comprends d’autant mieux.

Jérémy Urbain (8,5/10)

http://www.oiseaux-tempete.com/

 

Oiseaux-Tempêtes
Oiseaux-Tempêtes
2013
Sub Rosa

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