Oiseaux-Tempête – Ütopiya?

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On les a catalogués post-rock. C’est tellement facile quand on ne sait pas où placer dans les petites cases. Ils s’en démarquaient tranquillement pourtant, pépères de ces structures tendues et progressives liées aux clichés du style. Mais les gars d’Oiseaux-Tempête emmenaient le tout un peu plus loin même si ça leur reste collé à la peau. Il est toujours difficile de se séparer d’une étiquette, surtout quand ce sont les fans qui disent le contraire. Bref, on s’embrouille un peu. J’avais pas mal attendu l’objet qui nous concerne, je les ai vu en concert, il m’ont surpris, et agréablement les salopards (voir ici). J’aime leur univers, leur field recordings, leur attrait pour le jazz. Ça tombe bien car dorénavant, le trio s’est transformé en quatuor, louant les services du clarinettiste Gareth Davis. Mine de rien, autre qu’une plus-value coulissante, un peu comme Peter Brötzmann avant le déluge de Machine Gun, cet élément transporte les guitares aussi rugueuses que volatiles dans les étendus arides de Gobi, sur des rives plus reposées certes, mais plus imprégnées de rage dissimulée telle la brise au-dessus d’une plage polluée.

Oiseaux-Tempête, c’est toujours cette tempête justement qui s’annonce, ou dont on répercute les dommages forcément trop tard. On n’est jamais dedans d’une certaine manière, mais on ressent le côté caché, indistinct, insidieux, ce cachet qui fait qu’on fronce anormalement les sourcils (parce qu’on fronce toujours anormalement les sourcils) sachant qu’il y a quelque chose d’abrité, et les yeux se ferment toujours au bon moment (parce qu’ils se ferment toujours au bon moment). Cet aspect préservé, il ressort à notre bonne oreille de ces field recordings et spoken words lancés aux quatre vents, ce dont le groupe usait déjà au premier opus. Maintenant, la crise s’est déplacée hors de la Grèce du premier album. Sicile et Turquie, un panorama plus large et éparpillée, c’est ce qui donne ce cachet plus aéré peut-être, libéré d’une entrave déjà rouillée mais toujours sournoise. N’est-on jamais à l’abri d’une déferlante qui fait plier les toits en tôles ? C’est tout l’intérêt, aimable participant, la sécurité illusoire d’une écoute avant d’escalader les strates de l’inconnu.

Ütopiya band

Nos Oiseaux-tempête aiment survoler le ciel, cartographier terres et océans, et contempler le déroulement des choses, ce qui est, ce qui passe, ce qu’on réprouve et ce qu’on rêve. Et même si la pochette pose un symbolisme un peu (trop) lourdaud aux encoignures (putain de cliché, putain de lourd quoi !), ce qui reste pour moi, la seule faute de goût de cette fournée 2015, il s’y dégage un reflux de vent frais en pleine canicule. Un courant d’air étourdissant, non artificiel de chez Castorama, qui fait son petit bien à la face morne et rabougrie, à force de bières sorties du frigo.

Il y a quelque chose dans nos volatiles qui a trait à l’insaisissable, de l’abstrait et d’une beauté triste, échouée. Alors non, bien que des dossiers sur le post-rock soient sortis à droite et à gauche, je n’arrive pas à mettre une empreinte sur ce groupe qui semble être sorti de sa cage pour voguer là où il lui semble bon d’être.

Oui j’aime bien. Et alors ?

Jéré Mignon

http://www.oiseaux-tempete.com/

Ütopiya?
Oiseaux-Tempête
2015
Sub Rosa

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