NYCarré – Django’s Fusion Project

NYCarré – Django’s Fusion Project

C’est toujours une curieuse sensation que celle de chroniquer l’album d’un ami musicien. Il y a pourtant belle lurette que Dominique Carré et moi nous étions perdus de vue… Depuis l’époque où nous répétions ensemble avec Jean-Pierre Bailly, devenu depuis leader de Gancho Drom, l’ami Domi a creusé son sillon, excellant notamment dans le jazz manouche cher à son cœur et à ses cordes. Django’s Fusion Project est son cinquième album, sans doute le plus ambitieux. Pensez donc. Aller dans la Grosse Pomme pour y enregistrer un projet fusion manouche électrique et acoustique en hommage à Django Reinhardt, enrôlant rien moins que Mark Egan à la basse (Pat Metheny, Sting, Gil Evans, Stan Getz…) et Karl Latham à la batterie (Clark Terry, Slyde Hampton, Johnny Winter, Don Byron…). Auvergnat d’origine vivant en Bretagne, Dominique Carré est métisse dans l’âme comme dans sa musique, et cela s’entend sur ce projet.

Django’s Fusion Project est non seulement au croisement de styles musicaux (si le jazz manouche est en point d’orgue, l’album groove et respire également les quartiers sales de New York), mais du coup il vous fait voyager aussi bien dans un campement gitan que dans un bar branché de Rennes ou de Saragosse. Inspiré par l’immense Django Reinhardt, l’album contient trois titres du maître, détournés, triturés, mais respectés. Écoutez par exemple cette version groovy de « Flèche d’or » avec sa partie de batterie programmée et ses guitares lead doublées par la voix. Ou bien « Festival 48 » et son riff basse-guitare qui amène une suite d’ambiances et d’interventions variées et très dansantes. Ou encore la belle guitare acoustique qui amène une incroyable partie de basse de Mark Egan sur « Nuages »…

NYCarré Band

L’album s’équilibre avec un morceau de Carla Bley (« Lawns ») dont la retenue de l’original faisant place aux envolées du piano de Carla cède ici le pas aux belles guitares de Dominique. C’est un peu plus aérien, mais néanmoins délicat : de la belle ouvrage ! Au final, ce sont des compositions du sieur Carré qui occupent la majeure partie de l’album (5 titres). Et il faut bien dire que lesdites compositions originales sont à la hauteur de l’hommage. Dominique Carré y déploie ses qualités de compositeur et ses talents de guitariste d’une fort agréable manière. Du coup, ses propres titres, bien intercalés entre des reprises arrangées comme seuls des jazzmen savent le faire, prennent une dimension encore supérieure – écoutez par exemple l’excellent « New Town », sans doute un hommage à New York (et mon titre préféré), « Marcy » avec ses bruits de train et sa seule guitare héritée de Mike Stern, ou encore le tressautant « New Thing » pris entre blues et jazz manouche.

Si la couverture de l’album est magnifique, on aurait quand même apprécié que les parties écrites aient été plus soignées. C’est parfois, hélas, le défaut des productions concoctées un peu « à la maison »… Mais le contenu est tellement jubilatoire et bien ficelé que l’on passera l’éponge (mais c’est la dernière fois, Domi !). Django’s Fusion Project est un album qui nous sort des sentiers ordinaires des musiques calibrées, puisant de belle manière dans des inspirations variées et dépaysantes. À écouter, et bien entendu à acheter sur le site de Dominique Carré. Pour peu que vous ayez apprécié Django’s Fusion Project, vous aurez l’occasion de le voir et l’entendre sur scène, à Rennes ou ailleurs…

Henri Vaugrand

http://www.dominiquecarre.com

Découvrir l’album sur Deezer

Django’s Fusion Project
NYCarré
2015
Vilaine Figue

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