Nits – NEON

NEON
Nits
Werf Records
2022
Thierry Folcher

Nits – NEON

Nits NEON

Attention les poux sont de retour ! Pas de panique, il s’agit seulement de nos amis bataves de Nits qui achèvent avec NEON une trilogie commencée en 2017 par Angst et continué en 2019 avec Knot. Autant j’avais aimé les territoires envoûtants de Angst, autant j’ai été un peu désarçonné par certains côtés impénétrables de Knot. Alors, ce troisième épisode arrive à point nommé pour faire le bilan de cette aventure, légèrement chaotique certes, mais qui ne peut laisser indifférent. Tout d’abord, un petit rappel s’impose pour éclairer certaines lanternes bien pâles ou complètement éteintes. Nits (ou The Nits) est un groupe originaire d’Amsterdam dont les premiers témoignages musicaux remontent au mitan des années 70 pour se poursuivre sans interruption jusqu’à nos jours. Au total, une belle moisson de disques qu’il faut prendre avec délicatesse et beaucoup de patience. Entrer dans le monde de Nits n’est pas chose facile, car sa musique peut être autant chatoyante que sévèrement ardue. Mon premier contact je l’ai eu en 1992 avec l’album Ting, bien après les légendaires Adieu, Sweet Bahnhof (1984) et In The Dutch Mountains (1987) qui avaient fait sortir de l’anonymat ce groupe hors mode et hors tout. S’il fallait les installer dans une catégorie, ce serait certainement dans la pop qu’ils devraient figurer. Mais dans une pop non conformiste, loin de tout compromis et effets de mode. Nits c’est l’emblématique voix de Henk Hofstede, les percussions de Rob Kloet et les claviers de Robert Jan Stips plus un certain nombre de musiciens et d’artistes venus prêter main forte aux membres fondateurs. Je n’ai pas eu de coup de foudre avec Ting, il m’a fallu du temps pour l’aimer, pour que j’oublie de le rattacher à tout prix à quelque chose d’existant. Comme je le disais, ma patience a été récompensée et dès lors, Nits s’est installé dans un territoire secret qui m’enchante et me ravit (et me contrarie aussi de temps en temps), un endroit magique où il côtoie, entre autres, Tindersticks, The Album Leaf, Lambchop et même Robert Wyatt.

L’utilisation du mot « intellectuel » est délicat, surtout dans le monde de la musique populaire. Mais la démarche artistique de Nits, tout comme celle de ses collègues cités plus haut, n’est pas commune. Si on les situe dans des catégories alternatives et avant-gardistes du genre art pop, ce n’est pas pour rien. Ils ne se rattachent à rien de connu et c’est ce qui fait leur charme. On ne sait jamais à quoi s’attendre et on se doute bien qu’ils ne vont pas nous caresser dans le sens du poil. C’est cette incertitude, voire cette crainte qui interpelle et qui demande un effort intellectuel pas trop violent mais nécessaire. Malgré cela, je vous encourage à vivre l’aventure Nits mais si vous commencez par le fameux Knot, il y a des chances que vous quittiez le navire sur le champ et je comprendrais pourquoi. Je pense qu’il vaut mieux remonter le temps et se caler plutôt sur Les Nuits (2005), Strawberry wood (2009), sur Angst et pourquoi pas sur un Hits Nits (2000) particulièrement bien fourni. Mais aujourd’hui c’est NEON qui nous intéresse et qui va peut-être réunir tout ce dont je viens de parler. D’après les infos fournies par le groupe, le sujet de cette trilogie tourne autour de la vieillesse, des souvenirs anciens et de l’approche inéluctable de la mort. Pas très gai j’en conviens, mais comment échapper à ce genre de tourment lorsqu’on a dépassé les 70 ans pour nos trois héros. Et la musique de ce nouvel opus navigue effectivement dans un océan de nostalgie un peu « laid back » mais assez profond pour s’y noyer et ne plus vouloir remonter vers des choses trépidantes. Cela dit, c’est loin d’être mou du genou. « Sunday Painter » qui ouvre les débats se démène assez joliment avec un petit motif électronique, des percussions alertes et des paroles surréalistes bien fermées. Faut pas chercher à comprendre, voilà tout. On peut discuter des heures sur la poésie de Hofstede et n’arriver à rien. Moi j’ai abandonné et je me contente du son, des explorations rythmiques et électroniques, des jolies mélodies et de cette voix chaude qui fait l’identité de Nits depuis bientôt un demi siècle.

Nits NEON Band 1

Le tempo est léger mais soutenu et « The Ghost Ranch » en profite. Un soupçon d’Interstellar, une pincée de Françoise Hardy (lorsque Robert Jan Stips prend le chant), un enrobage de petites trouvailles à la guitare et aux claviers pour aboutir à une jolie ritournelle dans le plus pur style Nits, jamais à court d’idées. Ces deux premiers titres étaient sortis il y a quelques mois et semblaient présager d’un futur album plus enlevé et plus ordonné que le précédent. « Spoken » qui enchaîne juste après va vite calmer tout le monde et plonger l’auditeur (un peu déçu ?) dans les affres d’une pop souterraine, à peine chantée et moins accessible. Mais bon, on est chez Nits et tout cela fait partie de la routine. « Beromünster » (lui aussi, sorti en single en 2021) ressort la tête hors de l’eau mais tout juste. C’est à cet instant que j’ai arrêté d’espérer un nouvel Angst et de voir NEON comme la rédemption de Knot et de son arsenal déstructuré. NEON doit vivre sa vie en tant que petit dernier d’une fratrie à la fois soudée et dissemblable. « Beromünster » est malgré tout une belle histoire d’amour que le décor installé par les musiciens rend délicate et sincère (I was handsome You were beautiful – J’étais beau Tu étais belle). Ici les paroles sont faciles à décoder, alors ne nous en privons pas. Je dois préciser, un peu tard à mon sens, que ces trois albums ont été conçus lors de longues séances d’improvisations et que les chansons ont été assemblées de façon plus ou moins évidente. Ceci explique peut-être cela. Enfin, peu importe la manière de travailler si à l’arrivée le talent des trois musiciens nous offre quelques bons moments capables de remporter la mise. Fort de cela, la compréhension de NEON (et de ses grands frères) devient un peu plus limpide. On perçoit alors les petites vignettes musicales sur lesquelles des arrangements luxueux (« Lino Bo Bardi », « Mantelpiece »), plus sobres (« Peninsula », « Peugeot 504 ») ou carrément minimalistes (« Neon », « Spoken », « Tremolo ») ont pu être posés. La plupart du temps, ce genre de collage laisse perplexe et condamne les œuvres à rester dans un univers élitiste bien cadenassé. Chez Nits il n’en est rien et tout se fond dans un ensemble qui arrive à être cohérent et surtout abordable sans grimace. Pour preuve « Shadow Letter » que l’on a du mal à croire sorti d’une séance d’impro. On retrouve sur ce titre tout le charme d’une chanson bien écrite qui peut rejoindre sans crainte les petites perles de Nits. Il y a du souffle, de l’entrain, de la conviction et à l’arrivée un grand bonheur pour l’auditeur.

Nits NEON Band 2

Le disque se termine avec le jazzy « When A Tree » et le poignant « The Weaver » qui insiste sur le temps qui passe, sur le temps qu’il reste et sur les travaux que l’on ne pourra achever. On sent, bien sûr, une forme de détresse dans ces propos et même une possible abdication. Les jours de Nits seraient-ils comptés ? On veut bien croire que non mais il faut être lucide, les grands monuments sont déjà construits et ne seront, pour la majorité d’entre eux, jamais égalés. Il nous reste, et c’est là l’essentiel, une trilogie toute neuve qui malgré quelques approximations a vraiment fière allure.

http://www.nits.nl/

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