Neurosis – Sovereign

Neurosis – Sovereign

Hum… Compliqué de passer à côté de celui-ci quand on s’attaque à la disco du titan Neurosis, même si on ne veut pas. Qu’on aime ou qu’on rejette en bloc ce disque, il a une valeur en soi, historique et stylistique. Hué et conspué à sa sortie par les Die-Hard fans, « Sovereign » sentait un peu le pâté à l’époque. Seulement voilà, il y plus de dix ans qu’il est sorti le moustique, et du chemin a été fait. Les esprits ont évolués, du moins chez certains. Judicieux donc, de revenir quelques années en arrière avec un troisième œil neuf. « Sovereign » sent le réchauffé, certes, les titres proposés sont en réalité des chutes du monstrueux « Times of Grace« . Trop mous pour ce dernier, trop éloignés dans leur écritures, aussi, du bloc que constituait cet album. Moins frontaux, plus feutrés, un peu « autres », bref, difficiles à situer. Neurosis joue sur les ambiances, son flux ne se fait plus masse, mais vise à une certaine épure comme on enlève la terre glaise d’une sculpture au couteau. Une rage contenue et maîtrisée qui préfère laisser venir les choses au lieu de les amener de force.

Une frontière qui s’impose d’elle-même dans la carrière du groupe. Ce n’est pas un EP, mais le mini-testament d’une période. Même si « Prayer », titre d’ouverture, fait toujours mou du genou en déambulateur (remodelé un an plus tard), la suite s’avère plus jouissive. Rhaaa… Le plaisir d’une production Steve Albini, les voix plus posées, concédant une chaleur finalement très humaine, inquiétude et acrimonie, notes de guitares tendues et atmosphériques et, surtout, une propension de sonorités électroniques abstraites, rocailleuses, qu’on pensaient cantonnées à « Tribes Of Neurot« , sans oublier le tribal et terrifiant « Flood », pièce univers se suffisant à elle seule. En fait, ce n’est pas qu’une compilation choupinou de chutes, c’est la première clause de ce qui va advenir du groupe. Plus réfléchi, moins lâché en apparence, un climat mélancolique et suffocant mis en avant, bien que restant au stade d’étude avancée.

Bon, alors, dix ans après ? Non les potos, « Sovereign » ne méritait pas vraiment le triste sobriquet de purge. Personnellement, je trouve qu’il passe bien le cap des années et qu’il acquiert avec le temps une plus grande importance dans la perception qu’on se fait de Neurosis. Pour trouver la pulpe du fruit, il faut bien enlever les différentes couches et carapaces, faire le geste, l’effort, et finalement, se laisser abandonner. Une page se tourne.

Jérémy Urbain (7/10)

http://www.neurosis.com/

Sovereign
Neurosis
2000
Neurot Recordings

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