Nell – The Pace Of Life

The Pace Of Life
Nell
Autoproduction
2021
Rudzik

Nell – The Pace Of Life

Nell The Pace of Life

Ça fait toujours du bien de se replonger dans les racines des musiques que l’on aime et surtout celle qui en est la base commune : le blues rock. Nell (Ornella pour les intimes) est de celles qui perpétuent ce genre. Cette touche-à-tout surdouée (c’est une autodidacte de pratiquement tous les instruments de musique et même des outils de making-of), issue d’une grande famille de musiciens, a débarqué sans prévenir dans mon scope musical et bien lui en a pris.

Dès l’âge de dix ans, Nell a fait ses gammes en se plongeant dans les reprises avant de monter son propre groupe en 2008 : Former Life (rock/metal alternatif). En 2013 et après trois albums, notre parisienne a choisi de s’émanciper des difficultés à motiver ses musiciens pour repartir en solo, car comme on dit, les problèmes techniques ont toujours une solution ; par contre, les problèmes humains sont une autre paire de manches. Elle est partie ainsi à la recherche d’un public et de racines en road trip musical à travers la France pendant l’été 2013 et en revint pleine d’idées plus personnelles. Pourtant, « chassez le naturel… » et Nell, tout en conservant son patronyme, s’est mise à collaborer en duo avec le guitariste-arrangeur Marco Stefanelli pour sortir en 2017 un album dont le titre Not That Sleek image bien de son authenticité. Le mouvement étant en route, Nell (le groupe) est passé ensuite à un trio puis à un quatuor depuis l’année dernière grâce à la session rythmique composée de Nicolas Marsal (basse) et d’Etienne Lagarde (batterie). Nell (Ornella) officie également dans le groupe de reprises 100% féminin Kill the Princess et dans le groupe de rock alternatif Deaf Crisis, dont elle est la batteuse.

Nell The Pace of Life band1
Venons-en à cet EP de Nell, The Pace Of Life. Il a fait partie de ces projets retardés par les contraintes dues à la pandémie, mais, du coup, a pu être mûrement peaufiné surtout en ce qui concerne les vocaux. Pourtant, l’enregistrement a lui été bouclé à la hussarde et en autarcie en août dernier (« The Call Of Rhythm » a été en partie écrite et composée pendant cette résidence et ses textes ont même été finalisés la veille de l’enregistrement), et c’est seulement maintenant que The Pace Of Life sort. Il signe un retour à une musique plus électrique après des années consacrées à l’acoustique, une façon somme toute judicieuse et classique de se ressourcer aux racines du blues rock avant de réétoffer sa musique. Oh ! N’allez pas imaginer que les décibels ont été lâchés comme des lions trop longtemps restés en cage. Nell nous offre cinq titres sur lesquels le chant, les textes et la guitare acoustique se taillent la part… du lion bien sûr, l’électrique leur donnant juste ce qu’il faut de puissance. Ces titres sont pour la plupart des réinterprétations intimistes de morceaux nés au début de la carrière de Nell, d’où leur fraîcheur. Nell a une « VOIX », de celle sortant des tripes et qui a du coffre sans forcer le timbre. Celle-ci et son parcours, me rappellent un peu Virginie, la leader de Little Big 6ster qui avait représenté une découverte surprise pour moi dans un petit festoch local. Comme dans le refrain de « The Call Of Rhythm », Nell « feels those tingles rise from inside », c’est indéniable et nous aussi d’ailleurs même si on serait bien incapables de l’exprimer avec autant de talent vocal. Les titres de The Pace Of Life sont donc des tranches de vie racontées à un pote comme un partage sans retenue et à la bonne franquette en échangeant quelques mousses, des moments devenus rares. À cet égard, « Mom » dont les textes semblent lorgner du côté du complexe d’Oedipe et « Six Years » qui célèbre une relation amoureuse murie et désormais épanouie sont les morceaux les plus personnels écrits par Nell.
Musicalement, ça groove gentiment et efficacement avec cette palette rooty alternant le blues bien syncopé (« The Call Of Rhythm ») avec du rock mâtiné de slide guitar (« Mom »), du blues « longe » (« Six Years »), du country rock (« Figure Out (Je Tombe) ») et même avec un côté plus dark pour « I Forgot To Be Pretty » exprimant la misogynie dans le monde du spectacle. La chanson « Figure Out (Je Tombe) » mérite un petit coup de projecteur. Elle n’est pas écrite par Nell mais par son meilleur ami, Damien, les deux l’interprétant en duo et en alternant les textes anglais et français, une vraie réussite dont l’interprétation procure moult frissons de plaisir. Celle-ci a fait l’objet d’un clip réalisé par l’épouse de Nell tout comme « I Forgot To Be Pretty », une chanson figurant déjà sur le premier album de Nell réarrangée avec son refrain passé de majeur en mineur et transformée d’un titre très pop en un morceau blues-rock. The Pace Of Life a été mixé au studio du bassiste Nicolas, également ingénieur son. Il s’agit donc d’une totale autoproduction.

Nell The Pace of Life band2
En réécoutant en boucle l’album tout en écrivant cette chronique (ainsi, je vous dévoile donc un peu ma méthode de travail), je mesure combien c’est la voix de Nell qui a attiré mon attention et m’a ensuite distrait pendant toute la rédaction de la présente prose, à tel point que j’ai parfois dû lui « couper le sifflet » pour en retrouver le fil. C’est bien connu, les mecs ne savent pas faire deux trucs en même temps. Alors, si cette voix a pris le pas sur ma concentration, je suis persuadé qu’un auditeur alléché par ces quelques lignes sera comme moi piégé par la toile musicale tissée implacablement par « Spider » Nell et ne parviendra à s’en dégager qu’en toute fin d’EP. Un conseil : si vous voulez avoir une chance de retrouver votre indépendance auditive, n’activez donc pas la relecture automatique.

www.nellsounds.com
https://www.facebook.com/Nellsounds

 

3 commentaires

  • Merci tellement pour cette chronique! Ca fait chaud au cœur!

  • Ouahhh Rudzik !!!

    Qu’est ce que j’aimerais savoir causer et écrire sur la musique comme toi…ne serait-ce qu’une bribe d’instant !!!

    Je viens de lire ta Chronique 3 fois et je n’en ai pas encore capté toute la substantifique moëlle 🙂 …

    Alors, au diable mon indépendance lecturale… je n’en retiendrai que la formule :
    « Nell a une « VOIX », de celle sortant des tripes et qui a du coffre sans forcer le timbre. »

    Oui, Nell une nana qui en a … de la VOIX !!!

    @t… alain le sténanais

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