Mono & World’s End Girlfriend

Mono & World’s End Girlfriend

Mono est un groupe japonais originaire de Tokyo qui fait son apparition sur la scène rock internationale au tout début des années 2000. La genèse du combo démarre en janvier 1999, à l’initiative du guitariste Takaakira Goto. Partiellement influencé par le travail de Loren Connors, autre guitariste underground, improvisateur adepte d’expérimentations acoustiques et électriques, Goto compose seul ses premières démos instrumentales. Durant l’année en cours, le musicien recrute un second guitariste, puis un bassiste et un batteur pour former ce qui allait véritablement devenir le son « Mono ». Et ce son justement, on leur reprochera souvent de l’avoir emprunté, pour ne pas dire pillé, aux formations post-rock anglo-saxonne telles que A Silver Mount Zion, Godspeed You Black Emperor, et surtout Mogwai. Bref, ces groupes qui ont détourné l’instrumentation propre au rock pour la faire sonner autrement, et aboutir à une sorte de musique classique des temps modernes qu’on qualifie d’ailleurs très souvent de « rock de chambre ». Et si l’expression prête à sourire, elle définit assez bien le genre au final.

La recette de Mono est donc la même que celle de ses très doués congénères, à quelques ingrédients près. Les cordes sont souvent les vedettes (guitares, violons, violoncelles), le piano peut faire son apparition ici et là, et les touches électro se veulent on ne peut plus discrètes. La structure des compositions est identique également, à savoir basée sur le développement de motifs guitaristiques simples, épurés, souvent répétitifs et mélancoliques. Entre orage et accalmies, la musique se déploie majestueusement à travers de longues plages instrumentales, pour aboutir à un climax grandiose et puissant, tout en riffs, martèlements rythmiques et saturations. D’album en album, tel est le propos de Mono, qui éprouve en effet quelques difficultés à se renouveler. Entre « One more step and you die » (2003) et « You are there » (2006), essayez-vous donc au jeu des différences, vous n’allez pas en trouver beaucoup.

J’allais presque me désintéresser totalement du quartette nippon jusqu’à ce que « Palmer Prayer/Mass Murder Refrain » n’atterrisse tout récemment dans ma platine. Et là, ce fut à nouveau l’enchantement. Pour réaliser ce chef d’œuvre inattendu, Mono s’est adjoint les services d’un autre musicien japonais (un bidouilleur de sons proche du style Aphex Twin) connu sous le nom de World’s End Girlfriend. Changement de cap, le post-rock dynamique cher à la formation du même genre fait place ici à une sorte de musique néo-classique privilégiant les climats sereins et planants. Construite en cinq mouvements distincts, cette symphonie moderne est une véritable merveille, tout en finesse, nuances et émotions brutes.

L’œuvre est introduite par une longue suite sombre et mélancolique, où violons et violoncelles s’entremêlent et se superposent, jusqu’à l’apparition d’une complainte à la guitare qui ne vous lâchera l’esprit qu’une bonne heure plus tard (quand elle ne résonne pas dans la tête au-delà !). L’univers envoutant d’un Gavin Bryars n’est pas bien loin. Si la seconde pièce reste imprégnée d’étrange sérénité, la partie trois reprend le thème initial pour le distendre à répétition jusqu’à un final grandiloquent qui vous laissera sans voix. Piano et chœurs aériens font leur apparition dans une quatrième partie à l’atmosphère quasi-religieuse, avant l’apothéose orchestrale qui conclut, du haut de ses 20 minutes, ce disque tout à fait exceptionnel.

Avec « Palmer Prayer/Mass Murder Refrain », Mono signe son album le plus intense et le plus marquant, tout en apportant un second souffle à son propre style qui en avait grand besoin. Avis aux amateurs d’expériences musicales fortes, vous n’allez pas être déçus.

Philippe Vallin (10/10) 

Palmer Prayer/Mass Murder Refrain
Mono & World's End Girlfriend
2006
Humain Highway

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