Mogwai – Les Revenants

Mogwai – Les Revenants

Maintenant que l’apocalypse a eu lieu, enfin,  on ne sait pas trop, il faut bien que les morts reviennent. Quelle plus belle et cruelle crainte de voir revenir chez soi un proche, un ami, un membre de la famille pourtant décédé et réclamant sa part d’existence, son droit d’être là, simplement là. Un dilemme assez horrible en soit, tout en étant un argument mélancolique et une thématique philosophique percutante. Mogwai a été choisi pour illustrer les aléas de ces « morts » brutalement revenus à la vie dans la série ayant fait le buzz l’année dernière (après un film assez catastrophique dans son genre made in France). Il est vrai que la musique des Ecossais ne pouvait que s’accorder à l’ambiance sombre et triste couvant les huit épisodes de cette première saison. Ce que je craignais, c’était la qualité de ces enregistrements, parce qu’après la découverte des versions non mixées, j’étais disons… plutôt sceptique. Sans compter que les derniers efforts studios du groupe ne m’avaient indubitablement pas touché, un comble pour LE groupe pouvant faire décrocher des larmes avec juste quelques notes de guitare et une fureur mélodique décuplée. Si vous n’êtes pas d’accord, contactez-moi. Mais bon, on aime quand même Mogwai, donc on tente, et là, je dois dire, c’est payant. Non que le groupe nous pond un chef-d’œuvre, loin de là, mais un disque sincère, et par là touchant, qui évite toute forme d’illustration et qu’on écoute sans nécessairement se reporter à la série. Gage de qualité, cela va de soi.

« Les Revenants », c’est la bande-son de la mélancolie, celle qui se construit par fragments (les titres sont assez courts), pièces de puzzle indépendantes dont seul l’esprit est en mesure de faire l’assemblage. Des moments de contemplations glacés qui n’auraient pas dépareillés dans un film de Michael Mann (le groupe a déjà par ailleurs orné certains passages de « Miami Vice »). Une ambiance éthérée, mélancolique (vous avez vu les tronches qu’ils tirent dans la série ?) à se poster au bord d’une falaise, qui sait faire mouche à défaut de vraiment nous transporter. Je reconnais bien là des passages subjuguant, allant à merveille lors de mes promenades nocturnes, ou lors d’un trajet en bus quand je rentre du taf. Ca me suffit à déconnecter un tant soit peu, et personnellement, j’aime me mettre dans ce brouillard parce que c’est clairement efficace. On pourra regretter l’absence d’une montée d’adrénaline, n’ayant pas conceptuellement sa place dans le rythme cotonneux de la série, comme ce titre chanté qui casse littéralement l’atmosphère construite, foutrement et particulièrement mal placé dans le tracklisting de l’album.

Si on évite cet écart, « Les Revenants » est un disque rassurant, qui prouve quelque part que ce style de rock alternatif peut encore se faire une place et, par-dessus tout, émouvoir, telle une frêle main qui frappe à ma porte. Je dois répondre et affronter mon passé, veuillez m’excuser.

Jérémy Urbain (7,5/10)

http://mogwai.sandbag.uk.com

Les Revenants
Mogwai
2013
Rock Action Records/PIAS

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *