Mike Oldfield – Return To Ommadawn

Mike Oldfield - Return To Ommadawn

À chaque fois que Mike Oldfield revient avec un nouvel album, c’est une certaine euphorie mêlée d’inquiétude qui s’empare de la rédaction de Clair & Obscur ! Il faut dire que sa dernière production en date, Man On The Rocks (2015), avait jeté comme un froid tellement elle était décalée par rapport aux canons de la musique oldfieldienne. Eh oui, Oldfield est devenu un classique, un de ceux qui ont marqué la musique contemporaine. Alors, un Oldfield moins bon, on veut bien, mais un Mike trop pop, on est plutôt dubitatif (même si sa carrière est jalonnée de succès sucrés, notamment ceux avec la délicieuse voix de Maggie Reilly).

Alors, quand on nous annonce un Return To Ommadawn, le poil se hérisse, la lippe pend, l’érection pointe… avec un petit coin du cerveau qui dit quand même : « Eh, attends un peu, on a déjà eu Tubular Bells 1, 2 et 3 ; ça sent l’arnaque, le réchauffé, p’têt même la rédemption bien calculée ! » Il est pas con le cerveau, il se dit qu’on lui a déjà fait le coup du retour aux sources et des vieilles recettes, parfois éculées et pas toujours de bon aloi (j’ai des noms en tête, mais je vais rester respectueux envers certaines icônes). Et même si c’est Mike Oldfield et qu’on l’adore, faudrait pas nous prendre pour des canards sauvages, non plus !

Mike Oldfield

Il a donc fallu laisser passer un peu de temps avant de se lancer dans ce commentaire, histoire de multiplier les écoutes, d’affuter les arguments, de faire fondre certains contre-arguments, bref d’essayer d’être juste avec le retour annoncé du maestro. Et puis, on a également dû assumer la chronique d’un album dont la charge aurait sans doute échu à Philippe Vallin, tant il aimait Oldfield et ô combien il était impatient, et anxieux à la fois, de découvrir ce rétropédalage de 42 ans ! Car Ommadawn, ça nous renvoie quand même en 1975. À l’époque, l’analogique était roi et les artistes reconnus passaient des mois en studio pour peaufiner leur ouvrage, dépensant les sommes folles générées par leurs royalties ou les avances sur recettes d’une industrie discographique alors à son apogée (financièrement, mais aussi parce qu’elle prenait encore des risques artistiques…). C’est ce qu’a fait Oldfield – penchez-vous sur les conditions de réalisation de ce dernier opus de la trilogie inaugurale, c’est truculent et ahurissant – quasiment seul, et le cerveau un peu chamboulé après le succès aussi immense qu’inattendu de Tubular Bells (et un non moins magnifique Hergest Ridge pourtant moins bien perçu à l’époque, ce qui avait mis une belle arête en travers de la gorge du Mike), mais également par le décès de sa mère, Maureen. Et puisqu’il a titré son nouvel opus Return To Ommadawn, c’est bien à l’aune du disque magique des seventies qu’il convient mesurer ce nouvel album… ou pas !

Et ça commence mal quand on découvre la pochette. Celle de 1975 (due au talent du photographe David Bailey) voyait un Mike Oldfield derrière une fenêtre avec un léger flou de vent et de pluie sur un filtre vert tout à fait réussi, correspondant à la fois à l’album et à l’état plutôt dépressif du créateur à cette époque. Là, on se demande si on est dans Game Of Thrones ou si c’est le visuel d’un nouveau jeu pour console Nintendo ! À moins qu’il n’y ait une symbolique à trouver derrière cette sorte de cité-monstre rétro-futuriste vers laquelle reviennent le guerrier et son cerf qui nous tournent le dos au premier plan… Ou bien, comme une référence au refrain de « On Horseback » (dont des bribes sont réutilisées dans ce Return…) : « Hey and away we go / Through the grass, across the snow / Big brown beastie, big brown face / I’d rather be with you than flying through space. » Je cherche encore… Mais, à l’instar d’une friandise, c’est souvent à l’intérieur de l’emballage que l’on trouve l’objet délicieux de notre gourmandise.

On pourrait en faire des tonnes sur l’utilisation d’une liste impressionnante d’instruments, souvent acoustiques, sur la comparaison avec tel ou tel autre album (ou partie d’album) de Mike Oldfield, sur le fait de savoir si c’est plutôt ce disque ou bien Amarok (1990) qui serait un véritable Ommadawn Part Two, ou si Tubular Bells 2 (1992) n’est pas meilleur que ce Return… On pourrait à la fois s’émerveiller et s’agacer devant tant de magnifiques passages et autant de futilité et de nonchalance dans d’autres, tout comme sur la construction, assez ressemblante à celle de 1975. On pourrait s’amuser à comparer cet opus du maître avec les hommages récents et appuyés du disciple Robert Reed (Sanctuary, et Sanctuary II). On pourrait…

Mike Oldfield

Mais en fait, je m’en fous un peu. Return To Ommadawn n’est certes pas au niveau d’Ommadawn (comme pour Philippe, celui-là est un de mes albums préférés de tous les temps). Ou plutôt, il en serait une sorte d’épure inversée, tellement la tension de l’album de 1975 cède la place au relatif apaisement de celui de 2017. Néanmoins, il recèle de ces jolis thèmes dont Oldfield est un des meilleurs orfèvres. Il distille de ces guitares que l’on n’entend que de sa part, tant par le style, le jeu et le son, que par leur placement dans le mix (écoutez ces lignes mélodiques en fond). Il illumine ainsi par la qualité de l’enregistrement et du mastering. Il monte en puissance, avec notamment une fin de « Part I » et une « Part II » excellentes – ah, ce final digne d’une sonate. Il n’est pas parfait : Mike a laissé traîner quelques accrocs et même de rares fausses notes, au lieu de refaire inlassablement les parties incriminées ou de les « arranger » grâce à la technologie à disposition (ce en quoi il a bien eu raison, les albums irréprochables peuvent être d’un ennui abyssal). Dans le même temps, il peut énerver. Parce que l’on attend toujours plus de Maître Oldfield que de simples bidouillages et échantillonnages de voix de l’opus de 1975. Parce que l’album porte à la fois très bien et si mal son titre. Parce que la promo est si bien ficelée qu’il n’y a pas moyen d’en entendre quelque chose d’officiel à part quelques ridicules secondes sur les sites de vente ou de téléchargement (raison pour laquelle vous n’avez aucun lien en bas de cette chronique, il va vous falloir aller à la pêche – allez, je vous aide un peu, vous trouverez des miettes sur la page Facebook de Mike). Parce que son auteur n’en a plus grand-chose à foutre, isolé, visiblement apaisé et peinard qu’il est désormais, installé aux Bahamas. Parce qu’il a bien raison, face à ce monde de déjantés, de nous proposer sa musique, une de celles, relativement rares, en capacité de nous faire accroire à quelque beauté en ce monde…

Voilà, in fine, pourquoi cet album est quand même pour moi un « coup de cœur » – même s’il mériterait également un petit « coup de gueule ». Il n’empêche. Return To Ommadawn est un de ces disques que j’écoute et écouterai souvent, en dépit du flot de décibels que je dois ingurgiter, parfois jusqu’à la nausée ! Au moins, comme un plongeon dans l’océan ou une balade à cheval apportent leurs bienfaits, Return To Ommadawn nous invite à recouvrer la quintessence de la musique de l’âge d’or… Alors, si vous aimez Mike Oldfield, si vous êtes fan du folk New Age dont il est, après tout, l’initiateur, précipitez-vous, les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes sur un Return To Ommadawn qui vous comblera de ravissement, et apportera à celles et ceux qui connaissaient Philippe une pensée et un sourire ! En attendant le Tubular Bells 4 annoncé…

Henri Vaugrand

http://mikeoldfieldofficial.com/

https://www.facebook.com/MikeOldfieldOfficial/

Return To Ommadawn
Mike Oldfield
Virgin EMI
2017

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