Merzbow/Pandi/Gustafsson – Cuts

Merzbow Pandi Gustafsson – Cuts

Ça commence par une pochette, magnifique, qui saute aux yeux. On prend l’objet entre les mains. Bigre ! Mais c’est beau tout ça, ça donne envie. Dessus, on trouve les noms de Gustafsson, Merzbow et Pandi (photos à l’appui en mode répète garage). Il m’en faut pas plus. Et là… Que ceux qui voient le jazz uniquement en tant qu’orchestre alignant des gammes qui font plaisir dans les fêtes de quartier peuvent passer leur chemin et stopper net la lecture de cette chronique. Ici, on parle d’esprit jazz, d’improvisations marathons, d’expérimentations acérées, de triturations et autres modulages soniques. Peut-être même que John Coltrane et Don Cherry aurait approuvé cet album s’ils étaient encore de ce monde. Suite logique. Nouveaux matériaux, nouvelles pistes, nouvelles manières de faire. Ici, chaque instrument est aussi distordu qu’une peinture de Dali passée à l’acide. Ça fond, ça coule du larsen, ça dégouline même, voracement. Agressif, sans repères (à tel point qu’une annotation est faite sur chaque vinyle concernant la vitesse à employer). Avec Merzbow, matière boucan de plasticien, on sait à quoi s’attendre.

Miracle ! Le Japonais ne bouffe pas l’espace aux autres comme il a la fâcheuse habitude. Cohésion dans un volcan en éruption, lave et poussière retenues par une batterie calée au poil près. Contrôle, exténuements, comme si la matière était trop dense, incapable à maîtriser. Brancher des potards, laisser le souffle électrique bequeter dans une aspiration cannibale. Montées déchirantes, une violence des sens quasi ininterrompue. Oh, il y en a qui vont détester ce disque. Balancer tel Jean-Pierre Coffe : « Mais c’est de la meeerde !!! C’est pas de la musique ça ! Mais où allons nous les enfants ??! ». Surtout que le saxo strident fou de Gustafsson n’apparait pas avant le troisième titre, ce dernier s’employant auparavant aux live electronics. Ce n’est pas le type de cuisine auquel on est habitué sur les bonnes tables, certes…

Il n’empêche, c’est sur ce type de galette qu’on ressent le danger, l’immédiateté, l’éclat de folie démesuré. Construire alors que tout s’effondre pour, au final, façonner, pierre par pierre, une cathédrale abstraite, confuse et rageuse, un agrégat de sons bruts et de protons incandescents qui tient miraculeusement sur un fil. Ce fil, c’est celui de Pandi, batteur extraordinaire (ayant déjà tâté du Merzbow, de fait un véritable entretien d’embauche) donnant le mortier à cette  masse informe à sens unique. Sans lui, « Cuts » ne serait qu’un disque de noise, certes érigé dans sa démesure retentissante, mais sans points d’accroches, une bête fauve qui irrite et assaille sans temps mort.

Aussi, cet objet se case tranquillement entre la noise tellurique à sifflement variable et l’esprit jazz, free, multiple, n’ayant pas peur de dépasser limites et barrières de ce petit monde sensible. Car il n’existe pas plus libre et revendicateur que noise et jazz. Nul carcan, nul codes, seulement l’énergie destructrice/créatrice qui fracasse et déferle. Une expérience franchement folle, sombre, désintéressée…

Jérémy Urbain (7,5/10)

http://matsgus.com/
http://merzbow.net/

Cuts
Merzbow/Pandi/Gustafsson
2013
RareNoiseRecords

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