Max Richter – Memoryhouse

Max Richter – Memoryhouse

« En cette fin de siècle, la musique se réinvente, loin des futurismes obsolètes, par une quête de simplicité et de profondeur ». Cette profession de foi signée d’une plume maîtresse par le musicologue Jean-Pierre Lentin semble à l’évidence guider l’œuvre de Max Richter. Vous ne connaissez peut-être pas ce nom, mais vous avez déjà très certainement entendu la musique de l’artiste, grâce au cinéma notamment, celui-ci ayant signé quelques bandes originales ou simples pièces pour des films majeurs tels que « Shutter Island » (du grand Martin Scorsese), « Valse Avec Bachir », « Perfect Sense » ou encore l’excellent « Wadja », sorti en salles plus récemment. On lui doit également une incroyable relecture des « Quatre Saisons » d’Antonio Vivaldi avec « The Four Seasons Recomposed By Max Richter » sorti en 2013 chez Deutsche Grammophon, excusez du peu. De cette œuvre incontournable du patrimoine baroque, Richter s’en est allé puiser l’essence ultime, pour la recomposer en une partition épurée, résolument ancrée dans la modernité, surprenante d’audace, de beauté et d’intelligence créative.

Mais venons en à l’ouvrage qui nous intéresse ici, et pas des moindres sachez-le. Notre compositeur germano-britannique de musique néo-classique et électronique contemporaine, rattaché donc au mouvement « post-minimaliste », cultive sur « Memoryhouse » un raffinement extrême allié au plus grand dépouillement, et impose la force de mélodies lumineuses d’évidence. Sorti à l’origine en 2002, cet opus magistral, très vite épuisé, bénéficie aujourd’hui d’une réédition splendide et fort bienvenue, parmi d’autres albums de très haute volée (« The Blue Notebook », « Songs From Before », « Infra ») également re-pressés au format CD.

Fort d’une étonnante culture mélodique et texturale, l’esthète Max Richter juxtapose, avec un doigté raffiné, des pièces atmosphériques éthérées riches en émotions (le superbe morceau d’ouverture « Europe » et ses ruissellements de pluie) avec d’émouvantes mélodies minimalistes (« Laika’s Journey », « The Twins (Prague) », « Andras ») et des tableaux cinématiques teintés d’une gravité ascétique et d’une profondeur méditative de tous les instants (les sublimes « Maria » et « Sarajevo »).

On tient là une musique de l’âme, troublante et sensuelle, évoluant en dehors de toute contrainte et de toute époque, dans un espace à la fois immémorial et immédiat. « Memoryhouse » est un ouvrage finement orchestré où sonorités classiques (cordes, piano, voix…) et électroniques (toujours discrètes et racées) se confondent jusqu’à la perfection. Un bijou absolument indispensable, à plus forte raison si vous êtes déjà sensible au travail de « plasticiens des sons » tels que Philip Glass, Brian Eno, Richard Skelton, Arvo Pärt, Steve Reich et autres Nils Frahm. Bouleversant !

Bertrand Pourcheron & Philippe Vallin (10/10)

http://www.maxrichtermusic.com/

Memoryhouse
Max Richter
2002/2013
Fat Cat (Réédition)

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