Mass Hysteria – Matière Noire

Mass Hysteria  Matière Noire

Bon, on ne va pas se leurrer, se mettre la tête dans le sable, faire l’autruche, dévier le regard, se fermer les yeux, se faire des illusions, se raconter des histoires ou tout autre synonyme : la musique francophone, ce n’est pas tout le monde qui aime (j’oserais même dire qu’une majorité déteste). C’est dommage, mais c’est un fait plutôt vérifiable. Il n’y a qu’à comparer les ventes de musique franco versus les ventes de musique anglo pour en faire le constat. Certains affirment trop entendre les paroles et perdre la musique de vue (que voulez-vous, ça prend de tout pour faire un monde), alors que d’autres sont simplement agacés par le découpage des mots, ce que l’on appelle les pieds. Je suis de ceux-là. « C’est moins harmonieux, ça coule moins bien… « . Je suis aussi de cet avis. Or, il ne faut pas non plus demeurer borné. Il existe de la musique francophone respectable comme il existe de la musique anglophone de facture carrément détestable. Il faut se le dire : la langue ne fait pas la musique! Je suis du type ouvert, toujours curieux d’en entendre plus. Je suis aussi du genre à mettre mes préférences et mes préjugés de côté. Dans le pire des cas, je me dis seulement : « Allez, écoute, donne-toi la peine d’essayer. Dans le pire des cas, tu appuies sur le petit bouton avec un carré dessus (le fameux bouton « stop »), et c’est marre ! ».

L’éditeur du webzine Daily Rock m’a demandé cette semaine de couvrir le nouvel album de Mass Hysteria qui sortira le 23 octobre prochain. Et bien honnêtement, je lui ai répondu d’emblée : « bah ouais, d’accord, je n’aime pas trop la musique en français, mais je peux bien donner un coup. Faut voir ! ». Vrai comme je vous le dis. Eh bien, une fois encore, belle découverte que je n’aurais pas fait par moi-même. À l’usure, je crois qu’on va m’avoir. J’ai couvert Anonymus (un groupe du Québec que j’adore), Orakle, Ragaraja et maintenant Mass Hysteria. Et ça n’a pas été une torture; au contraire ! Moi qui aime la crasse, l’électricité, la violence musicale contrôlée, les textures auditives, les textes intelligents et lucides, j’en ai eu pour mon argent.

Mass Hysteria Band

« Matière noire » est le huitième album de la formation française. Personne ne pourra leur apprendre leur métier. Mass Hysteria, c’est une institution, littéralement. Et bien que la musique francophone me laisse parfois perplexe avec ses lieux communs, son manque d’audace ou son énergie déficitaire (du moins, avec la musique franco qui joue à la radio), j’ai dû remettre mes idées reçues au rancart. Car le nouveau de Mass a de la gueule, du culot et du voltage !

Je ne suis pas un fan de la première heure; je les connais cependant de réputation. J’ai donc eu à faire mes classes et faire l’écoute des albums les plus récents du groupe pour me faire ma propre idée. Comme certaines personnes qui saisiront le train au passage comme moi, je fus ébahi par la remarquable efficacité de leur composition, demeurant un instant fixé sur « Failles » (2009) et « L’Armée Des Ombres » (2012) avant de me lancer la tête première dans le métal monolithique et gargantuesque du nouvel album. J’ai apprivoisé la musique du groupe une pièce à la fois, sans hâte. Je n’ai donc pas fait un saut de l’ange sans filet ni harnais.

Et puis, si je connaissais peu ou pas leur musique, je n’étais pas en terre inconnue pour autant. J’ai perçu un tas d’influences dans la nouvelle mouture de Mass Hysteria. J’ai d’abord vu dans les claviers de « Vector Equilibrium » quelque chose de CNK (aussi connu sous les noms de Count Nosferatu Kommando et Cosa Notra Klub), une formation métal industriel française dont le propos et la formule musicale sont tout sauf superficiels ou puérils. Je n’ai également pu m’empêcher de faire le rapprochement entre certains de mes groupes préférés dans le métal industriel tels que KMFDM, Rammstein et Marilyn Manson (à une certaine époque).

Puis la chanson « Notre complot » m’a fait penser aux airs electro-punk de Métal Urbain et de Bérurier Noir, ces pionniers de la barricade et du cocktail Molotov. D’ailleurs, si on substituait la rudimentaire boîte à rythmes de Dédé (le troisième Béru) par la batterie expéditive de Raphaël Mercier et qu’on remplaçait la guitare de Loran par celles de Yann Heurtaux et Frédéric Duquesne (le nouveau guitariste et réalisateur du groupe industriel), on n’y verrait que du feu. On sent sans conteste dans la rage et la contestation de Moustafa Kelai et la bande Mass Hysteria, un esprit très « squat parisien », très « straight edge », très activiste enragé, très 1789, très « foutons le feu ! ». Et en fans de métal, d’industriel ou de punk, à qui ça peut déplaire, hein ?

Or, cette dernière comparaison ne tient la route qu’en théorie. Parce que Mass Hysteria secoue bien plus que ça! Avec sa batterie martiale, ses guitares très lourdes et ses exquis claviers structuraux, « L’espérance Et Le Refus » et « Tout Est Poison » m’ont tout de suite fait penser à Rammstein à l’époque de l’album « Mutter » ou au groupe allemand KMFDM du temps de « WWIII »; de l’indus corrosif et alcalin, quoi! Ces morceaux m’ont tout de suite plu. Je me voyais mentalement dans un « moshpit » entre les murs d’une usine désaffectée aménagée pour un spectacle-monstre, envahi par la fumée, les effets pyrotechniques et le béton armé. Franchement, l’énergie et la masse volumique de certaines chansons, comme « L’enfer Des Dieux » (ma pièce préférée), n’ont rien à envier aux grands noms de l’industriel et de la musique engagée des Sex Pistols, des Black Flag, des System Of A Down ou des « metal heads » contemporains d’ETHS.

En somme, je retire une partie de mes paroles. La musique franco, ça peut être pour moi. À condition que ce ne soit pas de la pop, des vieux succès de Gilbert Bécaud ou des interprètes à deux sous qui n’ont jamais écrit un mot par eux-mêmes. En cette ère où la droite politique gagne du terrain, où la démocratie n’est plus qu’une définition de dictionnaire ou un concept émoussé dont on oublie peu à peu le sens, où les manifs et les mouvements de grèves sont réprimés et avortés (depuis 2012, il faut même annoncer à la police le trajet des manifestations au Québec!), les paroles de Mass font du bien. On se sent moins seul à s’insurger, moins seul à croire que le monde ne tourne plus du tout rond et qu’il n’y a pas qu’au Danemark qu’il y a quelque chose de pourri… Et puis, avec des slogans tels que « Orange mécanique, violence étatique », ou « Tout est poison, le poison c’est la dose ! », on se propulse dans l’esprit renfrogné de tout un chacun, n’ayant qu’une envie : celle d’hurler et de faire table rase de ce système gangrené et ce diktat déguisé qui sont nôtres. Mass Hysteria, en français « Hystérie collective », c’est aussi une voix : celle du citoyen hypermoderne qui en a marre. J’en suis ! Longue vie au quintet français, longue vie à la musique à contenu !

N.B. : la sortie officielle de l’album est prévue pour le 23 octobre 2015. À vos comptes d’achat de musique en ligne!

Dany Larrivée

https://fr-fr.facebook.com/masshysteriaofficiel

Chronique parue simultanément chez Clair & Obscur (France) et Daily Rock (Québec).

Matière Noire
Mass Hysteria
2015
Verycords

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