Marillion en concert au Bataclan de Paris le 14 novembre 2013

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Marillion en concert au Bataclan de Paris le 14 novembre 2013

Après un premier passage en début d’année 2013 à Paris et en province, voici que Marillion débarque à nouveau dans la capitale, en cette fin d’année 2013. Seules deux dates ont été prévues cette fois-ci, l’une à Rouen et l’autre à Paris. Assister à un gig au Bataclan, c’est toujours un plaisir, tant cette salle dégage une atmosphère particulière, intimiste et chargée d’histoire : un endroit idyllique où Marillion va pouvoir montrer toute l’étendue de son talent. Le concert affiche complet et bon nombre de personnes patientent sous une pluie fine sur le trottoir de l’avenue Voltaire. La salle se remplit au compte-gouttes, mais une chance inouïe me permet d’être en première ligne !

A 19h40, la première partie de cette soirée est assurée par un Jacob Moon en grande forme, avec une reprise magistrale de l’hymne « Come Talk To Me » de Peter Gabriel en guise de prélude. Jacob est un chanteur et compositeur folk canadien, armé de sa seule guitare acoustique. Il poursuivra son show en chauffant durablement la salle grâce à des titres souvent joviaux. Citons notamment une autre superbe cover, celle de « Let Down » de Radiohead, ainsi qu’une dantesque reprise du « Subdivisions » de Rush. Au final, l’audience semble avoir été conquise par ce jeune musicien au sourire lumineux.

Après vingt minutes d’attente en mode excitation, ils ne sont que quatre musiciens à faire leur apparition sur scène : Ian Mosley à la batterie, Pete Trewavas à la basse, Mark Kelly aux claviers et Steve Rothery à la guitare. Mais où est donc passé le frontman charismatique de ce groupe d’exception ? Sur les notes d’une longue, progressive et puissante pièce épique, « The Invisible Man », Steve Hogarth arrive enfin, les cheveux tirés, portant un jacket de couleur sombre, canne en main et nez chaussé de lunettes rondes lui donnant l’allure d’un professeur chenu. Très vite, h murmure, crie et hurle les paroles bouleversantes de ce morceau phare. Cet « homme invisible » transporte et subjugue d’entrée, vous prenant littéralement à la gorge. La guitare lumineuse de Rothery accompagne à merveille des lyrics à l’incroyable portée émotionnelle. Il aura donc suffi de treize minutes pour que la salle soit déjà en pleine ébullition.

Le combo entonne alors « Pour My Love », jolie ballade extraite de leur fantastique dernier album et la salle explose de joie. On voit des regards rougis, des yeux fermés, pénétrés par la douceur musicale, des mains soudées aussi. Dans la continuité des titres phares de cette géniale galette, « Sounds That Can’t Be Made » vient nous illuminer avec ses mélodies qui nous donnent des ailes. Ô surprise ! Un « Somewhere Else » aux allures suaves est ensuite interprété, et là, la foule pose un regard sur h, à chacune de ses montées dans les aigus : « Look at myself, look at myself… » Ce chant est  à la fois puissant et paisible, le thème sobre mais raffiné, servi par d’excellents musiciens. Il ne reste plus qu’à se laisser emporter « quelque part ailleurs », et le décollage est immédiat, évident !

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Un tonnerre d’applaudissements surgit dès les premières notes de « Power ». Steve Rothery acquiesce merveilleusement et se contente, comme à son habitude, de quelques mouvements de tête et de discrets sourires de satisfaction. Le bonhomme est totalement pénétré par la musique et nous transmet illico sa propre jouissance ! « This Strange Engine » fait encore grimper l’ambiance et je cherche un moyen de décrire ces presque 16 minutes d’anthologie aux rebondissements multiples, lors desquelles chaque musicien donne le meilleur de lui-même. Tout commence intimement, avec h qui chante tout en délicatesse, accompagné de quelques notes de piano, de basse et de cymbales. Puis la guitare de Steve Rothery débarque soudain, h force sa voix et les synthés s’envolent dans un formidable solo. Mark Kelly a réussi à donner naissance à une ambiance divine. Tout s’arrête, le piano reprend alors doucement. Nouveau moment de calme, une boucle de notes cristallines envahit l’atmosphère, et c’est au tour de la guitare de nous pondre un sublime solo. Et voilà le final, h hurle de plus en plus fort, de plus en plus intensément, avant que sa voix poussée à l’extrême disparaisse dans le néant. Fin. Rien à ajouter. La foule reste bouche-bée pendant que disparaissent nos talentueux artistes

Nan ! Comment s’arrêter sur ce délicieux morceau ? Tumulte, cris et jeux de pieds retentissent dans le Bataclan. On en veut encore, le voyage ne peut s’arrêter comme ça. C’est alors que le combo revient avec le dantesque « Mad », qui nous invite à une excursion liant folie, rêverie et idéal musical. Mélodie, puissance et créativité font bon ménage. Les soli de Steve Rothery, qu’il maîtrise à la perfection, nous transportent vers un continent inconnu. Mais où sommes-nous ? En pleine dérive ? Oui sûrement, mais sur la dérive des émotions…

S’en suit « Neverland », direction le pays imaginaire. Ce titre, qui se veut planant et rageur, nous fait sortir de notre torpeur, à l’image de cette six-cordes mélodique striant l’espace. On est véritablement en pleine tempête d’Amour. Lors de ce morceau progressif par excellence, on navigue en permanence entre accalmies et intempéries. Les échos sur la voix de h ne font que renforcer cette atmosphère unique en son genre, avec cette lueur d’espoir, cette ambiance complètement bouleversante et irrésistible. Encore une fois, le travail d’équipe est phénoménal : les textes d’Hogarth sont d’une beauté poétique absolue, la rythmique de Mosley et Trewavas est toujours aussi subtile, Mark Kelly est inspiré à souhait. Mentions spéciales pour le chant hors du commun de Steve h et surtout à Steve Rothery, génialissime guitariste qui a toujours su faire évoluer son jeu afin de rester au service du feeling et de l’émotion. Les plaintes déclamées par le chanteur sont à présent des coups de semonce remplis de conviction. Un petit break acoustique de toute beauté calme le jeu, juste avant l’envol final vers d’autres cieux, remplis d’étoiles et d’échos.

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Mais où sont-ils encore partis ? Ils se sont échappés pendant mon rêve ! Le retour est presque choquant, avec des guitares rugueuses et agressives comme on n’en avait que très rarement entendu chez l’esthète Rothery, une fureur qui nous éclate à la figure comme les tirs d’un camp qui font exploser les habitations de l’autre camp. Voici « Gaza », monumental titre d’une dizaine de minutes. La musique a rarement été aussi forte que sur cette fresque douloureuse et sombre qui, il va de soi, épilogue sur l’éternel conflit israélo-palestinien. h arrive avec brio à dépasser le mélodrame : on comprend aisément de quoi il s’agit en lisant les paroles. Une intro ambient inquiétante, des passages plus calmes qui viennent faussement apaiser le climat pour mieux nous surprendre à grands coups de salves guitaristiques, lourdes comme des chars blindés qui écrasent le peu que les enfants de cette enclave palestinienne possèdent.

Entre ces opérations guerrières et ces cessez-le-feu musicaux, la misère des Palestiniens reste terriblement présente. « C’est comme un cauchemar sorti de ce petit bout de terre, se penchant sur Bethléem« . L’enfant de la chanson contemple, de ses yeux qui ont déjà perdu leur innocence, la situation absurde de cette terre. Mais il veut encore croire que la paix est possible, de façon naïve et pieuse : « Un jour, c’est sûr, quelqu’un viendra nous aider« . Conclusion tout en riffs de guitare, lente et désespérée, jusqu’à l’ultime phrase, chantée en chœur et a capela. Achever un tel monument de cette manière relève d’un talent immense. Oui, « Gaza » est clairement l’une des chansons les plus abouties de toute la carrière de Marillion, en raison de l’intensité dégagée, de la richesse progressive et de l’émotion ressentie. Cette pièce phare est plus agressive que le reste du répertoire de la formation mais c’est ce qui la rend si absolument jouissive.

Encore repartie sur ma planète magique, et voilà que les cinq artistes s’éclipsent ! Quelle cruauté de nous abandonner sur cette peinture assombrie ! La chair de poule envahit mes membres et me laisse bien perplexe. Aux bruits des applaudissements, des cris et des larmes ne peuvent que s’écraser sur mes joues ! L’impression que le ciel vient de s’écrouler sur ma tête. Ne serait-il pas rempli de larmes de pluie ? Les premières notes de « The Sky Above The Rain » annoncent leur troisième retour ! Pfouuhh, on a la chance de vivre en direct des épisodes à fortes charges émotionnelles. Ce titre est moins alambiqué, mais s’étire de bien belle manière en guise de conclusion (pas si sûr !) forte et émouvante. Une histoire d’Amour, encore une, qui ne fonctionne pas sur terre. Elle et lui se cherchent, s’approchent, s’évitent, n’arrivent pas à se comprendre. Ce serait tellement plus facile dans le ciel, dans le bleu clair qui nous surplombe, au-dessus des nuages lourds de pluie, au son de quelques ultimes notes de piano…. Je me laisse inévitablement embarquer dans cette histoire. Que d’émois !

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Quelle meilleure façon de terminer cette remarquable soirée qu’en reprenant un titre tiré de « Script For A Jester’s Tears » (1983), alors que Fish était encore l’emblématique chanteur du combo ? C’est la satyrique « Garden Party » qui clôture donc cette set-list magique. Le chant très théâtral de h est en parfaite symbiose avec les claviers classieux, les soli grandioses d’un Steve Rothery au jeu pour une fois plus axé sur l’efficacité que sur l’émotion. Quant à Pete Trewavas, il démontre encore une fois sur l’ensemble du set qu’il est un bassiste incroyablement talentueux.

Sonne alors l’heure d’une descente « progressive » en terre ferme, même si mes deux pattes restent décollées du sol. Le show se termine par une avalanche d’applaudissements très marqués. Le public sort de la salle enjoué et tout engourdi (il y a de quoi !). Déjà, on entend, ici et là, les premières paroles de satisfactions des fans. Un début 2013 incroyable avec leur spectacle à Lyon, et un bouquet final qui clôture une année délicieusement riche en musiques. Mais que va donc nous réserver 2014 qui débute seulement ? J’ai hâte de le savoir, et je ne pense pas être la seule dans cet état d’esprit !

Nad Gotti Lucas

Photos 1, 2 et 4 : © Laurent Besson

Photo 3 : © Christian Arnaud

Tous droits réservés

Reproduction interdite sans l’autorisation des auteurs

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Nad Gotti Lucas, lectrice et collaboratrice de C&O

en compagnie de Steve Rothery

Set-list :

The Invisible Man
Pour My Love
Sounds That Can’t Be Made
Somewhere Else
Power
This Strange Engine

Encore:
Mad
Neverland

Encore 2 :

Gaza

Encore 3 :
The Sky Above the Rain
Garden Party

http://www.marillion.com/

2 commentaires

  • CHRISITINE N

    merci pour cet excellent article quidécrit bien la force, la poésie , le talent de ce groupe
    Jaurais la chance de le svoir le 13 éc 2014 à Lille et jai hate
    Au plaisir de vous lire

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