Magic Malik au Sunset Jazz Club, Paris, le 3 Janvier 2015

Magic Malik

Magic Malik au Sunset Jazz Club, Paris, le 3 Janvier 2015

Découvert par hasard au détour de mon intérêt pour la flûte, Magic Malik est un artiste hors du commun dont l’annonce d’un concert au Sunset les 2 et 3 janvier 2015 m’avait vivement enthousiasmé. Etant très pris par le travail en semaine (si si, je vous assure !), c’est la deuxième date qui avait retenu mon attention. Formé à l’école de Jean-Louis Beaumadier, maître incontesté du piccolo et musicien au répertoire très diversifié, c’est un artiste tout aussi passionné qui nous convie à son univers singulier où des rythmes dansants côtoient des airs éthérés. Grand gaillard, Malik Mezzadri, alias Magic Malik, se présente avec son air débonnaire, et une allure décontractée, où tennis, jean, chemise en dehors du pantalon et turban sont autant de signes témoignant d’un refus de tout académisme. Magic Malik, sur le plan de la versatilité, c’est en quelque sorte le John Zorn de la flûte traversière. Son jeu fait en effet cohabiter des notes à la vélocité incommensurable, et d’autres plus aisément dénombrables. Notre « Pied Piper » a attiré son public par son jeu séduisant, mais rassurons-nous, il ne lui fera pas subir le destin funeste que celui de Hamelin a réservé aux rats de la ville !

Le flûtiste ayant par ailleurs plus d’une corde à son arc, il délivre aussi des vocalises rappelant tour à tour les chants des Indiens d’Amérique, et le chant suraigu des icônes du heavy metal, comme Rob Halford ou Ian Gillan (pensez au refrain du « Child In Time » de Deep Purple). Pour rester dans le registre du jazz cependant, certains pourront également voir une analogie avec l’oudiste Dhafer Youssef. Se trémoussant tel un chanteur de hip hop, le « Gentle Giant » s’exprime avec humilité et par à-coups, ce qui rend le personnage attachant et d’autant plus intriguant. Ayant peur de répéter son discours de la veille, il teinte par ailleurs sa verve lapidaire d’un humour qui fait mouche : « Nous allons jouer un vieux morceau… mais pas plus vieux que nous« . De même, il se pose en véritable jongleur de mots (un Till Eulenspiegel des temps modernes !) quand il annonce le programme : « Jouer les anciens morceaux permet de faire le point, les nouveaux faire le trait.« 

Magic Malik Sunset

Bousculant les codes dans l’apparence et dans l’expression verbale, c’est également sur le terrain qui nous intéresse que son originalité s’exprime. Sous ses doigts, la flûte traversière n’est plus un simple instrument à vent, elle peut se transformer en instrument percussif ou encore en instrument de traitement de la voix (tels les vocoders en leur temps !). Au cours de la soirée, on passe de morceaux au groove imparable comme ces hymnes dance-rock ou jazz-funk à faire taper du pied, à des morceaux aux atmosphères plus propices à l’introspection. Le Gong de la trilogie « Radio Gnome Invisible » se rappelle alors à notre souvenir, le duo des compatriotes de Malik, Pierre Moerlen et Didier Malherbe en tête. D’ailleurs, le batteur qui accompagne notre joueur de flûte, fait travailler sa jambe gauche intrépidement pour faire résonner son charleston. Le cou rentré et les bras près du corps, il adopte la posture de Buddy Rich, une référence hors pair dans le monde de la batterie. Son jeu est plein de malice, il a même carte blanche pour frapper ou balayer ses fûts et ses cymbales à sa convenance. Véritable artiste de la batterie, le verbe « jouer » pour parler de son activité se rapproche davantage de l’acception ludique qu’artistique. On le voit ainsi esquisser des dialogues musicaux avec ses partenaires de jeu.

Si la prestation scénique était à la hauteur du surnom du flûtiste, la salle l’accueillant présentait quant à elle toujours les mêmes défauts. Le prix (près de 30 euros) est exorbitant rapporté à la taille des lieux, la soirée démarre tard (21h15 !) alors qu’aucune première partie n’est programmée, et des entractes interminables empêchent les « banlieusards » comme moi d’assister au dernier set. Par ailleurs, la climatisation, comme l’a bien fait remarquer Malik, est cruellement absente des invités, et surtout ce manque criant de place empêche d’avoir liberté de mouvement. En bref, ce fut une belle soirée où le jeu magique d’un flûtiste iconoclaste et de ses compagnons a su faire oublier les inconvénients du lieu et de l’organisation.

Lucas Biela

http://www.magicmalik.com/

Un commentaire

  • reveiller philippe

    il est passé dans ma ville il y a quelque temps sublime concert et j’ai découvert avec julien loureau saxophoniste bonne pointure dans le monde de jazz

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