Lustmord – The Word As Power

Lustmord – The Word As Power

Il fait chaud. L’air, sec, n’apporte qu’une résonnance en des lieux métaphysiques à géométrie mutantes. Une voix s’ébroue, jouant sur le temps et l’espace, une voix fantôme déchirant le silence. Le vide semble réagir à sa présence, prenant forme, jouant avec le timbre vocal et lui répondant. Il fait toujours aussi aride et, pourtant, la canicule se teinte d’une autre couleur, sacrée, mystique peut-être, le message reste flou et indifférent. Soudain, l’évidence saute aux yeux, Brian Williams bat sur son propre terrain Dead Can Dance. Ce que le retour du groupe de « Serpent’s Egg » a bien raté avec « Anastasis« , Lustmord lui redonne sa vitalité dans ses abysses texturales et électroniques. On reconnait bien le style, basses profondes à peine mesurables, répétitions drones étouffantes, minimalisme de rigueur, et sons choisis avec parcimonie. Brian a toujours sa patte, elle ne surprend plus depuis un moment mais ici la recette marche, la tambouille est légère, non apprêtée, grasse et indigeste (remember « Other »).

Cette opacité, cette densité dans le vide, cette frontière entre mouvement tectonique imperceptible et aération sourde, on en ressent, enfin, les effluves. Bien sûr, Brian a toujours ce penchant vaguement tape à l’œil, ce côté « j’ai des invités et j’en fais ce que je veux », sans comprendre pourquoi ça marche. Cependant, la tension est obsédante telle une bonne sueur, la qualité des enregistrements si impressionnants de justesse qu’on monte le son pour en saisir toutes les subtilités envoûtantes. Je m’attendais à un truc un peu « gnangnan », l’album, captivant, ne l’est pas, même si certains passages n’évitent pas le piège de redondances clichetonesques et du remplissage relatif (75 minutes au compteur).

Et pourtant, à chaque écoute, je suis surpris de la cohérence de l’ensemble, cette impulsion dans l’immobilisme, l’évolution dans la stagnation. On n’est pas en terrain inconnu puisque c’est Lustmord, et que le bonhomme n’arrivera plus à sincèrement étonner. Mais c’est la première fois qu’à chaque réécoute de « The Word As Power », je n’ai pas envie de me repasser les anciens « Heresy » ou « The Place Where The Black Stars Hang ». Plutôt bon signe, non ?

Le premier véritable album de l’entité Lustmord en cinq ans me donne enfin des frissons, l’envie de pénétrer ses arcanes. Je n’y croyais même plus. Il faut bien le dire, Brian s’est remis au boulot. Il a arrêté de faire mumuse avec l’église de Satan, car ce n’est pas ce qui’il y a de mieux pour se rendre populaire. Il a arrêté également de faire des remix ignobles (« Other Dub », pouah !) et s’est concentré entièrement sur son travail, pouvant même s’effacer sans faire « pub pour copains ». L’air, quant à lui, est toujours aussi stérile dans l’atmosphère, et la flamme de la bougie vacille à ma table, rythmée par ma respiration. À chaque écoute, « The Word As Power » m’en dit plus et m’en donne plus. Le ressenti peut-être ?

Jérémy Urbain (8/10)

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http://www.lustmord.com/

Pour écouter ou télécharger l’album :

http://lustmord.bandcamp.com/album/the-word-as-power

The Word As Power
Lustmord
2013
Blackest Ever Black

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