Les Tambours Du Bronx – W.O.M.P (+interview)

W.O.M.P
Les Tambours Du Bronx
At(h)ome
2018
Christophe Gigon

Les Tambours Du Bronx – W.O.M.P

Les Tambours du Bronx WOMP

La rencontre entre les célèbres bateleurs aux bidons et le monde metal semblait inévitable. C’est donc bien de heavy metal que l’on va traiter. S’il n’était la rythmique infernale déployée tout au long de l’album, il pourrait s’agir du nouveau Sepultura (avec lequel, d’ailleurs, Les Tambours du Bronx ont partagé la scène), du dernier Pantera ou de n’importe quelle galette de Megadeth. Certes, la voix de Reuno (Lofofora, Madame Robert), invité de prestige, implique une identité sonore claire : les fans de Lofo vogueront en territoires connus.

LesTamboursDuBronx WOMP band 1

Le chanteur chauve n’est pas le seul à s’être associé à cette équipée sauvage. W.O.M.P. (acronyme pour Weapons of Mass Percussions) peut également compter sur la présence remarquée de Stephane Buriez (Loudblast) et Franky Costanza (Ex-Dagoba). Ainsi, l’album en son entier peut s’écouter comme une œuvre musicale et mélodique « normale », entendre par là qu’il ne s’agit nullement de pistes purement rythmiques qui, si elles mettent le feu aux scènes de France et de Navarre, pourraient s’avérer quelque peu vaines en situation d’étude « religieuse » dans son salon. Il est en effet question de véritables chansons, aux textes construits, ciselés et très clairement chantés. Il pourrait donc s’agir de n’importe quelle œuvre d’un groupe de metal francophone (Trust, Messaline, No One Is Innocent), les bidons en plus.

Les Tambours du Bronx W.O.M.P. band 2

Et c’est bien sur scène que le choc de cette confrontation pourtant siamoise crée des étincelles. Reuno lui-même l’avoue, dans l’entretien qu’il nous accordé (à lire à la suite de ce compte rendu) : le volume sonore, aux côtés de ces tonneaux de métal, s’avère être tout bonnement ahurissant. Cela ne l’a tout de même pas empêché de se bidonner : la franche camaraderie qui lie tous ces musiciens de la marge vaut tous les Taratata du monde. Il y a souvent davantage de finesse dans ces « boum-boums » que dans les « tralalas » des chanteurs-coachs-guides-gourous des émissions télévisuelles de fin de semaine. Vous voulez en savoir plus sur cette arme de destruction auditive ? Lisez les pensées que Reuno a accordées à Clair & Obscur, juste avant son concert en tant que souteneur de Madame Robert.

https://www.tamboursdubronx.com/fr/

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Clair & Obscur aime Reuno. En effet, après la chronique et l’entretien dévolus au magnifique album acoustique Simple appareil de Lofofora, après le même soin accordé à la sortie de la première galette de son nouveau projet Madame Robert, nous sommes heureux de prendre langue, une troisième fois, avec le charismatique chanteur français pour discuter, cette fois, de sa participation étonnante au dernier album de l’institution qu’est devenue Les Tambours du Bronx. Mais la discussion partira vite sur les autres amours du chanteur : Mudweiser, Madame Robert et, bien-sûr, Lofofora.

Reuno et Christophe Gigon

Christophe Gigon : Reuno, dis-nous combien d’heures comptent tes journées ? En effet, après la tournée acoustique Simple Appareil de Lofofora, la tournée actuelle de Madame Robert, on se retrouve une troisième fois aujourd’hui pour parler du dernier album des Tambours du Bronx sur lequel tu officies en tant que chanteur. Comment gères-tu ces multiples projets ?

Reuno : C’est pas forcément évident. Les Tambours du Bronx m’ont contacté il y a un peu plus d’un an pour me proposer un projet metal car, au départ, eux-mêmes viennent plutôt du milieu metal que de la percussion : je m’en doutais un petit peu. Ils avaient déjà eu une expérience avec Sepultura. Ils ont  été rejoints par Franky Costanza, ancien batteur de Dagoba. Ils voulaient créer un vrai album de metal avec moi ! J’avoue avoir été très flatté ! Si j’avais refusé, je l’aurais regretté toute ma vie. Mais j’ai tout de suite prévenu que je ne pourrais pas être présent sur toutes les dates et j’ai donc proposé un binôme avec Stéphane Burniez de Loudblast. La tournée a d’ailleurs lieu en ce moment et c’est Renato, l’actuel chanteur de Trepalium, qui assure le chant, même s’il n’a pas participé à l’enregistrement du disque W.O.M.P. Le gros de l’identité du projet, c’est quand même les tambours ! Même le frontman se fait tout petit ! J’essaie de combiner le tout. Et t’as oublié mais je participe également à un autre groupe, avec des potes, qui s’appelle Mudweiser, un groupe de stoner, de Montpellier. J’ai donc quatre projets avec quatre genres de musique différents. Je me régale ! Plus l’âge avance, plus je suis boulimique de projets ! J’ai envie de faire plein de trucs !

C.G. : La rencontre entre Les Tambours du Bronx et ta voix semblait inévitable. En effet, le mariage de ces rythmes tribaux avec tes lignes de chant si habitées semble tellement évident que l’on peut s’étonner que personne n’ait eu cette idée avant. Comment tu expliques que ce projet ait pris naissance seulement maintenant, soit plus de trente ans après la naissance du groupe ?

R: Les Tambours du Bronx font partie de l’imaginaire collectif, on avait déjà joué deux fois avec eux. On évolue dans des univers parallèles, voire mitoyens. C’est clair que je ne vais pas écrire de la même manière pour eux que pour mes autres projets. J’avais vraiment envie de me fondre dans le projet, de devenir un des leurs. Et ça fonctionne plutôt bien. Tout s’est fait naturellement. Et humainement, j’ai l’impression qu’on se connaît comme si on faisait partie de la même famille. La famille des gens qui ne montent pas sur scène pour se faire mousser ou admirer. On se sent investis d’une mission. On veut crier que la liberté est possible.

C.G. : L’ambiance générale de ce dernier album des Tambours du Bronx, qui s’appelle W.O.M.P. (acronyme pour WEAPONS OF MASS PERCUSSION), n’est pas si éloignée de celle déployée sur certains albums de Lofofora. J’imagine que les fans de Lofo seront moins étonnés qu’avec ton projet Madame Robert ?

R: C’est vrai. L’ambiance n’est pas si éloignée. En ce qui concerne nos fans, ça dépend. C’est clair que c’est plus facile de me suivre, en partant de Lofo, sur un projet comme W.O. M. P. que sur Madame Robert, qui est plus anachronique. Je ne sais pas si tu te souviens, mais dans les années 80, quand David Lee Roth avait quitté Van Halen pour sortir son single « Just A Gigolo », les fans de Van Halen se sont posé des questions. Ou quand David Johansen, chanteur des New York Dolls, un groupe qui a beaucoup compté pour moi, a formé un groupe style big bang de jazz, avec smoking et banane. C’est un peu mon truc, ça. C’est lié à l’âge ce truc nostalgique, j’imagine.

C.G. : Cette nouvelle formation des Tambours du Bronx, outre toi-même et Stef Buriez (Loudblast) au chant, peut compter sur les talents de Franky Costanza (ex-Dagoba, Blazing War Machine) à la batterie, d’Arco Trauma aux claviers, de deux membres des Tambours du Bronx passés à la guitare électrique et d’un autre passé à la basse. Avais-tu déjà des liens avec tous ces musiciens avant de te lancer dans l’aventure ?

R: Stef, c’est moi qui l’ai fait rentrer dans l’histoire puisqu’on était ensemble dans Le Bal Des Enragés. On faisait des covers. C’est un mec très ouvert d’esprit. Les metalleux ne sont pas tous des gens racornis et sectaires ! Même s’il y en a quand même pas mal ! (rires). Il fallait un pro fiable…et qui ne nous casserait pas les couilles sur la route ! Avec Franky, on a même été voisins de local avec Lofora à Marseille.

C.G. : Comment s’est passée la collaboration avec Les Tambours du Bronx ? T’ont-ils engagé comme « simple chanteur » ou le groupe peut-il être compris comme un projet évolutif dans lequel chaque membre impliqué fait figure de membre à part entière ?

R: Je suis juste un chanteur. Tu sais, ils tournent aussi sans moi. Je pose ma voix et j’écris des textes. Stef en écrit aussi. Ca fonctionne comme une troupe de théâtre ou un spectacle. Je ne joue pas sur toutes les dates.

C.G. : Quelques concerts ont déjà eu lieu. N’est-ce pas trop dur de se faire entendre au milieu de tous ces bidons ?

R: Pour la première fois de ma vie, je chante avec des Ear Monitors! Par obligation ! Sinon, t’as neuf bidons qui t’éclatent la gueule et tu n’entends plus rien : ni guitare, ni voix, ni rien : juste un énorme bordel ! Il m’a fallu cinq dates pour comprendre que je les portais à l’envers ! (rires) Ils sortaient tout seul quand je transpirais ou quand je chantais.  On en apprend tous les jours !

Reuno photo 1

C.G. : Ecris-tu tes textes de manière différente en fonction des groupes pour lesquels tu fais office d’auteur ?

R: Quand Stef, le bassiste de Madame Robert, m’a demandé si je ne voulais pas créer un groupe de rhythm and blues avec lui, je me demandais….en fait, moi je ne peux écrire que sur la musique. Je ne possède pas de textes « tout prêts ». J’entends une musique puis je regarde où il reste de la place pour la voix. Et avec Lofo, c’est souvent un casse-tête. Avec Les Tambours du Bronx, aussi. Puis je pense au son de la voix. C’est comme ça que viennent les premiers mots, puis je vais broder autour. Je pars de trois ou quatre mots puis je complète pour donner un sens à tout ça. J’étais ravi d’écrire sur d’autres trucs. Avec Lofo, avant que l’on se mettre à notre album acoustique Simple appareil, je n’avais quasiment écrit que sur la colère. J’ai écrit aussi beaucoup de textes pour Parabellum. J’écris en yaourt mais avec un nombre de pieds très précis. Avec Lofo, je rédigeais des textes très longs. Mais quand il s’agit de pur rock and roll, c’est quatre phrases, huit pieds. Ca doit tout de suite raconter quelque chose, ça m’a poussé à devenir plus concis. Travailler avec des images. Mais j’adore être auteur pour les autres. J’ai même annoncé à mon label At(h)ome que je souhaitais davantage me concentrer sur l’écriture pour autrui. Pour une fille, ça m’intéresserait. Il y a plein d’artistes intéressants sur notre label. Carmen Maria Vega, j’aimerais bien lui écrire un texte, par exemple. C’est un personnage qui me touche et qui m’intéresse. Je suis d’ailleurs en train d’écrire une comédie musicale pour un spectacle de l’école maternelle de ma fille, une adaptation du Petit Chaperon Rouge (rires). Plus ça va, plus j’aime écrire et moins j’ai de mal à m’y mettre. Au début, quand t’es jeune, dans un groupe de rock, tu veux t’amuser et quand on te demande de produire des textes, c’est un peu comme se mettre à faire ses devoirs. Maintenant, j’y prends un énorme plaisir.

C.G. : Tu passes d’un concert à l’autre, d’une musique à l’autre, d’un public à l’autre. Ces expériences te permettent-t-elles de mieux te cerner en tant qu’artiste ? Davantage que si tu n’avais été « que » le chanteur de Lofofora ?

R: Oui, c’est clair. Je suis ouvert à plein de styles de musique. Le batteur de Madame Robert vient de finir une tournée avec Punish Yourself. Un truc indus. J’aurais pu tomber dans cette marmite-là. J’aime trop de trucs ! C’est l’émotion qui prime sur le spectacle. J’adore le rock garage, le rhythm and blues, c’est pour cela que je me retrouve dans un groupe comme Madame Robert. Je suis un fan de Ministry. J’aurais très bien pu me retrouver dans un projet plus froid et plus sombre à faire de la musique industrielle. Dans nos vies, on a tous plusieurs facettes, même au sein d’une même journée ! Passer d’un projet à l’autre me transforme en comédien qui passe d’un rôle à l’autre. Mais un comédien restera crédible tant qu’il sera lui-même. Je suis le même Reuno dans tous mes projets. Tout cela me permet de trouver ma place au milieu des autres.

C.G. : L’année 2018 a été une année très chargée pour toi, d’autres projets à l’horizon 2019 ?

R: Oui, mais j’ai pas donné beaucoup de concerts, par contre. Les gens ont été très frileux face à notre projet acoustique avec Lofo. Notre tourneur a eu de la peine à nous placer. Les gens avaient de la peine à nous imaginer en format acoustique. D’ailleurs, on n’a fait aucune date en Suisse pour cette tournée. On est vraiment victimes des étiquettes.

C.G. : Ce soir, tu officies en tant que chanteur du groupe Madame Robert. Comment se passe cette tournée, l’accueil est-il à la hauteur de vos espérances ?

R : C’est notre première tournée, on n’est pas sur un gros label. On commence comme un groupe débutant mais c’est excitant. On n’est pas sur Live Nation, on n’est pas la nouvelle découverte des Inrocks. On n’a plus l’âge depuis longtemps ! (rires) On a tout de même beaucoup de chance d’avoir un label et un tourneur ! Ce n’est plus donné à tout le monde de nos jours. On a plein de copains musiciens qui galèrent. On a seulement douze concerts à notre actif. La tournée est très cool même si, parfois, on n’a pas grand monde dans la salle. Mais il y a des touches intéressantes avec des pros qui se promènent, cela nous amène des dates supplémentaires. Mais c’est un projet pérenne. On a eu des bonnes critiques dans Rolling Stone et dans Rock and Folk. Pas Les Inrocks ! (rires)

Reuno photo 2

C.G. : Et la tournée, elle continue en 2019 ?

R : Oui, les dates sont en train de tomber pour mars, avec Madame Robert. On va aussi se remettre à la compo avec Lofo, notre batteur cycliste est de retour d’un demi-tour du monde. Sur Simple appareil, on a eu un remplaçant de luxe avec Kevin Foley, le meilleur blasteur de France ! Qui a remplacé le batteur de Sepultura au pied levé ! C’est pas une tanche ! Lui était ravi qu’on l’appelle pour faire autre chose que de la performance. Le prochain album de Lofo sera carrément pas acoustique du tout ! (rires) Ce sera un disque pas sympa. Ça  nous a blessé qu’une partie du public ne nous suive pas sur notre projet acoustique. On a peut-être perdu la frange de notre public la moins ouverte d’esprit. Mais on n’a pas vraiment gagné un nouveau public. Le public « chanson française » ne nous connaît pas. Pour eux, on reste un groupe de graisseux. Quant au public de Lofo qui veut seulement pogoter, celui-là n’a pas trop aimé l’idée du passage acoustique. Mais beaucoup de nos fans ont aimé l’idée de pouvoir enfin faire écouter Lofo à leur copine ou à leurs amis qui ne sont pas trop fans de grosses guitares. En plus, on a lu que des articles élogieux dans la presse sur ce disque. J’en rougissais, on n’a jamais été traités comme ça par les médias. Comme si j’étais le nouveau Gainsbourg ! Ca, c’est cool…mais les concerts ne tombent pas…Les programmateurs sont frileux. Nous, on ne demandait rien, on aurait accepté d’être programmés le dimanche après-midi ailleurs que sur le main stage. Notre concept aurait eu sa place, même dans un festival de metal. Les metalleux écoutent aussi Johnny Cash et Hank Williams III. C’est pas grave, on s’est rendu  compte des limites de l’ouverture d’esprit dans le milieu du rock and roll.

Propos recueillis par Christophe Gigon, novembre 2018

                                               Crédit photographique : Coke&Bello

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