Leprous – Pitfalls

Pitfalls
Leprous
Inside Out
2019
Rudzik

Leprous – Pitfalls

Leprous Pitfalls

Sans la dévoiler outre mesure, on lira dans ma chronique d’In Cauda Venenum d’Opeth que ce groupe suédois a confirmé son virage musical et sa prise de risques tout en prenant à rebrousse poil ses fans de la première heure. Est-ce devenu une spécialité nordique ? Voilà que Leprous débarque avec un album inattendu, un concept album en fait, relatant les affres de l’insondable dépression dans laquelle a sombré son chanteur/claviériste/compositeur Einar Solberg. Pour ceux qui n’étaient pas au courant, voilà, c’est fait mais c’est un secret de polichinelle, les textes étant extrêmement explicites à ce sujet.
Alors on a droit à un Pitfalls qui, comme son nom semble l’indiquer, est truffé de chausses-trappes composées tout au long de son calvaire, surtout en tournée. L’ordre des morceaux n’est pas chronologique, se terminant en particulier par le titre le plus sombre de l’album alors qu’Einar semble avoir surmonté sa maladie. Pourtant, on peut aisément y discerner un côté « Dr Jekyll et Mr Hyde », avec une première partie proprement « popisante » et une seconde très ténébreuse et progressive, la durée des morceaux s’allongeant substantiellement au passage.

Leprous Pitfalls band1
Et ça commence par « Below », le simple d’une tristesse infinie sorti par le groupe mais d’une simplicité et d’une grandeur qui aurait pu le destiner à être une B.O. d’un film de James Bond, enfin, dixit Einar. Sa performance vocale y est à couper le souffle et le moment est venu de dire que je suis tombé amoureux de… sa voix. Malina avait confirmé les incroyables progrès dans ce domaine pour un chanteur qui abusait des growls à ses débuts, un gâchis selon moi. Dans mon esprit, avec un background plus pop et typé star-system, Einar pourrait sans complexe marcher sur les traces du défunt Freddie Mercury tant sa voix est exceptionnelle.
Et la pop, elle arrive par surprise avec « I Lose Hope », un morceau, n’ayons pas peur de l’écrire… disco sur un tempo de dance floor. On retrouve cette cadence typique un peu plus loin sur « By My Throne » bien que ce dernier joue les hybrides le combinant avec le style propre de Leprous de par sa section grosse-caisse/basse qui se désolidarise par moment complètement du rythme principal. Un retour partiel en pays de connaissance du Leprous qui nous est familier. Également, « Foreigner », plus que « Alleviate » comme semble le penser le groupe, confère aux standards pop lorgnant du côté de Depeche Mode (chant) et Muse (rythmique).

Leprous Pitfalls band2
On retrouve aussi la tendance d’Einar à parsemer ses vocaux de « Millenium Whoop », vous savez, ces wo, wo, wo sur deux tonalités qui inondent et tuent la pop de notre décennie. Pour les sourds, je vous invite à visionner ce reportage qui explique fort bien ce phénomène gangreneux : https://www.youtube.com/watch?v=sXNT3bnJYHA . Poussé à son extrême, voilà ce que ça peut donner avec cette compilation pas si parodique que ça : https://www.youtube.com/watch?v=Ntr6PX4KFJY . Alors, le « Millenium Whoop » est un des outils vocaux d’Einar, pas le plus noble, mais il reste utilisé intelligemment, constituant notamment le point d’orgue de « At The Bottom » quoique parfois surabondant sur la fin de « Distant Bells ». Bon, c’était la minute d’information musicale de votre serviteur.
Leprous n’est pas un groupe de prog mais son metal commence à flirter de façon rapprochée avec ce genre. Ainsi, les arrangements classiques ont pris une grande importance sur Pitfalls. Ils sont l’œuvre du violoncelliste Raphael Weinroth-Browne, qui a déjà travaillé avec Leprous par le passé et du violoniste Chris Baum (Bent Knee) mais aussi de l’orchestre symphonique et choral de Belgrade avec qui, de longues prises ont été faites notamment pour l’épique « The Sky Is Red ». Ils sont la trame génératrice de l’excursion de puissance dramatique de « Distant Bells » qui survient au bout de six minutes de désespoir. Einar affirme ne pas être féru de longues compositions progressives qui, à son sens, « peuvent toutes être meilleures si on leur fait subir quelques coupes ça et là ». Et pourtant, il a accouché d’un « The Sky Is Red » culminant à plus de onze minutes sur lequel « Il n’y a pas une seconde de gaspillée et son côté épique le bonifie ». Je ne le rejoindrais que partiellement sur sa seconde citation (et pas du tout sur la première) car la complexité de ce titre méritait effectivement une exposition plus longue que pour les autres mais de là à dire qu’aucune seconde n’y est perdue, je vous laisse en juger par vous-même. Sa première moitié est bâtie sur une double rythmique syncopée comme savent les construire ses comparses, en particulier son jeune batteur Baard Kolstad, auteur d’une performance époustouflante me rappelant ce que j’avais vu et entendu lors du show de Leprous au Prognosis (NL). On y trouve même un solo de guitare, chose peu fréquente pour nos Suédois. Sa seconde moitié est une lente montée en puissance, façon post-rock, avec un Baard Kolstad épileptique et des chœurs tragédiens qui finissent monstrueusement Pitfalls.
Comme pour Malina, Solberg et David Castillo ont travaillé dur pendant deux mois et demi pour mixer cet album, Adam Noble (Placebo, Deaf Havana) apportant un regard et un son nouveaux sur la musique de Leprous. La superbe jaquette grisée représentant un énigmatique joueur de flûte perché sur l’épaule d’un bouddha illustrant les angoisses d’Einar est l’œuvre de l’artiste indonésien Elicia Edijanto.

Leprous Pitfalls band3
Ceux qui me lisent le savent, j’aime les groupes qui n’hésitent pas à se remettre en question, vont de l’avant, assument leurs évolutions et prennent des risques. Leprous est de ceux-là et c’est tant mieux. J’avoue également être hypnotisé auditivement par la voix d’Einar Solberg mais il n’y a nulle complaisance de ma part à considérer Pitfalls comme étant un album qui fera date dans la carrière des Norvégiens de par son propos mais également du côté exploratoire qu’il représente pour Leprous, un groupe qui n’a pas fini de faire parler de lui en bien et de grandir.

www.leprous.net

www.facebook.com/leprousband

 

3 commentaires

  • Guillaume Beauvois

    Très belle chronique passionnée qui apporte un éclairage différent de mon ressenti après 2-3 écoutes. Par contre les musiciens sont Norvégiens, pas Suédois ; et viennent de la même région qu’Ihsahn 😉

  • Rudzik

    Très bonne remarque de la part d’un lecteur passionné Guillaume. Content de t’avoir donné un angle différent sur cet album surprenant à bien des égards.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.