Lazuli – Live @ l’Abeille Rôde (+ interview)

Lazuli – Live @ l’Abeille Rôde

Voici donc la toute dernière production de Lazuli, tel un précieux trésor, protégée d’un digipak sous la forme d’une icône triptyque d’un plus bel effet, avec la meilleure des attentions, tel un écrin de luxe renfermant un lapis-lazuli. Un coup d’œil sur le line-up… Même stabilité que celui de leur précédent album de 2011 : « 4603 Battements ». Le DVD nous livre ses premières images : le menu introductif n’apparaît qu’après une animation soignée, toute en ombre profilée de chaque membre alvéolé et évoluant lentement en 2D, évoquant quelque bas-relief sculpté de l’empire perse achéménide. Trois options s’offrent à nous, en patientant avec un motif musical ambiançant l’atmosphère. Commençons par la pièce de choix : la prestation live dans les studios de l’Abeille rôde. Après un générique sommaire, genre « Nous allons les voir. Pour eux, tout a commencé par une journée lumineuse, le long d’une route solitaire de campagne, alors qu’ils cherchaient à se rendre en un lieu qu’ils trouvèrent« , déjà les premiers impacts d’un regard neuf. Et cet inventaire à la Prévert : trois barbus, un instrument étrange (Chapman Stick ? Tony Levin ? Non, les doigts glissent dessus ! Continuum Haken ? Jordan Rudess ? Du tout !), un claviériste qui montre son jeu (Derek Sherinian ? Non plus !), un chanteur qui « chante », avec une tessiture haute et claire, surprenante (Non, pas Jon Anderson !), un chant en français, aux mots choisis, fluides, qui sonnent, un batteur comme celui de… (Gavin Harrison ? Non ! Mais on peut se le demander…), zéro bassiste (Ray Manzarek ? Du tout ! Mais pas loin dans l’idée, le claviériste s’occupant avec sa main gauche de la ligne de basse !), un marimba MIDIfié, un cor d’harmonie, la lutherie si particulière d’une Parker, des tenues sombres contrastant avec la musique colorée, pas de raton laveur, mais un chien. Vous l’avez compris. Lazuli soigne son image : impact visuel garanti. Ajoutez à cela, un sextuor à cordes, un ensemble de treize cuivres, une complicité, une décontraction : tout le décor est donc en place pour vibrer sous leur production sonore.

Justement, que nous proposent-ils ? Pas un nouveau studio. Ni un live en public. Ni un concert filmé. Ni une compilation. Non, rien de tout cela. Ou plutôt, si… C’est un peu de tout cela. Disons : un concert filmé, live, sans public, en studio, composé d’une compilation de titres. En voilà un concept ! Un éventail live, un concert off, en prise directe, hormis uniquement pour les deux formations cordes et cuivres sollicitées chacune pour un seul morceau différent, où l’overdubbing a été nécessaire, sûrement pour une meilleure gestion de l’espace. Donc, un studio live, mais pas « unplugged ». Énorme avantage : en plus de l’impact visuel cité plus haut, le confort sonore idéal pour apprécier toute la prestation que le combo veut bien nous proposer, nous exposer.

Le set ouvre par « Je Te Laisse Ce Monde », hymne d’ouverture dorénavant « classique », sonnant comme une évidence, incontournable, à l’impact immédiat, irrémédiablement accrocheur. Quoi de mieux, après un excellent premier titre, que d’enchaîner sur un second morceau de la même teneur : « Abîme », également titre d’ouverture de leur avant-dernier opus « Réponse incongrue à l’inéluctable » en 2009. J’évoquais Gavin Harrison pour les jeux de Vincent Barnavol (Drums, Percussion, Marimba/Vibraphone MIDI, Backing Vocals) ?… Bien évidemment ! Comment ne pas y déceler un riff introductif à la Porcupine Tree, le morceau dans son intégralité allant de pair ?

Oui, beaucoup de décontraction dans la prestation, mais aussi quelle exécution d’une redoutable efficacité ! Avec ce line-up actuel, Lazuli a tout pour dorénavant avoir le vent en poupe, et tenir la barre en la plaçant très haut. C’est très certainement ce qui peut se produire de mieux depuis ces dernières années dans le domaine musical venant de notre territoire hexagonal. Et ce n’est pas le chant en français de Dominique Léonetti (Lead Vocals, Electric & 12-String Guitars, Author & Composer) qui fera obstacle à l’éclatement des frontières, bien au contraire. La musique du combo se place déjà dans un registre d’ordre universel.

Transition sur le son du cor d’harmonie en notes proche-orientales jouées par Romain Thorel (Keyboards, Left-handed Bass Line, French Horn, Backing vocals, Strings & Brass Music Director) pour introduire  » L’arbre », autre « classique ». Le groupe nous sort le grand jeu. Beaucoup de subtilité au croisement des genres avec une incartade musicale dans la culture celtique : titre aux multiples facettes, voire même dans une veine rock musclé, pour un retour final plus world music inspirée. Apport d’une section de cordes en sextuor sous la direction de Romain en plan-séquence, Vincent au marimba pour installer une atmosphère ténue et particulière fixant « Festin ultime », et prenant toute sa consistance par le magnifique solo de Claude Léonetti (Léode, Backing Vocals) à la Léode. S’enchaîne une petite comptine débutant « 15h40 », réglé comme un mécanisme d’horloge justement, titre évoluant autour d’un jeu d’harmonie vocale. Puis place au pêchu « Dans le formol au muséum » qui envoie le bois, bois dans lequel ils enfoncent le clou, bois dans lequel sont faits les meilleurs crus. Et Gédéric Byar (Electric Guitar) de nous pourfendre d’un solo habitant l’ensemble en un son plus lourd.

Place aux lents motifs mélodiques américains pour un « Ouest terne » tout empreint de nostalgie. Ah ! « Le Miroir Aux Alouettes » ! Autre grand « classique » dorénavant. Avec cette ambiance à la Benoît Moerlen, le son du marimba de Vincent y étant pour beaucoup. C’est également un morceau brisant à nouveau les frontières culturelles, aux rythmiques arabisantes, incitant à la danse, Romain en batteur occasionnel, il ne manque plus que les youyous, d’ailleurs fortement suggérés par la combinaison Léode/guitare. Petite fausse fin pour un final tout en percussion. Transition sur « L’azur », titre au son lourd et pesant, tel les plans de Steven Wilson, évoluant vers une structure plus heavy.

Mise en place de l’ensemble de cuivres sur « Mal De Chien » aux airs d’un cirque baroque sorti d’un mélodrame pathétique fellinien. Puis « Capitaine Cœur De Miel », dans sa deuxième partie ! On sent comme un lien particulier, voire privilégié entre ces deux groupes, déjà en cette soirée du 7 juin 2007 où Lazuli assura la première partie d’Ange. Superbe cover que Lazuli s’accapare, en le faisant exploser par sa relecture. Choix d’autant plus marquant que ce titre est issu d’un album si particulier dans la discographie d’Ange, dans une période où le genre dramatico-théâtral progressif, voire progressif tout court, faillit être moribond, enseveli sous la vague déferlante et dévastatrice à la crête hirsute « nofuturesque » au masochisme feint. On reste coi face à cette interprétation habitée. On en reste ravi, aux anges. D’ailleurs le groupe a cette délicatesse d’enchaîner sur « La Valse A Cent Ans », plus intime, plus subtile.

Toujours un parcours sans faute dans le choix de cette exposition de leur répertoire, où les titres suivants se succèdent sans déroger à l’aspect captivant de cet éventail, formant un tout. Enfin, et pas des moindres, conclusion sur cet autre hymne à l’intro évoquant « Darkness » de Peter Gabriel, culminant par son caractère définitivement idéal pour clore un concert tout en apothéose : « Les Malveillants ». Ce morceau prend d’autant plus toutes ses dimensions en étant joué live, avec cette longue coda à la « Würm » sur « Starship Trooper » de Yes, construite pour perdurer jusqu’à l’infini.

Durant le générique de fin qu’on laisse défiler jusqu’au bout comme après la projection du film fétiche vu une centaine de fois, on reste immobile et silencieux, parce qu’on vient d’assister à un événement d’exception, privilégié, avec un groupe qui s’est invité dans notre salon, en nous livrant tout ce qu’il a de meilleur en lui. Plus d’une heure et demi avec « 4603 battements » qui nous est servi, à un titre près, dans son intégralité, embelli par des pièces de choix plus anciennes.

Retour au menu « trois options ». Avant d’enchaîner avec les cadeaux bonus, je nous invite à relire ce qui précède, parce que j’ai à nouveau cliqué sur le « Live @ l’Abeille Rôde »…

92 minutes et 7 secondes plus tard, de retour au menu « trois options ».

1er cadeau bonus : le groupe avait répondu présent à l’invitation de jouer à la 7e édition du festival allemand « Nuit du Prog » à l’amphithéâtre à ciel ouvert sur la Loreley, proche de Saint-Goarshausen, magnifique promontoire aérien dominant un léger cingle du Rhin aux mille légendes populaires. En cette journée du 8 juillet 2012, le groupe avait livré une prestation dont près d’une demi-heure nous est restituée ici, en quatre titres, dont « Film d’Aurore » de l’album de 2007 : « En Avant Doute… ».

2e cadeau bonus : en fait, il s’agit d’un 5e titre qui enchaîne après le concert à la Loreley. C’est même un double cadeau que le groupe nous fait avec ce rappel où les cinq membres se retrouvent autour du marimba de Vincent pour nous jouer une amusette justement nommée « 9 hands around the marimba » avec un petit clin d’œil apprécié du public en pont central du thème de « Somebody That I Used To Know » de Gotye, séquence extraite du festival des « 2 Jours de Prog » au square de la musique de Veruno.

3e cadeau bonus : 2 titres « Débranchés Sous Le Tilleul ». Le 1er est un inédit, « Joliciel 2.0 » sentant bon la campagne, suivi d’une version acoustique de « L’essentiel », closant en 2009 l’album « Réponse Incongrue A l’Inéluctable ».

4e cadeau bonus : un solo au piano de Romain enregistré le 25 février 2013 à l’École de Musique Maurice André d’Alès sous la forme d’une improvisation sur le thème de « La Valse A Cent Ans ».

Ce magnifique DVD d’un groupe dorénavant majeur, au succès grandissant, mérite toute votre attention et que vous vous y attardiez. Dans l’attente de les (re)voir prochainement sur scène, ces plus de 2h20 vous permette de patienter, tout en restant en leur compagnie. Lazuli fait partie de ces formations dont la qualité rime avec constance, apparition avec renouvellement, dont on suit l’actualité par défaut, dont on est preneur de toute proposition qu’ils peuvent nous faire. Si, de plus, l’idée d’une rencontre entre Porcupine Tree et Peter Gabriel sur les chemins de traverse d’une musique du monde d’origine folklorique et d’inspiration traditionnelle vous interpelle, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Éric Salesse (9/10)

http://www.lazuli-music.com/

 


 

Entretien avec Dominique Léonetti (chant, guitares, auteur et compositeur) de Lazuli
Propos recueillis par Eric Salesse le samedi 31 août 2013

 

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Autour du Live @ l’Abeille rôde…

Éric Salesse : Quelles sont donc les raisons qui ont dicté votre choix de nous proposer ce live en studio ?

Dominique Léonetti : Nous cherchions à faire quelque chose de différent et de plus intime. Ce film chez nous, dans le studio où nous passons une grande partie de notre vie, nous semblait une évidence. Mais nous ne voulions pas uniquement nous focaliser sur la partie in vitro, c’est pour cela que ce DVD contient et réunit plusieurs facettes de notre identité.

ES : Cela se prépare-t-il comme un concert traditionnel ?

DL : Musicalement oui, à quelques détails près. La différence se situe d’avantage du côté technique. Cela nous a demandé beaucoup de préparation en amont, sur la logistique, sur la prise de son en direct, sur la lumière, sur la conception, sur le choix des prises de vue, etc… Nous avons fait face à tous les postes sons et images, un plaisir et un casse-tête à la fois !

ES : Quelles sont les difficultés / facilités que vous avez rencontrées lors de ces enregistrements ?

DL : Le plus difficile et le plus angoissant au départ fut d’oublier les caméras et l’absence de spectateurs. Heureusement, la musique nous a rapidement emportés et le naturel a refait surface. J’imagine aussi que le fait d’avoir été filmés par nos cousins italiens nous a permis cette confiance et cet abandon (j’en profite au passage pour rendre hommage au travail d’Ermanno et Angelo Di Nicola ;-)) La facilité, contrairement à un live sur scène, se trouve dans la possibilité de réenregistrer une chanson jusqu’à ce qu’elle nous satisfasse. Et, ironie du sort, débarrassés de la pression de tout réussir du premier coup, nous avons pratiquement gardé toutes les premières prises !

ES : Sur combien de jours ces enregistrements se sont-ils étalés ?

DL : Trois jours de tournage. La suite du travail n’est pas quantifiable : le mixage, le montage des images, les étalonnages, les aléas techniques, etc…, ont grignoté nos jours et nos nuits pendant plusieurs mois.

ES : Les prises orchestrales ont été réalisées séparément. Juste pour une question d’espace ? De planning ?

DL : Espace et planning, les deux. Le studio n’est pas petit mais pas immense non plus. Difficile de réunir tout ce beau monde, et dans le temps, et dans le lieu. Les overdubs se sont imposés d’eux-mêmes.

Justement, le studio…

ES : L’Abeille rôde est donc votre studio personnel. Peux-tu nous en faire une présentation ?

DL : Comment d’écrire notre petit paradis ?! Une grange en pierre de 90 m2, que nous avons rénovée, voire reconstruite de nos petites mains, il y a une quinzaine d’années. Tout pour bosser : une cabine de mix, une grande salle de prise de son et une salle de repos, comptoir, café, canapé. Equipé modestement mais correctement, et surtout, adapté à nos besoins.

ES : Cela devenait indispensable d’avoir un espace à vous pour les enregistrements ?

DL : Oui, nous nous considérons comme des artisans et nous aimons notre indépendance. Toutes les étapes de la réalisation d’un CD ou d’un DVD sont passionnantes et importantes dans la couleur d’un groupe. Nous avons choisi de toutes les vivre depuis longtemps.

ES : Est-il exclusivement pour votre usage ?

DL : Nous avons enregistré grand nombre de groupes par le passé, mais depuis une dizaine d’année, le travail de Lazuli a pris le pas. Aujourd’hui, les portes de l’Abeille rôde ne sont ouvertes à d’autres que très occasionnellement, dans le peu de temps qu’il nous reste.

Le DVD, le groupe, sa musique…

ES : Pour ce magnifique « écrin », qui s’est chargé du package ? De l’animation « bas-relief » ?

DL : J’ai réalisé le package. Encore une étape difficilement dissociable de ce que je considère comme un tout. Ce n’est pas par refus de partager le travail, c’est avant tout par plaisir de le réaliser. Quant à la magnifique animation « bas-relief », elle a été faite par Ermanno Di Nicola (la famiglia !). Nous avons été émerveillés quand nous avons vu nos images s’animer, à l’instar d’un vieux cordonnier qui verrait sa marionnette de bois au nez pointu prendre vie  😉 .

ES : Ce live in studio donne la part belle à votre petit dernier « 4603 Battements » (à un titre près, nous l’avons dans son intégralité) qui a déjà plus de deux ans. Malgré son jeune âge, est-tu d’accord sur le fait que cet album est tellement représentatif de ce que le groupe peut donner de meilleur qu’il sonne déjà comme une compilation à lui tout seul tant « Je Te Laisse Ce Monde », « Dans Le Formol Au Muséum », « Le Miroir Aux Alouettes », « Les malveillants » sonnent déjà comme des « classiques » ?

DL : Je suis d’accord avec toi, il me semble représentatif aussi. Nous n’écoutons pas nos albums habituellement mais étrangement nous y sommes arrivés avec celui-ci. « 4603 Battements » a été écrit et enregistré sans bride, sans concession, sans compromis et surtout, proche de ce que nous imaginions : c’est pour cela qu’il est un miroir fidèle. C’est toujours ce que l’on essaie de faire quand on enregistre un album, mais il y a des facteurs qui nous échappent, la chance a un rôle à jouer.

ES : Avec l’arrivée de Romain et de Vincent, ne penses-tu pas que le groupe a trouvé la configuration idéale, garante de lendemains prolifiques ?

DL : Sans doute. C’est la raison pour laquelle je profite de l’instant présent au maximum, conscient de la chance que nous avons, en espérant les lendemains dont tu parles…

ES : Peux-tu revenir sur le recrutement de Romain et Vincent ? Leur cursus ?…

DL : Tous deux travaillent au conservatoire de Nîmes : ils ont une formation classique et musiques actuelles.  Nous avons fait leur connaissance au studio, lors d’enregistrements. Rajoute l’humanité au talent, et il devient évident d’avoir envie de bosser avec ces gens-là ! Nous sommes tout d’abord devenus amis, et au split de la première formation, nous avons naturellement pensé à eux. Par bonheur, ils ont accepté l’aventure.

ES : Par les différents genres abordés dans votre musique, vous ne semblez pas prendre de direction précise, ni vous en imposer une. Par contre, est-ce que vous vous en interdisez ?

DL : À partir du moment où nous avons des émotions et des sensations sur notre travail, la direction et la couleur n’ont que peu d’importance. La seule chose interdite est d’avoir un sentiment tiède à l’écoute ou en jouant. Les chansons sont le reflet de nos vies, un regard sur ce qui nous entoure. Nous essayons d’être le plus fidèles possibles dans la retranscription et la traduction de nos sentiments. Autant de chansons, autant d’humeurs différentes. Évidemment, certaines directions nous parlent plus que d’autres, elles prédominent malgré nous et font aussi notre couleur.

ES : Certains titres sont bipartites (deux sections liées). Est-ce un choix voulu lors de vos phases créatives ? Ou purement un hasard mélodique qui appelle un autre thème ? Ou la volonté de « relancer » pour susciter un regain, un accroissement d’intérêt par justement ce changement ?

DL : Un ou l’autre, suivant les morceaux. C’est aussi l’occasion de pouvoir s’exprimer en dehors d’une chanson conventionnelle.  Il y a également l’envie de rester encore un peu dans la chanson.

ES : La mélodie vient-elle en amont, puis le texte est mis en place ensuite, ou plutôt l’inverse ?

DL : Beaucoup de groupes font une sorte de yaourt sur une grille d’accords et se débrouillent pour y insérer des mots. Pour ma part, je ne suis pas à l’aise avec cette méthode : j’ai l’impression d’être frustré et bridé dans le sens de mes propos. J’écris donc le texte en amont. L’harmonie et la mélodie viennent ensuite au service des mots. À chaque tentative inverse, mes mots n’ont jamais fait corps avec la musique, alors je m’abstiens.

ES : Le fait qu’il n’y ait qu’un seul auteur/compositeur, le premier souci est-il que cela plaise aux autres membres du groupe ? Ou de se dire que chacun de toute façon apportera sa touche, son point de vue ? Ou encore tout est proposé de façon très écrite, avec tous les plans complets de chacun ?

DL : Il est important pour moi que cela plaise à tous les membres du groupe. Par chance, je reçois toujours de l’enthousiasme. Je mesure mon aubaine car il était beaucoup plus difficile de faire l’unanimité avec l’ancien line-up. Même si j’écris seul (ce qui n’est pas immuable d’ailleurs), chacun sait qu’il va pouvoir laisser son empreinte et s’approprier la chanson. Il arrive même régulièrement que le morceau prenne une direction inattendue, emporté par l’émulation et les inspirations communes. Je m’en remets très souvent aux visions de Claude et Ged, nous nous connaissons par cœur et avons une grande confiance en nos jugements respectifs.

ES : On ne sent pas un réel souci à vouloir conceptualiser un album autour d’une histoire globale, avec des thèmes récurrents qui s’entrelacent. Devons-nous plutôt voir dans votre musique le résultat d’une totale liberté créatrice, pour ensuite réaliser où telle composition vous amène ou comment peut-elle être exploitée, et du coup pour éventuellement privilégier davantage le caractère éclectique de vos albums ?

DL : L’écriture et l’inspiration viennent comme elles viennent : je privilégie avant tout le coté intuitif.  La réflexion vient plus en second temps, ce qui n’est pas la façon idéale pour concrétiser un concept album. Certains thèmes, certaines chansons auraient pu être exploités et déclencher une histoire globale, mais il est difficile de se freiner quand de nouvelles idées pointent le bout de leur nez ! J’imagine tout de même que l’envie d’un concept album se fera sentir un de ces jours, et je pense que le thème que nous choisirons alors, nous permettra aussi cet éclectisme et cette liberté.

ES : On a du mal à trouver une critique qui n’encense pas vos productions. Autrement dit, vous faites l’unanimité à chaque nouvelle proposition de votre travail, en des termes élogieux. Lazuli semble donc être le maillon qui manquait à la production musicale française de ces dernières années. Prenez-vous conscience que votre musique semble s’installer comme dans un espace laissé disponible, comme si l’auditeur n’attendait plus que d’être enfin agréablement surpris, et que vous répondez justement à cette attente ? De façon plus générale, prêtez-vous également une attention toute particulière aux critiques qui vous reviennent ?

DL : Écrire est un exutoire (important déjà en soi), et avoir en plus la chance de ne pas laisser indifférent est incroyable.  Donc oui, nous aimons avoir ces retours, gratifiants et motivants pour nous, d’autant plus que nous avons connu le vide intersidéral par le passé 😉 . Il est vrai que les retours sont positifs et pour être honnête, je ne sais pas comment nous réagirions face à la critique négative. Elle ne nous ferait pas dévier de notre route, c’est certain, mais j’imagine que nous serions tout de même tristes de ne pas avoir été compris. Maillon manquant ? Certaines sensibilités ne sont pas comblées face au paysage télévisuel et radiophonique actuel, les tendances ont justement tendance à tout formater, et beaucoup ne s’y retrouvent pas. Je ne sais pas si nous correspondons à cette attente particulière mais je crois que si l’on est sincère dans sa musique, on trouve toujours des âmes sœurs qui la reçoivent. De ce côté-là, nous sommes comblés.

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Un p’tit tour sur la Léode…

ES : Vous n’échapperez pas à une (petite) question sur la Léode, d’ordre plus technique. Vu comment l’instrument est tenu par Claude, la notion verticale de haut en bas est pour passer de notes graves vers les aiguës. Mais pour la notion latérale horizontale, est-ce pour les changements d’octave, ou plutôt des intervalles comme pour une guitare, ou tout est entièrement programmable ? À quoi correspondent les petits traits soulignant quelques tracés des « frettes » ? Cet instrument peut-il émettre différents timbres dans l’absolu ?

DL : Pour la notion latérale horizontale : il s’agit d’intervalles, les canaux de la Léode sont généralement accordés en quarte (comme pour une guitare de gaucher). Je dis « généralement » car il arrive à Claude de la programmer différemment. C’est possible. Les tracés matérialisent simplement les demi-tons et les petits traits correspondent à un mode majeur. La Léode est un instrument vierge, une surface de contrôle, un instrument pilote : elle est couplée à un échantillonneur et à des multi-effets. Claude crée et travaille ses sons sur l’échantillonneur, ce qui lui permet dans l’absolu d’avoir une palette infinie de timbres. Malgré cela, certains sons, certaines couleurs reviennent souvent, car ils s’adaptent mieux à l’instrument et correspondent d’avantage à nos envies.

Réflexion et actualité…

ES : Dans le DVD, vous avez répondu présents au festival de prog en Allemagne (sans parler du Prog’Sud et du 2 Days Prog). Appréciez-vous justement de jouer dans le cadre de festivals, disons thématique, où les groupes s’enchaînent face à un public qui vient vous voir, mais aussi pour d’autres, voire pour un genre de musique ? Est-ce que cela vous gêne d’être associé à une catégorie de musique ? Sentez-vous que vous êtes rangé dans un genre de musique ? Si c’est le cas, ne trouvez-vous pas cela réducteur ou peu révélateur de votre musique ? Pensez-vous être un groupe progressif ? Cela a-t-il un sens pour vous ?

DL : Dans l’absolu, je n’aime pas les étiquettes. Mais j’ai compris avec le temps qu’elles n’étaient que des repères et que les dénominations changeaient suivant les références de chacun. Donc, cela ne me pose pas de problème existentiel. Quant à la famille du progressif, elle est tellement vaste, tellement riche de métissages, d’explorations, que nous nous y sentons bien et assumons pleinement d’en faire partie. Je ne pense pas que ce soit réducteur d’en faire partie, pour preuve, nous ne faisons pas que des lieux ou des festivals progressifs. Notre public vient de tous horizons et de toutes générations. Si les frontières existent, nous les franchissons sans problème.

ES : Bientôt le Summer’s End Progressive Rock Festival, le Spirit of 66, le Colos-Saal. Votre actualité prochaine semble très orientée vers les prestations scéniques. Avez-vous d’autres projets en préparation ? Ou par définition, cela doit rester des surprises ?

DL : D’autres dates de concerts arrivent encore… Des projets et des envies, nous en avons des tonnes, mais il n’est pas toujours facile de leurs donner corps. Le temps et les finances nous freinent souvent. Je peux dire quand même, tout en restant dans le flou pour ne pas tout dévoiler, qu’il est possible que les mots et les notes se soient assemblés ces derniers mois, et qu’entre deux concerts, que nous trouvions le temps de les figer sur un objet circulaire et plat 😉 . Une naissance pour 2014…

ES : Merci Dominique d’avoir bien voulu répondre à ces questions. Le bonjour à Hendrix !

DL : Le chien qui joue de la guitare avec ses dents te salue aussi (de la patte gauche).

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Live @ l'Abeille Rôde (DVD)
Lazuli
2013
L'Abeille Rôde

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