KTL – V

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KTL = Duo. D’un côté Stephen O’Malley qu’on ne présente plus (sauf aux têtards du fond), et de l’autre Peter Rehberg, maître à penser d’un mode de composition numérique assistée par ordinateur (sous le nom de Pita) et gérant du label Edition Mego, avec un catalogue qui vaut son pesant en cacahuètes et qui concerne le drone/électronique à tendance expérimentale « qui se la pète pas trop ». KTL = Projet sonore formé à la base d’accompagnement aux spectacles, sombres mais néanmoins intéressants, de Gisèle Vienne, sous le nom de « Kindertotlider ». Suit alors une série de décalques qui s’émancipent au fur et à mesure de ses représentations, KTL devenant par-là plus autonome pour finir à se suffire à lui seul, acquérant ainsi son existence propre. « V » est le premier album du duo à s’être complètement affranchi des contraintes accompagnatrices d’une base avant tout visuelle. Nulle autre chose à se raccrocher que ce que le groupe propose. KTL, c’est du drone, et le drone, c’est comme un long dépucelage, ça fait mal, ça ennuie un peu, ça dure pour arriver à un orgasme de tous les sens, une jouissance qui met tout son temps à s’éjecter pour terminer vidé et avachi. Une sonorité étirée au maximum, jouant et questionnant l’espace et la temporalité du son. Une expérience extrême, une confrontation qui ne peut se jouer sur la demi-mesure.

Faire du drone, c’est facile, le réussir, le faire vivre et évoluer, c’est tout autre chose. Combien se sont mangés sévère contre le mur de l’ennui ? KTL arrive à rendre un minimalisme formel percutant et hypnotique. Nul besoin de représentation, seul comptent la temporalité, le modelage des formes, le non-musical qui devient musical, car créant par-là une émotion. Souterraine, glauque voire malsaine, mais d’une profondeur de motifs et de textures déstabilisante à se voir sortir de son corps dans une enveloppe astrale, chaque cellule de notre amas biologique prenant part au processus de création. Un peu lourdingue vu comme ça, hein ? Attendez seulement d’y avoir gouté. Jamais trop écrasant, trop éthéré, les « compositions » de KTL, c’est du sensitif, le volume à plein régime, le corps en stase. De l’analogique modulaire trituré, des peintures abstraites qui, bizarrement, me font apparaitre les toiles de Motherwell avec l’interrogation formelle d’un Rothko. Le point d’acmé se trouvant dans le splendide « Phil 2 », œuvre à part entière jouée par un orchestre, bien que Rehberg et O’Malley soient de la partie, dirigés par l’Islandais Johan Johansson.

Maintenant, il faut bien passer par le titre final. Et ce morceau, cette composition (appelle ça comme tu veux, rayez ou introduisez le terme approprié), on ne sait pas trop finalement s’il a sa place sur le disque, et on en revient à un questionnement purement logistique. Alors que le duo montre son accomplissement d’affranchissement, faisant vivre le son par le son et pour le son, ce dernier tableau tombe comme un rat dans le potage. Certes, l’ambiance y est, cette performance vocale a de quoi faire frémir, même si certains passages portent plus à sourire. Mais sur les vingt-cinq minutes, qu’est-ce qu’on s’emmerde !! Passé l’instant curiosité… Comprendre par-là que la rupture est tellement franche  qu’on est en droit de se poser la question de l’existence de cette pièce, outre le fait de combler l’espace du disque.

Alors que les mouvements précédents fonctionnaient par eux-mêmes, ici, il manque cruellement l’image, le contexte, ce dont il n’était nullement question auparavant. Késako ? Ceci fait même flancher une balance et rendre ce disque plus compliqué à apprécier dans son intégralité. « V » est l’un des meilleurs albums de drone sorti dernièrement si on l’ampute de son mouvement final, irrémédiablement embarrassant, prétentieux et inutile.

Jérémy Urbain (7,5/10)

http://editionsmego.com/

 

V
KTL
2012
Mego

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