Klone – Le Grand Voyage

Le Grand Voyage
Klone
Kscope
2019
Rudzik

Klone – Le Grand Voyage

KLONE LE GRAND VOYAGE

Klone porte très mal son nom car « pas de ça chez nous monsieur » ! En effet, la carrière des Poitevins les a emmenés sur tous les chemins du metal et du rock tout au long de ce qu’on peut effectivement appeler Le Grand Voyage. Alors aucun c(k)lone de leurs propres albums ne s’est subrepticement introduit dans leur discographie versatile forte de sept albums. Pourtant, le groupe semble avoir enfin trouvé sa route car tel un Opeth ou un Anathema, Klone fait le choix d’enfoncer le clou du rock progressif et atmosphérique depuis un Here Comes The Sun qui a dérouté son classique auditoire de métalleux mais enchanté les fans d’un genre plus ambitieux.
Si on y regarde bien, le ver était dans le fruit. Dans ma chronique d’All Seeing Eye (2008) que j’ai ressortie des oubliettes pour C&O, je notais que ce groupe de death metal à l’époque étendait bien plus largement que ses concurrents son spectre musical en arrivant à une certaine inclassabilité comportant forcément des velléités progressives. Sa persistance dans cette voie et la reconnaissance du milieu prog a certainement été à l’origine de la signature de Klone chez Kscope officialisant ce passage du Rubicon pour rejoindre les pointures du genre telles qu’Anathema, feu Porcupine Tree, Katatonia, etc.

KLONE LE GRAND VOYAGE band1
Clairement, Le Grand Voyage est dans la lignée d’Here Comes The Sun comme le démontre son premier morceau « Yonder ». Mais il n’en est pas qu’une simple copie, ça n’est pas le genre de la maison. Tout d’abord, entre ces deux albums, il y a eu Unplugged, cet ovni sorti en 2017 qui n’était pas qu’un simple caprice car il fut suivi de près d’une centaine de concerts. L’acoustique (et donc la guitare classique) prend une place prépondérante dans les rythmiques de cet album sans pour autant devenir le fossoyeur des riffs saturés. En effet, bien que résolument perfusé à l’acoustique, Le Grand Voyage est paradoxalement plus sombre qu’Here Comes The Sun.
Exit le soleil et bonjour les ténèbres avec une introspection sur la vie et la mort. Les textes et plus encore le chant d’une clarté incroyable de Yann Ligner (on a vraiment du mal à croire que ce mec s’est fait connaître en éructant des growles), dont la prise de confiance dans ce registre est épatante, font état du repli sur soi et du voyage à entreprendre pour connaître l’hypothétique réponse à la question que nous nous posons tous : Qu’y aura-t’il après ? Le Grand Voyage n’est donc pas une escapade touristique mais une douloureuse migration psychologique dont la noirceur transpire dans les textes mais aussi dans chaque note de cette musique funeste.
« Yonder », a déjà été joué au dernier Hellfest. Avec son intro et son outro sur fond orageux, en passant par les envolées vocales de Yann (qui me rappellent beaucoup ce que fait Marco Glühmann avec Sylvan), son riff plombé, son rythme accablant et épique, ses chœurs presque grégoriens, il résume à lui seul tous ces sentiments. Le clip vidéo ou plutôt le film qui en a été tiré est une merveilleuse réussite cinématographique d’Arthur Jarry constituée de magnifiques images. Klone ne nous avait pas habitué à ça par le passé.

KLONE LE GRAND VOYAGE band2

« Breach » et « Sealed » sont dans la même lignée ensorcelante avant qu’« Indelible » ne rompe judicieusement une certaine monotonie qui commençait à s’installer grâce à son accélération à mi titre et à son affriolant solo final de saxo délivré par Matthieu Metzger.
A vrai dire, Le Grand Voyage semble être irrémédiablement lancé avec « Keystone » dans lequel les instruments paraissent plus prépondérants par rapport au chant. Ainsi la guitare de Guillaume Bernard, quoiqu’un peu sous mixée, se risque à offrir quelques arpèges alors que la rythmique impulsée par Morgan Berthet (Myrath) à la batterie et Jean Étienne Maillard à la basse se renforce. Puisque je cite des noms, il faut noter que Klone a été contraint à quelques changements de façon à privilégier la disponibilité de ses membres (ce qui explique des photos promo à effectif réduit). Ainsi et très récemment, Martin Weill et Jonathan Jolly en constituent désormais la nouvelle section rythmique.
S’il fallait trouver des réminiscences de son passé de groupe de metal, on les trouverait dans « The Great Oblivion », un titre plutôt dans un genre metal progressif. « Sad And Slow », sous un faux air médiéval, assombrit encore plus le climat avec son refrain d’un désespérance abyssale: « Unalterable realities of life, Sad and slow, Sad and slow, They go astray before being forgotten ».
Si l’on excepte la seconde partie d’« Indelible », la langueur imprimée par le rythme de cet album peut être génératrice d’un certain ennui chez l’auditeur mais il est vrai que le thème abordé ne se prête pas à la Tarentelle. La « Silver Gate » finale ne déroge pas à la règle bien que sa basse ondoyante lui permette de briller et de faire miroiter un futur (au scope ? Ça serait logique pour des Poitevins. OK je sors !) un peu plus optimiste car « ‘Cause when something ends, Another is born ».
Cela ne doit pas occulter le fait que Le Grand Voyage est l’album qui fait entrer de plein pied Klone dans la cour des grands du rock progressif. Cependant, il reste au groupe à retrouver un peu de son côté fantasque passé pour le mettre au service de compositions de grande classe exécutées par des membres décomplexés, sûrs de leur force dans un genre désormais maîtrisé et portés par leur indéniable talent. Une confirmation attendue, en fait.

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